09.01.2009

Des Etats généraux de la presse différés

Certains éditeurs et syndicats de journalistes avaient d’emblée claqué la porte des États généraux de la presse, orchestrés par l’Élysée, en évoquant la mainmise du pouvoir politique sur ce qui aurait dû logiquement procéder d’une initiative de la profession.

Au vu des conclusions des quatre groupes de travail, qui ne comportent pas moins de 90 propositions d’inégale importance, on peut clairement affirmer que ces craintes étaient exagérées. La montagne a en effet accouché d’une souris, et on se prend parfois à regretter qu’au nom d’une prudence excessive les participants n’aient pas toujours su distinguer l’essentiel de l’accessoire. On retiendra néanmoins certaines propositions fort intéressantes, comme l’idée de réserver le taux réduit de TVA à la presse d’information générale et politique, en privant du même coup les magazines spécialisés de cette mesure de soutien. N’en déplaise aux éditeurs des magazines de planche à voile, ils n’occupent pas un rôle essentiel de défense de la démocratie.

De même, les suggestions d’ordre fiscal émises sur la question du portage apparaissent-elles judicieuses, tout comme le gel des tarifs postaux pour une année difficile. Même chose quant à la création d’un statut d’éditeur en ligne. Concernant les droits d’auteurs, les patrons qui souhaitent recycler la production des journalistes sur d’autres supports estimeront ne pas avoir été suffisamment entendus. Enfin, sur les questions de déontologie et de formation des journalistes, un travail de fond a été produit. On peut néanmoins se demander pourquoi les écoles de journalisme ont refusé l’instauration d’une sorte de numerus clausus alors que les filières de formation prolifèrent au même rythme que la précarisation du métier. Par peur d’enfreindre le « politiquement correct », certains participants n’ont-ils pas tout simplement décidé de s’en remettre à la loi du marché ? Il reste à savoir ce que le chef de l’État retiendra de cet ensemble de propositions, sérieux mais pas révolutionnaire.

08.05.2007

Tempête dans un verre d’eau

Certains lecteurs (de gauche, faut-il préciser ?) m‘ayant reproché de prendre parti pour Nicolas Sarkozy à la veille du premier tour, il me semble utile d’apporter quelques précisions sur la ligne éditoriale.

Le Télégramme n’est pas un quotidien d’opinion mais d’information et d’opinions. Durant toute la campagne électorale, nous nous sommes efforcés, avec la rédaction en chef, de maintenir un véritable pluralisme correspondant à la diversité des publics qui composent notre lectorat. Ainsi les interviews, portraits, reportages ou couvertures de meetings ont-ils été dosés dans un souci d’équilibre. La campagne de Ségolène Royal a été couverte par une journaliste irréprochable que j’avais désignée à cet effet. Plusieurs éditorialistes ou billettistes femmes ont exprimé à maintes reprises leur enthousiasme à l’idée que la présidente du Poitou-Charente accède à l’Elysée. J’ai pour ma part, avec d’autres, couvert la campagne de Nicolas Sarkozy, exprimant, il est vrai, une certaine empathie envers le réveil de la droite qui me paraît souhaitable pour le pays. Cela ne m’a pas empêché de critiquer certains travers du candidat UMP, notamment son égocentrisme, d’émettre des doutes sur certaines propositions ou sur sa capacité de rupture. Enfin, à chaque fois que nous disposions d’informations vérifiées de nature à l’embarrasser, nous n’avons pas hésité à les publier.

Ce fut le cas avec la vidéo sur Ségolène et les enseignants balancée, selon nos informations,  par son entourage. Et nous serons évidemment vigilants pour la suite des événements. Le Télégramme ne deviendra pas un quotidien sarkozyste pas plus qu’il ne fut chiraquien ou mitterrandien. L’indépendance reste notre maître mot.
Bref, je n’accepte pas les procès d’intention au même titre que la diabolisation de Nicolas Sarkozy au cours des dernières semaines me semble avoir été largement contreproductive pour ses adversaires. Il serait tout de même paradoxal, après avoir encouragé le professionnalisme et les débats d’idée au sein de ce journal, que je sois le seul à ne pas pouvoir exprimer une opinion. D’autant que cette vision des choses s’est révélée juste,  contrairement à un certain journal concurrent qui, ayant fait campagne en faveur du référendum européen, fut démenti par le résultat des urnes. J’ajoute que mes interventions au sein de la rédaction ont toujours consisté à apporter des idées et non pas à imposer des opinions.

Le lent déclin des quotidiens régionaux tient au caractère insipide des informations qu’ils publient, provoquant peu à peu le désintérêt des lecteurs. Notre ambition est de faire coexister tous les talents et toutes les idées, en se gardant des extrêmes et en maintenant un niveau élevé d’exigence. Laquelle n’a cessé de progresser depuis que j’occupe mes fonctions. Que la Bretagne, qui n’a pas de problème d’immigration ou d’identité, ait résisté à ce phénomène national, n’empêche pas de l’analyser. Que l’on sache, notre région n’est pas encore une île ou une province autonome, et ce qui se passe à l’échelon national peut encore avoir une influence sur notre avenir.
Sans rejeter les lois du marketing, utiles à la connaissance du lectorat, je ne crois pas qu’un journal ait pour vocation d’être systématiquement à la remorque de ses lecteurs. Ouvrir de nouvelles pistes, analyser les mutations en cours sans a priori idéologique, telle est, me semble-t-il, la mission d’un quotidien régional qui doit rassembler et innover. Quitte à bousculer un certain conformisme intellectuel.