28.10.2008

Crise : un révélateur de l’homme d’État


A qui profite la crise ? A Nicolas Sarkozy, qui a décidé de l’affronter avec sa légendaire énergie. En France, à Bruxelles ou à Washington, personne ne peut lui échapper.


Depuis le succès du sommet de l’Union pour la Méditerranée (UPM), Henri Guaino est un homme à nouveau écouté. Ceux qui traitaient le conseiller spécial du Président de « bombe atomique ambulante », ont révisé leur jugement. Avec la crise mondiale, la récession qui s’en suit, son hostilité à la réduction de la dépense publique redevient audible. « Il ne suffit pas d’étatiser l’économie, mais de permettre à l’État d’être un entrepreneur et un investisseur avec ses propres objectifs », déclare-t-il dans une interview aux « Échos ». Pour que ce nouveau capitalisme d’État, cette troisième voie à laquelle quelques esprits outre-Atlantique accordent désormais une certaine pertinence, soit crédible, encore faudrait-il que la réforme de l’État ne soit pas abandonnée en route.


Montrer qu’il est indispensable
Nicolas Sarkozy annonce, ce matin, un plan de lutte contre le chômage qui verra le retour aux traditionnels emplois aidés en vigueur sous la gauche. Il est question d’investir dans la recherche et des secteurs stratégiques. Toutefois, comme le Président annonçait lors de sa conférence de presse de janvier 2008 que « les caisses sont vides », une partie des dépenses devra être redéployée pour ne pas accroître l’endettement dans des proportions considérables. Le Président doit montrer qu’il est indispensable pour surmonter cette crise. Il n’a pas d’autre choix pour justifier d’être là où il est. Dans son entourage, quelques-uns estiment néanmoins qu’il en fait trop dans le registre de la dramatisation de ce 11-Septembre financier. Quant à son bras de fer avec l’Allemagne, qui ne veut pas de gouvernement économique s’imposant à la Banque centrale européenne (BCE), c’est un pari d’une audace folle. D’autant que l’agacement ainsi suscité va bien au-delà de la Chancellerie allemande. Les Tchèques sont, eux aussi, furieux. Le Président français semble, en effet, tenir sa présidence du Conseil européen jusqu’au 1er janvier pour quantité négligeable en revendiquant celle de l’Eurogroupe détenue jusqu’en décembre par le Luxembourgeois Juncker. Enfin, les Américains ne sont pas décidés à lui laisser la vedette du Sommet de Washington, le 15 novembre prochain, censé lancer les bases d’une refondation du système monétaire.


Affronter la crise avec énergie
Peu importe, au fond, les succès temporaires qu’une habile gestion d’image lui permet d’obtenir pour l’instant dans la bulle médiatique franco-française. Il n’y a pas une démocratie occidentale dans laquelle la récession économique n’ait pas d’effets sur la cote de ses dirigeants. Jusqu’en avril 2008, c’est le style présidentiel qui était condamné, l’opinion semblant acquise à sa politique de réforme. Cette crise, que personne n’a voulu voir venir, va évidemment servir de révélateur à sa dimension d’homme d’État. En l’affrontant avec l’énergie qui le caractérise, il peut en sortir grandi. Ou exploser en vol en démontrant, contrairement aux apparences, qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion.

21.05.2008

Sarkozy fait le deuil de sa popularité

En première ligne dans le conflit des pêcheurs qu’il assure de sa détermination « pour défendre leurs intérêts », Nicolas Sarkozy s’installe durablement dans l’impopularité afin de faire bouger les lignes. Après l’euphorie résultant de son élection triomphale et le rééquilibrage de sa vie sentimentale terriblement exposée, les tentatives de reconquête de l’opinion ont fait long feu. Ni les postures plus solennelles, ni sa dernière intervention télévisée n’auront suffi à inverser la tendance. Pas plus que l’annonce, la semaine passée, que la croissance avait été plus forte que prévu. Tout comme le pouvoir d’achat, revu à la hausse dans les statistiques. C’est donc sur un retournement de la conjoncture internationale et les premiers effets positifs des réformes auxquelles les Français sont acquis que le chef de l’Etat mise pour finir son mandat en beauté. Et éventuellement se représenter même s’il prétend aujourd’hui le contraire. L’agitation sociale sur les retraites et la grogne des enseignants ne constituent pas un péril majeur puisqu’une majorité de Français s’accorde sur le diagnostic. Le soi-disant « couac » sur les 35 heures n’est qu’un épiphénomène puisque chacun est désormais conscient du caractère nocif de cette mesure sur l’économie. La réforme des institutions, dont les débats pourraient se poursuivre jusqu’en début de semaine, se fera même si elle participe d’une présidentialisation du régime, contraire à l’esprit de la V e République. Il reste, qu’à trop humilier son Premier ministre en accaparant désormais les petits-déjeuners de la majorité, Nicolas Sarkozy se prive d’un fusible bien commode qui, du coup, prospère dans son ombre. Et transforme celui avec lequel les rapports ont, selon L’Express, viré à la détestation réciproque, en redoutable ennemi pour l’avenir. Mais ce n’est visiblement pas la préoccupation du Président qui a fait le deuil d’une éphémère popularité.

25.04.2008

L’homme qui veut bien faire

« Tout est rentré dans l’ordre ». Le chef de l’Etat a évité d’évoquer, hier soir, sa vie privée pour mieux se concentrer sur les préoccupations des Français.

La leçon des derniers mois a été tirée quant au style largement décrié de sa présidence. Les questions politiciennes sur sa relation douce-amère avec son Premier ministre ont également été prestement évacuées. Tout comme la mise en orbite d’un rival de François Fillon en la personne de Xavier Bertrand. En revanche, les erreurs de jeunesse de certains membres du gouvernement ne seront plus pardonnées. Qu’on se le dise, l’indulgence à l’égard des débutants appartient au passé. Sur le fond, l’exercice auquel se voyait confronté Nicolas Sarkozy n’était guère aisé. Du moins sur la politique économique. En l’occurrence, le Président s’est contenté de rappeler les fondamentaux de sa campagne, concédant au passage une grave erreur de communication sur le paquet fiscal. Parce que les prix ont augmenté en France plus que partout ailleurs, que les salaires sont trop bas et les charges trop fortes, le mécontentement est patent. Mais au-delà de ce constat, le discours présidentiel patine, parce qu’il n’a pas les moyens d’une politique vigoureuse face à un environnement mondial défavorable. Le chef de l’Etat a rappelé le nombre important de réformes engagées (55) qui, à l’en croire, devraient créer une dynamique de changement, compte tenu de leurs imbrications. Toutefois, hormis l’augmentation du nombre d’heures supplémentaires, la baisse du chômage et la généralisation annoncée du RSA, aucune annonce miracle n’apparaît de nature à inverser rapidement la tendance. La fermeté sur les clandestins avec un refus persistant de toute culpabilisation, une volonté de tenir sur la suppression de postes dans l’enseignement et un souci de conciliation avec la Chine : loin des grands principes, Nicolas Sarkozy continue à vouloir bien faire dans les limites du possible. Quitte à porter durablement le poids d’une opinion hostile.

04.12.2007

France-Algérie : l’enjeu de la réconciliation

La polémique ayant conduit le ministre algérien des Anciens combattants à traiter le président français de représentant du « lobby juif », avant d’être mollement désavoué par le président Bouteflika, n’est que le prolongement d’un bras de fer persistant entre Paris et son ancienne colonie, toujours en quête d’identité. Durant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy a rompu avec l’attitude chiraquienne consistant à quémander un traité d’amitié avec un pays dont les sphères dirigeantes n’ont de cesse de traiter la France comme le bouc-émissaire de leurs propres turpitudes. Tout en stigmatisant cette propension très française à la repentance (*). Attitude d’autant plus incompréhensible que la France a défendu, lors de la décennie sanglante, le régime algérien contre le péril islamiste d’ailleurs instrumentalisé par les généraux. La loi du 23 février 2005 sur les bienfaits de la colonisation, finalement abrogée par le Conseil Constitutionnel à la demande de Chirac, traduisait l’offensive des députés de droite, notamment du Sud de la France, ayant assuré la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Ainsi la venue à Perpignan d’Alain Marleix, secrétaire d’Etat aux anciens combattants pour l’inauguration d’une stèle à la mémoire des Français tombés en Algérie, parmi lesquels les anciens de l’OAS, a t-elle ulcéré le régime d’Alger. Sauf que le ministre algérien s’est pris les pieds dans le tapis au nom d’un populisme islamiste qui progresse dans la société et que cautionne le Premier ministre Abdelaziz Belkhadem. Du coup, il a versé dans une diatribe antisémite. Une « opération revancharde » eût été plus acceptable. Dans une interview à l’agence algérienne APS, Nicolas Sarkozy a décidé de calmer le jeu au nom de cette réconciliation mémorielle si difficile à accepter de part et d’autre de la Méditerranée. Il ne pouvait être question d’annuler le voyage ce qui n’aurait fait qu’aggraver les plaies. C’est la nature du président français et c’est sa force. Mais il y a à la clef des enjeux économiques, cinq milliards de dollars de grands contrats, et l’on sait que les Algériens désormais riches de leur pétrole et sollicités de toutes parts, n’entendent faire aucun cadeau à l’ancienne métropole. * Lire à ce propos Paris-Alger couple infernal, de Jean-Pierre Tuquoi, chez Grasset.

23.08.2007

La lutte contre l’impuissance

Une catastrophe naturelle, aérienne ou ferroviaire, un accident de pêche (au demeurant scandaleux) ou d’autocar et voilà que les hommes politiques débarquent désormais au plus haut niveau, comme hier, pour témoigner leur solidarité avec les familles des victimes. Dans ces moments douloureux, leur soutien est précieux et apprécié. Rien que de très normal au sein de sociétés où la vie humaine, comme le respect de l’enfant, sont mieux pris en compte que sous d’autres latitudes ou à d’autres époques. Nicolas Sarkozy n’a pas inventé cette gestion compassionnelle dont Jacques Chirac avait fait un style de gouvernement au point de l’étendre aux victimes de l’esclavage. Avec un goût pour la repentance qui confinait à l’excès. Déjà ministre de l’Intérieur, le nouveau président assistait systématiquement aux obsèques des représentants des forces de l’ordre tués dans l’exercice de leurs fonctions. Il n’hésitait pas à interpeller la justice quand un crime était le résultat d’une récidive que les magistrats n’avaient pas su prévenir. Ainsi, tenait-il récemment en privé des propos très critiques sur la procureure dans le dossier du pédophile Francis Evrard qui a focalisé l’attention des médias en début de semaine.
Reste que ce recours systématique à un registre émotionnel n’est pas sans danger. Simplifier à l’excès des problèmes qui ont souvent des causes plus complexes peut apporter un réconfort momentané. Au risque de déresponsabiliser la chaîne de tous ceux qui, à des degrés divers (éducateurs, soignants, psychologues, magistrats...), auraient pu agir avec plus de célérité. « L’affaire Evrard, ce n’est pas un dysfonctionnement, c’est un vide juridique », tranche le chef de l’État. De même s’est-il engagé à tout faire pour que le procès du bateau ayant coulé le Sokalique se tienne en France. On est loin de la macroéconomie et de la crise financière sur laquelle les Etats ont moins de prise à l’heure de la mondialisation. Par ses intrusions répétées dans le quotidien des Français, du pouvoir jadis qualifié de suprême, le président veut montrer l’exemple. C’est une course contre l’impuissance qui finit toujours par tuer le politique et plus symboliquement le père... de la nation.

26.06.2007

Un président à géométrie variable

Entouré d’une « dream team » (équipe de rêve) socialiste (Kouchner, Bockel, Jouyet), Nicolas Sarkozy fait preuve d’un activisme diplomatique à toute épreuve. Avant la présidentielle, il labourait l’Hexagone, qui était sa préoccupation immédiate, hormis quelques déplacements symboliques à l’étranger (Israël, Etats-Unis, Chine...). Désormais plus rien ne l’empêche d’occuper le champ planétaire. « The show must go on » (*). Objectif : être au centre du jeu et remettre la France dans le coup par la même occasion. Non pas que Chirac ait particulièrement démérité en la matière, car c’est plutôt sur la scène intérieure qu’il était absent. Mais le référendum européen faisait tache et nous avait marginalisés. Du G8 en Allemagne, on aura surtout retenu les tapes dans le dos du chef de l’Etat à Poutine, auquel il prêtait son portable. Curieux de la part d’un homme qui accusait récemment Chirac de lui « serrer la pogne ». Mais, avec Sarko, à chaque jour suffit sa peine et la moindre habileté est vite transformée en victoire. Ainsi, s’est-il attribué le mérite de l’accord du G8 sur le climat, où les Etats-Unis ont concédé une petite avancée aux Européens. Au sommet de Bruxelles, notre nouveau président, mouillant sa chemise comme à l’accoutumée, a réussi la quadrature du cercle.

S’exonérer du libéralisme à tous crins que craignent ceux qui avaient voté « non » à la Constitution européenne. Dispenser les Britanniques de la charte des droits fondamentaux, c’est-à-dire des minima sociaux dont la France a souvent plaidé la cause. Europe à deux vitesses comme l’ont constaté les grincheux ou président facilitateur à géométrie variable ? L’homme a pour principe de trouver toujours des solutions, car malgré les procès récurrents qu’on lui fait, Nicolas Sarkozy aime réconcilier tout le monde. C’est d’ailleurs le bon côté du personnage. Il le fait encore en attirant à Paris Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat américaine, les Chinois et les Russes, hormis les Africains, principaux intéressés et quelque peu oubliés en route. Et tout cela est bon pour la photo. Alors, qui s’en plaindrait ?

 * « Le spectacle continue ».

22.03.2007

Selon le candidat de l’UMP les Français ont choisi

L’effet Bayrou marquant le pas, le président de l’UMP respire. « Je pense que les Français ont fait leur choix, mais jusqu’au bout, ils voudront que je le mérite » nous a déclaré, hier, Nicolas Sarkozy en recevant à déjeuner quelques éditorialistes de la presse régionale, à son QG de campagne. Sur les visages de son équipe, on sentait un certain soulagement. Le sondage BVA-Orange indiquant une chute de François Bayrou dans les sondages (lire page 4) l’avait forcément rasséréné.
Ne pas être vu comme le dauphin
Tout comme le soutien du bout des lèvres accordé par Jacques Chirac, qui apparaît comme le meilleur cas de figure pour le candidat. Ni trop ni pas assez. Suffisamment en tout cas pour respecter les formes, sans être identifié comme le dauphin. Sur Bayrou, Sarko ne s’est pas éternisé. Il estime que le président de l’UDF a raté le coche en ne donnant pas assez de contenu à sa campagne, au moment ou il décollait dans les sondages. Qu’il n’a jamais fait de réformes, a mis le nez en banlieue deux fois en tout et pour tout, ne travaille pas assez, et que son référendum aboutirait à tuer définitivement l’Europe... Bref qu’on ne peut progresser sans prendre de risques et que les Français savent que lui est un peu plus prêt que les autres.
A propos de Chirac, Sarko réfute l’idée d’un service minimum, même si les mimiques du président étaient éloquentes sur cette figure imposée, soulignant que ce soutien était exprimé dans la solennité du cadre élyséen. Et que cela vaut mieux qu’un long discours pour vanter ses qualités.
« Mme Royal ne sera pas facile à battre »
Cela était, de toutes façons, hautement improbable vu la détestation éprouvée par le chef de l’Etat à l’égard de son turbulent ministre de l’Intérieur, dont il espérait accrocher le scalp à son tableau de chasse. Plus mobile que les chiraquiens figés dans une époque révolue, Sarko ne lui en a pas laissé le loisir. « Difficile d’accepter quelqu’un qui incarne la personnification de sa mort politique », a néanmoins glissé Sarko, en forme de prudente épitaphe. Tant que la partie n’est pas jouée, mieux vaut peser ses mots. « Si je suis au deuxième tour, Mme Royal ne sera pas facile à battre et j’aurais pu battre Bayrou », a-t-il tenu à préciser.

14.03.2007

Borloo arrive comme les carabiniers

Tenir trop tôt un discours centriste digne d’une stratégie de deuxième tour n’est pas sans risques. En se réclamant de Blum et Jaurès, récupérés par le rédacteur de ses discours, Henri Guaino - le concepteur de la « fracture sociale » chiraquienne -, Nicolas Sarkozy a réussi à crédibiliser la troisième voie que veut incarner François Bayrou. Notre pays est en effet un modèle d’équilibre et de tempérance qui a le goût du juste milieu, surtout quand ce modèle est menacé. De ce point de vue, Bayrou apparaît comme le prolongement de cette exception française, le continuateur de l’œuvre chiraquienne largement axée sur la préservation du statu quo, ce que l’on appelait les acquis sociaux du temps de François Mitterrand. Et en plus, le président de l’UDF a l’avantage de la nouveauté puisque personne ne s’intéressait jusqu’alors à sa campagne. Menacé par la percée de Bayrou, à un degré certes moindre que Ségolène Royal, qui vit la semaine de tous les dangers, Sarko se replie sur ses fondamentaux. Priorité désormais au premier tour avec le secret espoir, comme nous l’écrivions déjà il y a un mois, que Ségo ne dévisse pas. Pourvu qu’elle tienne, espère-t-on autant à l’UMP qu’au PS, comme s’il fallait à tout prix réactiver le clivage bi-partisan afin d’éviter que Bayrou ne se qualifie pour le deuxième tour.
A cet égard, l’entrée en lice de Jean-Louis Borloo, posant ses conditions pour ravir Matignon à François Fillon, apparaît quelque peu tardive. Le ministre de la Cohésion sociale sera néanmoins bien utile pour l’entre-deux-tours. Surtout que le ralliement d’Azouz Begag à François Bayrou enferme un peu plus le ministre de l’Intérieur dans une posture de droite dure. Du moins selon la gauche, qui critique sa conception de l’identité nationale. Pour l’heure, Nicolas Sarkozy a tout intérêt à durcir le ton de cette campagne, somme toute assez molle. Car rien ne l’a mieux servi jusqu’à présent

13.03.2007

Chirac, un soutien pesé au trébuchet

Quel talent ! En annonçant aux Français qu’il les quittait mais qu’il les aimait, un aveu d’autant plus fort que Chirac n’est guère coutumier de ce genre d’épanchement, le chef de l’Etat s’est mis en position de peser sur l’élection présidentielle. Peu importe que son bilan ne soit pas glorieux, il n’est pas indigne. Outre le fait que le locataire de l’Elysée s’épargne ainsi une fin de mandat pénible comme celle du chancelier Helmut Kohl, il apparaît en mesure de fixer un cap et d’indiquer une préférence pour son successeur.
Un adoubement attendu avec impatience
Comme l’élection semble décidément vouloir se jouer dans un mouchoir de poche, l’autorité morale qu’il semble avoir conquise à l’arraché lui donne un poids non négligeable. François Bayrou l’a bien compris qui lui a décerné un satisfecit pour sa gestion de la crise irakienne. Et Nicolas Sarkozy grignoté au centre par le président de l’UDF et sur son flanc droit par Le Pen, attend avec impatience cet adoubement. Tout en cherchant alternativement à le minimiser puis à forcer la main du Président. Lequel éprouvant des sentiments plus que mitigés à son égard tout en ayant confié à son dernier biographe Pierre Péan qu’il « n’avait pas de haine », entend bien faire durer le plaisir. Tout en sachant qu’il ne peut se permettre d’exécuter en direct celui qui a rassemblé le camp de la droite dont lui, Chirac, s’est désintéressé sitôt élu avec un score de République bananière.
« Il m’a pourri mon quinquennat ».
Difficile cependant de tresser des lauriers au « diablito » dont il dit en privé : « Il m’a pourri mon quinquennat ». D’autant que le chef de l’Etat a constamment fait appel à ses services quand il était en difficultés, après la dissolution ratée ou l’échec du référundum européen. Nicolas Sarkozy qui ne se veut l’héritier de personne s’est dit « touché » par la déclaration de Jacques Chirac où certains voulaient déjà lire sa condamnation en filigranes. Ne serait-ce qu’à travers l’appel présidentiel à rejeter « l’extrémisme ». Il faudra donc examiner à la loupe les propos de soutien qui pourraient intervenir après le 19 mars, lorsque le Conseil constitutionnel aura arrêté la liste officielle des candidats.

08.03.2007

La longue marche de Bayrou

Rien n’est joué, un Français sur deux n’ayant pas encore décidé, mais notre sondage laisse entrevoir ce qui était impensable il y a un mois : François Bayrou pourrait être, en mai prochain, le nouveau président de la République. Les révélations du Canard Enchaîné sur la sous-évaluation de son ISF n’ont sans doute pas aidé la candidate socialiste. Pas plus que son voyage en Allemagne où l’accueil d’Angela Merkel fut mitigé sur son projet de référendum européen. Toujours est-il que François Bayrou ne serait désormais qu’à trois points de Ségolène Royal dont les approximations et les revirements stratégiques ont fait douter de la carrure présidentielle. Quant à Nicolas Sarkozy, qui conserve une avance de huit points sur le président de l’UDF au premier tour, il serait largement distancé si le second tour l’opposait à Bayrou. Sarko n’a-t-il pas commis l’erreur de l’attaquer en évoquant le spectre de la IV e République ? Relayé par ses lieutenants et en particulier Raffarin sur le thème de l’albatros (que ses ailes empêcheraient de voler), ils l’ont renforcé. Il fallait cibler Ségolène en confortant le clivage droite-gauche qui commence à se déliter. En nuançant leurs programmes et en évitant la confrontation, au risque du bonnet blanc et blanc bonnet, UMP et PS ont crédibilisé la démarche du centriste.
 
Lequel les a conduits à un plus grand réalisme en matière de finances publiques. Le problème de Sarko est d’avoir déjà dit tout et son contraire. Telle la tortue de La Fontaine, Bayrou semble avoir une meilleure gestion du temps. Lui s’est dépouillé des attributs du pouvoir, contrairement à Sarko qui traîne toujours ses guêtres place Beauvau, ce qui rend le candidat UDF plus disponible. Surtout, François Bayrou, éloigné du système, qui n’a pas cherché à être ministre à tout prix, incarne le vieux fond agricole et littéraire d’un pays qui a la nostalgie du passé. Il réussit ainsi à être l’homme de la rupture sans pour autant inquiéter. Or, dans cette élection dépolitisée, où Bayrou est le seul à être candidat pour la deuxième fois, les critères d’appréciation psychologique prennent le dessus. Et l’on sait que, malgré ses efforts, les études qualitatives ne sont pas bonnes pour le candidat de l’UMP. Rien n’est joué mais, pour le tandem Sarko-Ségo, le cyclone Bayrou déclenche l’alerte rouge.

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