09.05.2008

Les boucs émissaires de Sarko

Après avoir fanfaronné qu’il n’était « pas si difficile de gouverner », Nicolas Sarkozy a reconnu à la télévision des erreurs de communication notamment sur la présentation du paquet fiscal dénaturé par l’opposition. Mais l’homme étant hostile à toute forme de repentance, il n’a concédé aucune erreur sur le fond ou même dans la méthode ayant consisté à multiplier les réformes sans forcément hiérarchiser les priorités. Habitué à diviser pour régner, il a fait porter sur Matignon l’essentiel des couacs gouvernementaux en s’exonérant de toute responsabilité, accusant tour à tour son Premier ministre de trop se protéger ou estimant que l’inexpérience de celles qu’il avait choisies avec un sens parfait du casting, ne les protègerait plus à l’avenir en cas de nouveaux dérapages. Mais il manquait à son tableau de chasse d’autres boucs émissaires afin de se défausser. Ainsi, à l’occasion d’une réception à l’Élysée des députés UMP, le chef de l’État se comparant à ses prédécesseurs, s’en est pris violemment aux chiraquo-villepinistes, agacé sans doute par leur guérilla sur la réforme constitutionnelle au nom du gaullisme. En clair, Nicolas Sarkozy estime que Jacques Chirac a mal gouverné la France, reprenant ce thème de la rupture sur lequel il a construit sa campagne en se démarquant de son propre camp. Outre que le procédé était déjà curieux de la part d’un homme ayant participé à la plupart des gouvernements chiraquiens, on serait tenté de dire au Président qu’un an après son élection, tout cela appartient au passé et ne peut être invoqué pour le dédouaner des actions en cours. Par ailleurs, on verra le moment venu la vérité des chiffres pour savoir quel clan a le mieux gouverné le pays. Enfin, les attaques contre la presse sont un grand classique. Certes, il y a une part d’injustice dans les critiques à répétition, parfois haineuses, contre cet homme qui essaie de bousculer le conservatisme du pays pour l’adapter au monde. Mais la psychologisation du personnage, qui y a prêté le flanc, est désormais à la mode comme si le journalisme politique avait changé de nature.

 

 

 

 

04.07.2007

Une fonction en voie de liquidation

Ce fut un non-évènement. Hier, il n’y avait pas la fièvre des grands jours au Palais-Bourbon. On avait connu des discours de politique générale engendrant par le passé de belles bousculades dans la salle des Quatre Colonnes. Edith Cresson ou Dominique de Villepin avaient suscité une réelle curiosité. Cette fois, c’était du genre encéphalogramme plat. Non pas que la prestation de François Fillon ait été ratée. Son intervention était à son image, sobre, sans grande passion hormis une envolée lyrique à la fin citant Victor Hugo, Clemenceau, Gambetta, de Gaulle et Camus. Une petite resucée du discours de Nicolas Sarkozy à la porte de Versailles le 14 janvier dernier, inspirée par sa plume Henri Guaino que le Premier ministre semble trouver un peu polluante au plan médiatique. Au même titre que le porte-parole David Martinon ou le secrétaire général Claude Guéant, qui envahissent désormais les ondes en lui faisant concurrence. Chahuté par une opposition très dissipée face à laquelle le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer, semblait quelque peu désemparé, le chef du gouvernement finissait néanmoins par s’imposer en raison de la clarté de son propos. En particulier sur les conséquences de la mondialisation insuffisamment expliquées aux Français et ayant de ce fait aggravé la fracture avec la classe politique. Reste que le programme ayant été largement défloré par le président lors de ses multiples interventions, le spectacle ne contenait guère de révélations, tout au plus des précisions. « L’effacement de l’Elysée par rapport à Matignon est préoccupant pour l’esprit de nos institutions » nous confiait sous Villepin celui qui s’était autoproclamé directeur de cabinet de Sarkozy, furieux d’avoir été viré du gouvernement malgré le succès de sa réforme des retraites. Le rééquilibrage s’étant produit au delà sans doute de ce qu’il pensait, présidentialisation du régime oblige, il reste à savoir si la liquidation politique de la fonction est engagée. Le Premier ministre sera sans doute mort le jour où le président viendra s’exprimer lui-même devant les députés, le reléguant au rôle subalterne d’un vice-président à l’américaine.

29.06.2007

Fillon bouc émissaire du changement

Est-ce l’activité débordante de l’hyper-président, la présidentialisation accrue du régime incarnée à satiété par Nicolas Sarkozy ou encore l’image un peu lisse de François Fillon ? En quelques semaines, le Premier ministre serait presque devenu le bouc-émissaire d’un système qui cherche constamment des cibles faciles. L’hebdomadaire Marianne a forcé le trait au point que Jean-Pierre Raffarin, qui ne le portait pas vraiment dans son cœur, est venu à sa rescousse. Et son porte-parole, Laurent Wauquiez, a annoncé qu’il allait se renforcer dans les prochaines semaines. A Matignon, on semble prendre la chose avec philosophie en rappelant que le Premier ministre a consacré les derniers jours à faire des arbitrages. Et que la répartition des rôles avec le chef de l’Etat ne l’a pas surpris. Cela fait maintenant deux ans que Fillon travaille avec Sarko et il le connaît par cœur. En particulier sa propension à occuper tout l’espace et à pointer du doigt ses collaborateurs, notamment le premier d’entre eux, en cas de difficultés. Fusible ou paratonnerre, Fillon qui a déjà été accroché sur la TVA sociale, responsable d’avoir laissé quelques dizaines de députés UMP au tapis, sait qu’à terme rien ne lui sera épargné. De ce point de vue pas de changement institutionnel. Le pouvoir sera clairement à l’Elysée, qui tiendra tout le monde par la bride, et les emmerdements à Matignon. Peu de marges de manœuvre, comme à l’époque du tandem Giscard-Chirac qui n’en était pas un. Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant voit d’ailleurs le chef du gouvernement en simple « chef d’état-major ». En réalité, le temps Fillon va démarrer avec son discours de politique générale, mardi 3 juillet à l’Assemblée, plaident les optimistes. S’il arrive à passer son train de lois durant l’été, le pari aura été gagné. Le paquet fiscal rebaptisé loi sur le travail et l’emploi, les peines-planchers, le service minimum... Déjà la polémique sur l’autonomie des universités semble s’apaiser. Les résultats sur l’économie ne seront perceptibles qu’en 2008 mais une dynamique aura été créée avant les municipales, que la gauche attend avec impatience pour se refaire une santé. Fillon aura alors sorti la société française de sa neurasthénie.

19.06.2007

Gouverner et communiquer

Au-delà de l’euphorie un peu forcée de la gauche, le score réduit de l’UMP au deuxième tour des législatives n’est pas sans vertu pour la droite. Tout d’abord, il va permettre à l’opposition de jouer son rôle au sein d’une institution parlementaire revigorée, ce qui n’était pas acquis compte tenu que le quinquennat aurait pu la réduire à une chambre d’enregistrement. Or, mieux vaut des débats vifs à l’Assemblée et des commissions d’enquête parlementaire à l’image du Congrès américain que cette tendance française à vider les affrontements idéologiques dans la rue, en court-circuitant les corps intermédiaires. Par ailleurs, ce signal qui vaut avertissement pour la droite va l’inciter à affiner son discours pour que la réforme profite à tous et ne se limite pas à quelques cadeaux fiscaux. « Les Français qui ont voté pour nous ne veulent pas qu’on soit prudents, sinon on les perdra » juge l’un des ministres du gouvernement Fillon. Il n’empêche, le cafouillage de la TVA sociale marque un bug de communication et pose le problème du maintien de Jean-Louis Borloo à Bercy. Elu sur un programme de baisse du poids de la fiscalité pour relancer l’économie, Nicolas Sarkozy peut-il envoyer des signaux contradictoires à l’opinion ? Au risque, comme on l’a vu, de démobiliser son camp et de copier son comportement sur celui de Jacques Chirac trahissant ses promesses de campagne, à peine arrivé à l’Elysée.
Enfin, bon nombre de jeunes pousses de l’UMP se sont révélées trop tendres pour affronter le camp adverse soit dans leur circonscription, soit sur les plateaux de télévision. Les nouveaux secrétaires d’Etat devront donc être à la fois des hommes ou des femmes de terrain et de communication, à l’image des députés Yves Jego, Luc Chatel, Nadine Morano ou Renaud Dutreil (sur lequel Fillon a mis un veto). Reste que sa séparation officialisée avec François Hollande affaiblit Ségolène Royal, plus en défense qu’en initiative dans son projet de conquête du PS qui risque fort de se refermer sur lui-même et de figer la situation après avoir sauvé les meubles. Quitte à empêcher la modernisation de la société française.

14.06.2007

Un Premier ministre en chef de majorité

Celui qui s’était autoproclamé directeur de campagne de Nicolas Sarkozy pour compenser une blessure d’amour-propre somme toute assez banale, il n’avait pas été renouvelé dans le gouvernement Villepin, n’entend pas se contenter désormais d’être le directeur de cabinet du nouveau président de la République. Une telle posture était réservée à Jean-Pierre Raffarin qui se prosternait régulièrement devant Jacques Chirac. Plus pugnace, François Fillon veut exister mais la présidentialisation du régime, qui vide le Parlement de son rôle, l’oblige à composer. Face à un hyper-président qui n’hésite pas à recevoir les syndicats et à désavouer ses ministres quand ça l’arrange, Fillon se veut un chef de la majorité combatif. Le président Sarko se montre consensuel, maniant habilement l’ouverture au point que ses fidèles, qui rêvaient d’un secrétariat d’Etat après le second tour, commencent à déchanter : « Il n’y en aura que pour la gauche, les femmes et la diversité », glisse l’un d’entre eux, avec un peu d’amertume. Le Premier ministre tape, lui, à bras raccourcis contre l’adversaire, après des décennies de soumission de la droite à l’idéologie dominante. Le 4 juin à Lyon, il dénonçait « l’imposture morale » de la gauche, et le 12 à Nancy, il stigmatisait « les vieilles stratégies déglinguées » n’ayant pour objectif, selon lui, que d’enrayer « une dynamique qui lui échappe ». Fillon, qui sera ce soir en meeting à la Porte de Versailles, force donc le trait pour rassembler son camp et semble se satisfaire de son sort en estimant que la présidence arbitrale à la Chirac relève du passé tout en étant responsable du déclin du pays. Viendra ensuite un temps où l’activisme du président et les contradictions de ses postures successives deviendront difficiles à gérer pour Matignon. Présidentialisation ou pas, le fusible n’a pas complètement disparu même si le chef du gouvernement se verrait volontiers cinq ans à son poste.