15.01.2009

Diffamation et gestion de crise

Tout homme a le droit à la présomption d’innocence et nous n’avons jusqu’à présent traité l’affaire Dray qu’avec la plus grande prudence, c’est-à-dire par une couverture factuelle de dépêches d’agences.

 Pourtant, à l’heure où notre confrère L’Est Républicain apporte de nouvelles révélations issues de l’enquête menée par la cellule Tracfin et alors que les avocats du député socialiste menacent Le Monde, Le Midi Libre et Le Journal du Dimanche de poursuites pour diffamation, il est difficile de faire l’impasse sur une affaire qui déstabilise la gauche. Comme jadis les révélations d’Urba-Gracco avaient ébranlé le régime mitterrandien. Sauf qu’en l’occurrence Julien Dray n’est pas un obscur financier du PS mais le représentant emblématique d’une génération qui se voulait morale, qu’il a été très proche de François Hollande et Ségolène Royal et qu’un soupçon d’enrichissement personnel pèse sur lui. Sans parler des tentatives de débauchage de Nicolas Sarkozy qui en aurait volontiers fait un ministre d’ouverture. Par le passé, certains élus socialistes furent injustement accusés, tel Dominique Strauss-Kahn qui démissionna de Bercy. Il sera blanchi par la suite. En réclamant la tenue d’un jury d’honneur, en invoquant la « dérive totalitaire » de la presse, voire même la tonalité antisémite de certains sites internet, ses avocats indiquent que l’accusé n’entend pas attendre un éventuel jugement de relaxe mais au contraire politiser l’affaire, et pourquoi pas invoquer la théorie du complot. C’est de bonne guerre tant il est vrai que le zapping médiatique détruit bien des réputations pour peu que l’on maîtrise mal la gestion de crise. Ce qui n’est pas le cas de Julien Dray, orfèvre en la matière.

31.08.2007

Le désert socialiste

Le Parti socialiste est en pleine traversée du désert. L’absence de ses principaux ténors à l’université d’été de La Rochelle le montre sans ambiguïté. Hormis Dominique Strauss Kahn en campagne pour la présidence du FMI (Fonds monétaire international), peu de leaders invoquent des raisons valables. En particulier Fabius, sorti du bureau national pour marquer sa prise de distances ; Lang, également, qui semble totalement absorbé par sa participation à la commission de rénovation institutionnelle mais traduit ainsi sa mauvaise humeur à l’égard des instances dirigeantes du parti. Martine Aubry, qui préfère assister à la grande braderie de Lille, semblant se replier sur un destin municipal. Ou encore Lionel Jospin, tout à la rédaction finale de son dernier livre. Comme s’il ne voulait pas rééditer l’expérience de ses sanglots, l’an passé, sur son échec de 2002. Réglant leurs comptes par livres interposés, les socialistes ont donc laissé les clefs du parti à son Premier secrétaire, François Hollande, si souvent critiqué mais toujours fidèle au poste. Reste à savoir si Ségolène Royal, qui s’exprimera demain matin, assistera dimanche au discours de clôture de son ancien compagnon. Elle qui n’est décidément plus la madone des sondages, sa chute étant spectaculaire, mais elle n’a en rien renoncé à ses ambitions.
Et souhaite avoir le dernier mot dans un livre prévu pour octobre, une fois passé l’avalanche des aigreurs soigneusement distillées par Mme Lienemann, MM. Mélenchon ou Allègre. Le seul qui sera néanmoins présent pour lui faire contrepoids s’appelle Bertrand Delanoë. Nul doute qu’en cas de réélection en 2008, le maire de Paris deviendrait un concurrent sérieux pour la présidentielle de 2012. Il faut dire que l’exceptionnelle popularité de Nicolas Sarkozy, qui n’est pas sans rappeler celle du Général de Gaulle de 1959 à 1961, ne laisse guère d’espace aux socialistes dont les critiques ne portent pas. Que ce soit sur les vacances de milliardaire du nouveau président, ses cadeaux fiscaux ou ses propos à l’emporte-pièce (en particulier sur les Bretons), les socialistes ont beau multiplier les angles d’attaque, rien ne prend vraiment. Outre le fait que l’ouverture les a déstabilisés, 76 % des ouvriers approuvent désormais la politique du chef de l’État, selon un sondage TNS-Sofres. Comme si son populisme sophistiqué était désormais le seul à les faire rêver.