09.01.2009

Des Etats généraux de la presse différés

Certains éditeurs et syndicats de journalistes avaient d’emblée claqué la porte des États généraux de la presse, orchestrés par l’Élysée, en évoquant la mainmise du pouvoir politique sur ce qui aurait dû logiquement procéder d’une initiative de la profession.

Au vu des conclusions des quatre groupes de travail, qui ne comportent pas moins de 90 propositions d’inégale importance, on peut clairement affirmer que ces craintes étaient exagérées. La montagne a en effet accouché d’une souris, et on se prend parfois à regretter qu’au nom d’une prudence excessive les participants n’aient pas toujours su distinguer l’essentiel de l’accessoire. On retiendra néanmoins certaines propositions fort intéressantes, comme l’idée de réserver le taux réduit de TVA à la presse d’information générale et politique, en privant du même coup les magazines spécialisés de cette mesure de soutien. N’en déplaise aux éditeurs des magazines de planche à voile, ils n’occupent pas un rôle essentiel de défense de la démocratie.

De même, les suggestions d’ordre fiscal émises sur la question du portage apparaissent-elles judicieuses, tout comme le gel des tarifs postaux pour une année difficile. Même chose quant à la création d’un statut d’éditeur en ligne. Concernant les droits d’auteurs, les patrons qui souhaitent recycler la production des journalistes sur d’autres supports estimeront ne pas avoir été suffisamment entendus. Enfin, sur les questions de déontologie et de formation des journalistes, un travail de fond a été produit. On peut néanmoins se demander pourquoi les écoles de journalisme ont refusé l’instauration d’une sorte de numerus clausus alors que les filières de formation prolifèrent au même rythme que la précarisation du métier. Par peur d’enfreindre le « politiquement correct », certains participants n’ont-ils pas tout simplement décidé de s’en remettre à la loi du marché ? Il reste à savoir ce que le chef de l’État retiendra de cet ensemble de propositions, sérieux mais pas révolutionnaire.

02.12.2008

Les médias en ligne de mire

Nicolas Sarkozy a fini par comprendre l'émotion suscitée par l'interpellation du journaliste de « Libération » Vittorio de Filippis que rien ne justifiait. Et il a même lancé une mission pour y réfléchir. Le président de la République contredit ainsi l'attitude de ses deux ministres, Rachida Dati, garde des Sceaux, et MAM, en charge de la Défense, qui n'y trouvaient rien à redire. Sans aucun doute, le tollé engendré par cette arrestation arbitraire dans l'ensemble de la profession mais aussi au sein du syndicat de la magistrature a-t-il fait réfléchir le chef de l'État. Tout comme la demande d'enquête administrative du président de la Cour d'appel. « Nous savons qu'aujourd'hui il y a une chasse engagée contre les journalistes », a même avancé le député des Verts, Noël Mamère. Alors que l'Assemblée examine désormais en seconde lecture le projet de loi sur la protection des sources, plusieurs affaires récentes traduisent un retour en arrière. Cette garantie traditionnelle de l'exercice du métier de journaliste est en effet menacée par la multiplication des procédures judiciaires. De même que la réforme de France Télévisions traduit une volonté de reprise en main du service public. À l'heure des Etats généraux de la Presse, quelque chose semble avoir changé dans le climat du pays. Comme une peur subtile ou du moins une prudence excessive qui se serait insidieusement infiltrée dans l'esprit des journalistes. Lesquels exerçaient jusqu'alors leur métier en toute liberté. Certes, nous n'en sommes pas encore à la Russie de Poutine. Et l'affaire de la bague de Rachida Dati nous a plutôt attristés pour ce grand quotidien du matin qui avait su retrouver une place éminente dans la vie intellectuelle du pays. Il ne faudrait pas que la crise économique induise la répétition de comportements liberticides dont les journalistes ne seront évidemment pas les seules cibles. C'est donc le rôle du président de la République de calmer le zèle intempestif de ceux qui se croient tout permis.

20.11.2008

Presse, créativité et déontologie

La spécificité du congrès de la profession, qui se tient cette année à Lyon, réside dans le fait qu’il intervient à mi-parcours des Etats généraux de la presse, censés rendre leur conclusion fin 2008.


Curieusement, il s’est ouvert sur un exposé des raisons pour lesquelles le groupe allemand Springer n’avait pu implanter en France un grand quotidien populaire tiré à un million d’exemplaires. Il semble que notre système de diffusion centralisé autour des NMPP (hormis pour les quotidiens régionaux) ait servi de ligne Maginot. Cela ne doit pas nous dispenser de faire un examen de conscience sur les raisons pour lesquelles la presse française reste si peu performante. À mon sens, cette désaffection des lecteurs, qui nous laisse à la traîne dans le classement mondial des taux de lecture, s’explique de façon évidente. Les quotidiens, contrairement aux magazines qui ont fait de réels efforts de contenu et de marketing, ne sont pas au niveau. Même si la presse de l’Ouest fait encore figure d’exception, trop d’idéologies, trop de connivences avec les pouvoirs (politique ou économique), pas assez d’investigations et de créativité ont peu à peu érodé la confiance des Français dans leurs titres traditionnels. Cela est d’autant plus dommage que les nouveaux médias que sont l’internet ou les télévisions sur la TNT ont largement besoin de la presse écrite qui conserve un formidable réseau d’information. Cette préoccupation nécessaire du contenu et de la qualité éditoriale ne ressort pas suffisamment des Etats généraux lancés à l’initiative du président de la République. Encore une spécialité bien française car il eut mieux valu que la profession les organise elle-même plutôt que de s’en remettre au soutien pour le moins intéressé de l’État. Surtout quand il prétend lier des aides à la presse aux journaux qui respecteront la déontologie. Laquelle ? Celle de ne pas critiquer l’action gouvernementale ? On peut comprendre l’agacement des journalistes de ne pas être mieux associés à ces Etats généraux qui, pour l’heure, coulent comme un robinet d’eau tiède.

27.06.2008

Sarkozy est-il en guerre contre la presse ?

Malgré l’annonce d’Etats généraux à la rentrée, Nicolas Sarkozy s’est lancé dans un combat de longue haleine contre la presse. Ou du moins contre celle qui entrave, selon lui, l’action de réforme entreprise par des critiques incessantes sur sa méthode et sa personnalité. Il est vrai qu’aucun homme politique de droite n’a été aussi attaqué au point que certains commencent à parler de contre-révolution. Comme s’il fallait tester ses capacités de résistance à l’adversité si l’on en juge par le déferlement d’articles et de livres qui lui sont consacrés. De surcroît, après la sortie du livre d’Anna Bitton sur « Cécilia » qui dévoilait sa part d’ombre et l’affaire du SMS révélé par Airy Routier, l’Elysée avait décidé de donner un coup d’arrêt en intentant une procédure judiciaire finalement abandonnée. Ni Mitterrand ni Chirac ne l’avaient fait par le passé. Récemment, la couverture du Point sur « Sarkozy et les psys » a été très mal vécue. De même, l’Elysée ne se prive pas, par l’intermédiaire du porte-parole de l’UMP Frederic Lefebvre, de s’en prendre à l’AFP.

Notamment quand l’agence est accusée de minimiser certains événements comme la condamnation judiciaire de Ségolène Royal par les prud’hommes. En s’attaquant au service public de la télévision, privé de pub à partir du 1 er janvier prochain, le Président est passé à la vitesse supérieure. Faute de posséder lui-même, à l’exemple de Silvio Berlusconi, des chaînes de télévision, encore que l’un de ses collaborateurs s’active désormais sur le net, Nicolas Sarkozy rabote les ailes de France Télévisions. Non seulement, il décide d’en nommer lui-même les futurs dirigeants, ce qui est un retour en arrière au temps de l’ORTF. Mais, il prive ce gigantesque paquebot de recettes qui ne seront que partiellement compensées. Tout en favorisant l’essor des chaînes privées où il compte de nombreux obligés. Sans doute le chef de l’Etat n’a-t-il pas tort de dénoncer le procès d’intention qui lui est fait régulièrement comme si son ambition n’était pas d’adapter le pays à la compétition mondiale. Il reste que sa gestion autoritaire et sa remise en cause d’une certaine « exception française » sont parfois douloureusement ressenties.