Est-ce l’activité débordante de l’hyper-président, la présidentialisation accrue du régime incarnée à satiété par Nicolas Sarkozy ou encore l’image un peu lisse de François Fillon ? En quelques semaines, le Premier ministre serait presque devenu le bouc-émissaire d’un système qui cherche constamment des cibles faciles. L’hebdomadaire Marianne a forcé le trait au point que Jean-Pierre Raffarin, qui ne le portait pas vraiment dans son cœur, est venu à sa rescousse. Et son porte-parole, Laurent Wauquiez, a annoncé qu’il allait se renforcer dans les prochaines semaines. A Matignon, on semble prendre la chose avec philosophie en rappelant que le Premier ministre a consacré les derniers jours à faire des arbitrages. Et que la répartition des rôles avec le chef de l’Etat ne l’a pas surpris. Cela fait maintenant deux ans que Fillon travaille avec Sarko et il le connaît par cœur. En particulier sa propension à occuper tout l’espace et à pointer du doigt ses collaborateurs, notamment le premier d’entre eux, en cas de difficultés. Fusible ou paratonnerre, Fillon qui a déjà été accroché sur la TVA sociale, responsable d’avoir laissé quelques dizaines de députés UMP au tapis, sait qu’à terme rien ne lui sera épargné. De ce point de vue pas de changement institutionnel. Le pouvoir sera clairement à l’Elysée, qui tiendra tout le monde par la bride, et les emmerdements à Matignon. Peu de marges de manœuvre, comme à l’époque du tandem Giscard-Chirac qui n’en était pas un. Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant voit d’ailleurs le chef du gouvernement en simple « chef d’état-major ». En réalité, le temps Fillon va démarrer avec son discours de politique générale, mardi 3 juillet à l’Assemblée, plaident les optimistes. S’il arrive à passer son train de lois durant l’été, le pari aura été gagné. Le paquet fiscal rebaptisé loi sur le travail et l’emploi, les peines-planchers, le service minimum... Déjà la polémique sur l’autonomie des universités semble s’apaiser. Les résultats sur l’économie ne seront perceptibles qu’en 2008 mais une dynamique aura été créée avant les municipales, que la gauche attend avec impatience pour se refaire une santé. Fillon aura alors sorti la société française de sa neurasthénie.