13.01.2009
L'immobilisme coupable
Réformer l'Éducation nationale pour l'adapter à la société, au monde, devrait être la chose la plus naturelle qui soit. Or, c'est devenu à l'évidence un sujet tabou, terriblement casse-gueule, sur lequel tous les dirigeants politiques de la V e République se sont épuisés. La toute puissance des syndicats de « l'Éduc », qui se sont longtemps posés en co-gestionnaires, et ne se donnent même pas la peine d'assister aux voeux du président, en est sans doute l'une des causes. L'autre, c'est bien sûr l'angoisse des jeunes face à l'avenir. Laquelle se prête à toutes les tentatives d'instrumentalisation. Certes, en reportant sa réforme à la rentrée 2010, le chef de l'État limite les risques. D'ici là, en jouant la carte de la concertation, il espère bien déminer le terrain. Pousser Martin Hirsch, déjà haut-commissaire aux Solidarités actives, au poste de haut-commissaire à la Jeunesse, est une idée astucieuse afin de pallier l'inexistence de Bernard Laporte dans ce domaine. Confier une mission sur le lycée à Richard Descoings, le patron de Sciences Po, qu'il a ouvert à la diversité, ne mange pas de pain. En revanche, tenir sur les suppressions d'effectifs sera une autre paire de manches tant le corporatisme reste inhérent à l'institution. Réputé bon ministre jusqu'à la fin de l'année 2008, Xavier Darcos a dû accepter sans broncher le repli tactique du président de la République. Toutefois, ce dernier serait plus crédible si lui-même n'avait pas encouragé les syndicats de l'enseignement contre le CPE lorsqu'il voulait déstabiliser le Premier ministre Dominique de Villepin, comme l'a révélé Bruno Julliard. Mais au-delà des jeux tactiques qui conduisent à l'immobilisme, chacun sait qu'au final les jeunes risquent d'en sortir perdants.
08:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Éducation nationale, réforme, Martin Hirsch, Hubert Coudurier
17.10.2007
Point de vue. Un test social
Le gouvernement aborde cette semaine sa première épreuve de force sur le front social, laquelle constituera un vrai test pour la suite. Il n’empêche, le contexte est très différent de celui de l’hiver 95 qui avait scié les pattes d’Alain Juppé. A l’époque, le gouvernement avait chargé la barque en additionnant réformes de la Sécu et des retraites des fonctionnaires. Ensuite, la popularité du tandem exécutif reste forte même si l’état de grâce s’achève. La légitimité d’un alignement de la durée de cotisation des régimes spéciaux est incontestable. On peut s’étonner que la gauche qui brandit constamment la notion d’égalité ne l’ait pas fait. D’autant que la période de référence sera celle, plus favorable, de la Fonction publique. L’affaire Gautier-Sauvagnac, du nom de la caisse noire de l’UIMM, introduit le doute sur les relations entre le grand patronat et certains syndicalistes au moment où l’on aimerait que le monde syndical soit plus représentatif des salariés pour accoucher de véritables compromis. Aujourd’hui, nous avons encore trop souvent des affrontements idéologiques qui masquent de petits arrangements. Le savoir-faire de Nicolas Sarkozy, François Fillon et Xavier Bertrand, qui ont pris le soin d’annoncer une forte mobilisation, incite les syndicats à se montrer circonspects. Nous sommes dans une période de refondation où les règles changent et chacun s’observe en conséquence. Paradoxalement, les difficultés économiques qui s’annoncent peuvent inciter à la réforme d’un système de protection sociale à bout de souffle comme l’ont fait les Allemands. Les aides à l’emploi représentent aujourd’hui la moitié du déficit du pays. Or, sans désendettement, il n’y aura pas ce point de croissance supplémentaire que le président appelle de ses vœux. Le seul moyen de créer de l’emploi qui ne soit pas de l’assistance. Pour le reste, ce n’est pas la réforme de la carte judiciaire, quelles que soient les maladresses et l’inexpérience de Rachida Dati, ou la polémique sur les tests ADN qui vont bouleverser l’opinion. La seule chose qui importe, c’est le pouvoir d’achat dont le ressenti ne correspond d’ailleurs pas toujours à la réalité. S’il est avéré que Nicolas Sarkozy a fait une erreur de cadrage de sa politique budgétaire à travers un paquet fiscal inapproprié ayant saupoudré ses maigres marges de manœuvre budgétaires, il pourrait en payer le prix.
08:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, manifestation, réforme, grève








