25.11.2008
Le soupçon d’une reprise en main
Vu l’état qui est celui de leur parti, les députés socialistes auront peut-être du mal à faire un « Vietnam parlementaire » du débat sur la réforme de l’audiovisuel public qui s’ouvre aujourd’hui. Il n’empêche, l’enjeu est d’importance et n’est pas sans rappeler le bras de fer de Silvio Berlusconi avec la RAI dont le président du Conseil italien dit ne plus supporter les constantes « railleries » et « outrages » dans lesquels il voit la main de l’opposition. Peut-on, pour autant, parler en France d’une « grande braderie de l’audiovisuel public », doublée d’une volonté de « mise à mort au profit du privé », comme l’affirment les syndicats ? Il est clair que la réduction, pour cause de crise financière, du montant des taxes sur les recettes publicitaires des chaînes privées et les opérateurs de télécommunications tombe mal et va rendre son financement aléatoire. Elle vient contredire la promesse faite par le chef de l’Etat de compenser « euro pour euro » le manque à gagner de 450 millions d’euros résultant pour France-Télévisions de la suppression de la publicité. Or, cette réforme qui va permettre à Nicolas Sarkozy de nommer le président de France-Télévisions, pouvoir jusqu’alors conféré au Conseil supérieur de l’audiovisuel, fait naître le soupçon d’une volonté de reprise en main politique, toujours selon l’exemple italien. Or, comme le souligne François Bayrou, « la télévision publique n’appartient pas à l’Etat, encore moins au pouvoir. Elle appartient aux téléspectateurs qui en assurent la charge par la redevance ». A l’heure ou les procédures judiciaires se multiplient contre les journalistes pour les contraindre à révéler leurs sources, afin de leur « mettre la pression » et les inciter à plus de mesure dans leurs critiques et leurs investigations, la guérilla parlementaire autour du projet de réforme de l’audiovisuel public fera figure de test. Le jugement en appel en fin de semaine de la plainte de Nicolas Sarkozy sur les poupées vaudous, qui fixera les bornes de la liberté d’expression, en sera un autre.
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27.06.2008
Sarkozy est-il en guerre contre la presse ?
Malgré l’annonce d’Etats généraux à la rentrée, Nicolas Sarkozy s’est lancé dans un combat de longue haleine contre la presse. Ou du moins contre celle qui entrave, selon lui, l’action de réforme entreprise par des critiques incessantes sur sa méthode et sa personnalité. Il est vrai qu’aucun homme politique de droite n’a été aussi attaqué au point que certains commencent à parler de contre-révolution. Comme s’il fallait tester ses capacités de résistance à l’adversité si l’on en juge par le déferlement d’articles et de livres qui lui sont consacrés. De surcroît, après la sortie du livre d’Anna Bitton sur « Cécilia » qui dévoilait sa part d’ombre et l’affaire du SMS révélé par Airy Routier, l’Elysée avait décidé de donner un coup d’arrêt en intentant une procédure judiciaire finalement abandonnée. Ni Mitterrand ni Chirac ne l’avaient fait par le passé. Récemment, la couverture du Point sur « Sarkozy et les psys » a été très mal vécue. De même, l’Elysée ne se prive pas, par l’intermédiaire du porte-parole de l’UMP Frederic Lefebvre, de s’en prendre à l’AFP.
Notamment quand l’agence est accusée de minimiser certains événements comme la condamnation judiciaire de Ségolène Royal par les prud’hommes. En s’attaquant au service public de la télévision, privé de pub à partir du 1 er janvier prochain, le Président est passé à la vitesse supérieure. Faute de posséder lui-même, à l’exemple de Silvio Berlusconi, des chaînes de télévision, encore que l’un de ses collaborateurs s’active désormais sur le net, Nicolas Sarkozy rabote les ailes de France Télévisions. Non seulement, il décide d’en nommer lui-même les futurs dirigeants, ce qui est un retour en arrière au temps de l’ORTF. Mais, il prive ce gigantesque paquebot de recettes qui ne seront que partiellement compensées. Tout en favorisant l’essor des chaînes privées où il compte de nombreux obligés. Sans doute le chef de l’Etat n’a-t-il pas tort de dénoncer le procès d’intention qui lui est fait régulièrement comme si son ambition n’était pas d’adapter le pays à la compétition mondiale. Il reste que sa gestion autoritaire et sa remise en cause d’une certaine « exception française » sont parfois douloureusement ressenties.
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