20.11.2008

Presse, créativité et déontologie

La spécificité du congrès de la profession, qui se tient cette année à Lyon, réside dans le fait qu’il intervient à mi-parcours des Etats généraux de la presse, censés rendre leur conclusion fin 2008.


Curieusement, il s’est ouvert sur un exposé des raisons pour lesquelles le groupe allemand Springer n’avait pu implanter en France un grand quotidien populaire tiré à un million d’exemplaires. Il semble que notre système de diffusion centralisé autour des NMPP (hormis pour les quotidiens régionaux) ait servi de ligne Maginot. Cela ne doit pas nous dispenser de faire un examen de conscience sur les raisons pour lesquelles la presse française reste si peu performante. À mon sens, cette désaffection des lecteurs, qui nous laisse à la traîne dans le classement mondial des taux de lecture, s’explique de façon évidente. Les quotidiens, contrairement aux magazines qui ont fait de réels efforts de contenu et de marketing, ne sont pas au niveau. Même si la presse de l’Ouest fait encore figure d’exception, trop d’idéologies, trop de connivences avec les pouvoirs (politique ou économique), pas assez d’investigations et de créativité ont peu à peu érodé la confiance des Français dans leurs titres traditionnels. Cela est d’autant plus dommage que les nouveaux médias que sont l’internet ou les télévisions sur la TNT ont largement besoin de la presse écrite qui conserve un formidable réseau d’information. Cette préoccupation nécessaire du contenu et de la qualité éditoriale ne ressort pas suffisamment des Etats généraux lancés à l’initiative du président de la République. Encore une spécialité bien française car il eut mieux valu que la profession les organise elle-même plutôt que de s’en remettre au soutien pour le moins intéressé de l’État. Surtout quand il prétend lier des aides à la presse aux journaux qui respecteront la déontologie. Laquelle ? Celle de ne pas critiquer l’action gouvernementale ? On peut comprendre l’agacement des journalistes de ne pas être mieux associés à ces Etats généraux qui, pour l’heure, coulent comme un robinet d’eau tiède.

27.06.2008

Sarkozy est-il en guerre contre la presse ?

Malgré l’annonce d’Etats généraux à la rentrée, Nicolas Sarkozy s’est lancé dans un combat de longue haleine contre la presse. Ou du moins contre celle qui entrave, selon lui, l’action de réforme entreprise par des critiques incessantes sur sa méthode et sa personnalité. Il est vrai qu’aucun homme politique de droite n’a été aussi attaqué au point que certains commencent à parler de contre-révolution. Comme s’il fallait tester ses capacités de résistance à l’adversité si l’on en juge par le déferlement d’articles et de livres qui lui sont consacrés. De surcroît, après la sortie du livre d’Anna Bitton sur « Cécilia » qui dévoilait sa part d’ombre et l’affaire du SMS révélé par Airy Routier, l’Elysée avait décidé de donner un coup d’arrêt en intentant une procédure judiciaire finalement abandonnée. Ni Mitterrand ni Chirac ne l’avaient fait par le passé. Récemment, la couverture du Point sur « Sarkozy et les psys » a été très mal vécue. De même, l’Elysée ne se prive pas, par l’intermédiaire du porte-parole de l’UMP Frederic Lefebvre, de s’en prendre à l’AFP.

Notamment quand l’agence est accusée de minimiser certains événements comme la condamnation judiciaire de Ségolène Royal par les prud’hommes. En s’attaquant au service public de la télévision, privé de pub à partir du 1 er janvier prochain, le Président est passé à la vitesse supérieure. Faute de posséder lui-même, à l’exemple de Silvio Berlusconi, des chaînes de télévision, encore que l’un de ses collaborateurs s’active désormais sur le net, Nicolas Sarkozy rabote les ailes de France Télévisions. Non seulement, il décide d’en nommer lui-même les futurs dirigeants, ce qui est un retour en arrière au temps de l’ORTF. Mais, il prive ce gigantesque paquebot de recettes qui ne seront que partiellement compensées. Tout en favorisant l’essor des chaînes privées où il compte de nombreux obligés. Sans doute le chef de l’Etat n’a-t-il pas tort de dénoncer le procès d’intention qui lui est fait régulièrement comme si son ambition n’était pas d’adapter le pays à la compétition mondiale. Il reste que sa gestion autoritaire et sa remise en cause d’une certaine « exception française » sont parfois douloureusement ressenties.