19.12.2008

Sarkozy culpabilise la gauche

Piqué au vif par les pancartes des élus socialistes dénonçant la télé sarkozyste en clôture du débat sur l’audiovisuel public, Nicolas Sarkozy, en déplacement dans les Vosges, n’a pas pu s’empêcher de déplorer le « blocage systématique » de l’opposition.

C’est pourtant de bonne guerre et on se souvient avec quelle virulence la droite se distinguait au Palais Bourbon lors du premier mandat de François Mitterrand. Tels des voltigeurs, des hommes comme Jacques Toubon, Michel Noir ou François d’Aubert se relayaient à l’Assemblée et ne reculaient devant aucun excès verbal. Alors que la droite semble durablement installée au pouvoir, du moins depuis 1995, le président de la République ne peut s’empêcher de pousser son avantage en culpabilisant l’adversaire socialiste. Lequel apparaît fort affaibli par ses déchirements internes, que l’élection de Martine Aubry au poste de Premier secrétaire du PS a aggravés. Et aussi son incapacité à fixer un cap idéologique, hésitant entre l’alliance au centre et le coup de barre à gauche. Enfin, l’ouverture qui devrait se poursuivre avec l’entrée au gouvernement de nouveaux ministres, comme Claude Allègre, décrédibilise encore un peu plus le PS. C’est ce qui rend Nicolas Sarkozy si sûr de lui, malgré les difficultés économiques et sociales résultant de la crise financière mondiale. La gauche ne le menace donc pas vraiment. Son baroud d’honneur sur la télévision publique sera d’ailleurs vite oublié. Et en reculant sur la réforme des lycées ou le travail du dimanche, le chef de l’État évite soigneusement d’alimenter les braises d’une révolte sociale par ailleurs improbable dans une période où l’opinion est inquiète. « Réformes inutiles, bâclées et bourrées d’injustices », tonne en vain le président du groupe parlementaire socialiste Jean-Marc Ayrault. La gauche a perdu la main.

07.05.2008

Guérilla gaulliste à l’Assemblée

Induite par le passage au quinquennat qui fait coïncider le mandat du président et celui des députés, une réforme constitutionnelle s’imposait. L’édifice actuel reste néanmoins bancal puisque nous ne sommes pas dans un régime présidentiel à l’américaine où le Congrès contrôle la Maison-Blanche qui ne peut renvoyer les parlementaires devant les électeurs ; l’équilibre des pouvoirs est néanmoins assuré afin d’éviter un blocage. Ici, l’idée d’accroître les pouvoirs du Parlement est proclamée. Mais nous sommes dans un entre-deux qui n’est pas encore dissipé. Or, plus que de l’opposition, les réserves les plus fortes semblent venir d’un groupe de députés chiraco-villepinistes. « Ce texte dénature l’esprit de la V e République », tonne le député du Finistère Jacques Le Guen qui préférerait qu’avant de moderniser le Parlement, l’on s’attache d’abord à la fonction de député et au règlement intérieur. L’ordre du jour, partagé entre l’Exécutif et l’Assemblée, leur apparaît comme un faux-semblant. La suppression partielle du 49-3 ne leur convient pas plus que celle de l’article 88-5 qui prévoyait un recours au référendum pour laisser les Français trancher l’adhésion de la Turquie à l’Europe. « On nous demande de nous déjuger par rapport à il y a trois ans », insiste Le Guen. D’autres points litigieux sont soulevés dans cette guérilla ressemblant fortement à du « filibustering » à l’américaine (entrave à un projet de loi). Notamment l’idée que les ministres démissionnés retrouvent immédiatement leur siège sans passer par la case élections partielles, au risque d’être considérés comme des Kleenex par l’Exécutif. Le premier secrétaire du PS est, pour sa part, hostile à ce que le président s’exprime devant les parlementaires : cela pourrait être limité à une fois par an devant le Congrès des deux chambres réunies. Mais même au sein de l’UMP, où le président du groupe Jean-François Copé tente de trouver un compromis, on craint que cela n’affaiblisse l’Exécutif. Nicolas Sarkozy qui recevra aujourd’hui à déjeuner les députés devra faire des concessions.