14.10.2008

Sarkozy l'équilibriste

Le redressement significatif de la Bourse crédibilise la garantie des prêts interbancaires mise en place par l’Elysée. La solidité du système français évite à l’Etat un engagement trop marqué.

Quant au fonds européen refusé par Angela Merkel, il montre les limites de l’influence française, même si la chancelière allemande a su se montrer coopérative afin d’afficher un front uni avec la France. Pour la France, l’effet psychologique est atteint. S’il ne sort pas renforcé de la crise, Nicolas Sarkozy maintient ses positions au centre du système, ce qui n’est déjà pas si mal dans la tourmente actuelle. Le risque étant pour les politiques d’apparaître dépassés par la situation, impuissants face à cette manifestation éclatante de la mondialisation. Le numéro présidentiel d’équilibrisme que traduit le virage sur l’aile réalisé par le discours de Toulon, lequel contrevient à toutes les promesses de campagne, lui a été imposé par les circonstances. Il lui permet d’en revenir aux fondamentaux d’un modèle français dont le Président croyait pouvoir s’affranchir. Or s’il n’est pas toujours performant, ce modèle dispose d’amortisseurs pour atténuer les chocs violents comme celui que nous vivons aujourd’hui. Il reste à savoir comment le chef de l’Etat va rebondir et tracer le cap de la deuxième partie du quinquennat. S’apprête-t-il à faire le chemin inverse de François Mitterrand qui, sans acter le passage à la rigueur, fit entrer l’économie française dans la voie du réalisme, évitant la tentation albanaise que lui suggéraient les visiteurs du soir ? Nicolas Sarkozy dont on raillait il y a peu le tropisme américain, deviendrait-il un étatiste forcené, un néo-colbertiste partisan d’une économie planifiée ? S’il est des domaines comme la politique industrielle où le volontarisme semble nécessaire, le chef de l’Etat a pris soin de contenir les dépenses du plan d’intervention. Le réalisme est toujours de mise.

02.10.2008

Le retour à l'exception française

Comparer la crise financière actuelle à celle de 1929 n'a guère de sens. A l'époque, les Etats-Unis étaient les créanciers du monde et cette situation a commencé à s'inverser en 1945 quand ils en sont devenus les débiteurs. Ainsi, c'est la Chine qui a financé la guerre en Irak et une partie de l'immobilier américain victime des subprimes. Ce déséquilibre mondial qui traduit également un transfert des centres de pouvoir de l'Occident vers l'Orient, de la première puissance mondiale vers l'Asie, nécessite désormais une concertation mondiale accrue pour en attenuer les effets désastreux. C'est l'idée que tente de promouvoir Sarkozy mais rien ne dit qu'il sera suivi par les Américains. La France a toujours bénéficié d'un système bancaire mieux sécurisé qu'aux Etats-Unis avec des ratios de précaution élevés. Il n'empêche, certaines surprises ne sont pas à exclure, compte tenu des éléments hors bilan, qui ont sans doute été dissimulés. Au-delà des plans de sauvetage qui apparaissent comme un moindre mal, le chef de l'Etat tente une de ces opérations de politique intérieure époustouflante dont il a le secret. Non seulement Sarko fait taire son Premier ministre, qui le titillait sur le thème de la rigueur sur laquelle Fillon avait fondé son identité politique, mais il étouffe l'opposition dans une unité nationale à laquelle il sera bien difficile de résister. Ségolène Royal a d'ailleurs été la première à ouvrir la brèche en déclarant que cela supposait des garanties sur l'évolution d'un système marqué par la connivence entre les patrons et le pouvoir. Or, on voit bien que l'objectif de l'Elysée est de renforcer le parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot au détriment du PS. Ce faisant, Nicolas Sarkozy tourne le dos à ses promesses de campagne et à la rupture qu'il préconisait pour en revenir aux fondamentaux de « l'exception française » dont on voit bien, dans la tourmente actuelle, qu'elle n'a pas que des inconvénients.

30.09.2008

Sarko surfe sur la crise

La crise financière mondiale permettrait-elle à Nicolas Sarkozy d’abandonner ses promesses de campagne sans acter réellement un tournant du quinquennat vers la rigueur ? Terme dont on sait qu’il ne veut pas en entendre parler, et attitude que François Fillon vient d’endosser après l’avoir longtemps rejetée. En théorie pour ne pas aggraver l’état récessif du pays. En réalité par refus de la connotation psychologique trop marquée qu’un tel terme porte dans notre histoire collective. Car François Mitterrand et Jacques Chirac, contraints à de tels revirements après les premiers mois d’euphorie, durent en acquitter lourdement le prix. Croissance en berne, déficits et chômage à la hausse, tous les indicateurs sont au rouge. Plus question évidemment de baisser les impôts comme promis. Lesquels ne pourront d’ailleurs l’être sans réduction substantielle des dépenses publiques, comme le prévoit la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Bref, la droite n’a décidément pas de chance. Elle hérite systématiquement du pouvoir quand la situation exige une adaptation douloureuse aux réalités. Lionel Jospin, lui, disposait de la croissance et n’en avait pas profité pour réformer. En revanche, Nicolas Sarkozy n’a pas le choix : il doit retrouver impérativement des marges de manœuvre. Et même si sa réunion, ce matin, avec les principaux responsables bancaires est dénoncée par François Hollande comme de la gesticulation, le chef de l’État peut y jouer les facilitateurs, mettre de l’huile dans les rouages. En déclinant son appel à l’unité nationale, le Premier secrétaire du PS entend bien ne plus se laisser piéger par ce redoutable tacticien, passé maître dans l’art de surfer sur les événements aussi défavorables soient-ils. Mais peut-on exister politiquement en refusant de cautionner une telle volonté de sortir de la crise ?

26.09.2008

Une nouvelle frontière

Lutter contre la peur qui inhibe et pèse sur l'économie. Tel était, à Toulon, le credo de Nicolas Sarkozy, qui n'est jamais aussi bon que dans le registre du volontarisme. Reçu les jours précédents dans l'antre du capitalisme mondial, le chef de l'État demandait alors des sanctions contre les responsables du dérèglement des marchés. On l'avait déjà entendu condamner les patrons voyous ou procéder à du sauvetage d'entreprises menacées, comme Alstom. Or, cette volonté de moralisation d'un système qui s'emballe rappelle singulièrement les diatribes anticapitalistes de Jacques Chirac à la fin de son règne. Mais alors qu'il prononçait, hier soir, un grand discours de recadrage économique, la question est de savoir si, comme l'a dit François Hollande, Nicolas Sarkozy « ne se paye pas de mots ». Et quelles sont ses marges de manoeuvre ? La suppression des parachutes dorés, comme le suggère le Medef, est une piste qui pourrait mettre fin à des abus scandaleux. D'autres mesures sont étudiées, telle une surveillance accrue des agences de notation, quoique les banques n'y sont guère favorables. Censé rassurer ses concitoyens en trouvant le ton juste sur la gravité de la crise, Nicolas Sarkozy reste confronté au problème d'une redéfinition de sa politique économique. Pas d'austérité ni d'augmentation des impôts, assure-t-il, afin de ne pas aggraver la crise. Mais cette volonté de ne pas dramatiser, qui s'accompagne d'une poursuite des réformes, est-elle réaliste ? Car le chef de l'État reconnaît que la situation ne va pas s'arranger, ni sur le front du chômage, ni sur celui de la croissance, ni sur celui du pouvoir d'achat. Encadrer le mode de rémunération des dirigeants n'y suffira pas. Engager de nouvelles dépenses d'investissement exige de les financer. Quoi qu'il en soit, Nicolas Sarkozy entend fixer au pays le cadre d'une nouvelle frontière.

16.09.2008

Finances : l'épreuve de vérité

L'histoire se répète. Car Nicolas Sarkozy était déjà ministre délégué au budget d'Edouard Balladur alors Premier ministre lorsqu'il fut confronté à une crise financière mondiale qui n'était certes pas de même ampleur qu'aujourd'hui. Du coup, il lui fut ensuite reproché d'avoir fait preuve d'un grand laxisme budgétaire pour amortir la récession économique qui se profilait alors. Dans le contexte actuel, les marges de manoeuvre du chef de l'Etat sont encore plus faibles. Car elles ont été épuisées par le paquet fiscal mis en oeuvre au lendemain de son élection. De surcroît, les réactions négatives au financement du RSA qui a ponctionné les classes moyennes, en contradiction avec les promesses de la campagne électorale, montrent que la révolution conservatrice ayant permis l'élection de Nicolas Sarkozy s'accompagne désormais d'un rejet des impôts nouveaux. Certes, la revue générale des politiques publiques (RGPP) mise en oeuvre par le secrétaire général de l'Élysée Claude Guéant, devrait permettre d'économiser cinq à six milliards d'euros par an. Par ailleurs, le président estime depuis plusieurs mois que dans la tourmente mondiale, il convient de tenir bon et d'accélérer le rythme des réformes afin de bénéficier de la reprise mondiale, le moment venu. Il reste que parmi les réformes préconisées par le rapport Attali d'inspiration libérale, celles qui ont été accomplies n'étaient pas les plus difficiles. Ainsi Nicolas Sarkozy a-t-il perdu du temps avant de prendre la mesure de la crise financière qui révèle aujourd'hui la puissance du politique face à la mondialisation. En refusant contrairement aux préconisations de son Premier ministre d'afficher le recours à une politique de rigueur, le président de la République maintient les Français en état d'apesanteur par rapport à la réalité mondiale. En repoussant à plus tard cette épreuve de vérité, il risque de la rendre d'autant plus douloureuse.