11.12.2008
Des icônes médiatiques malmenées
Il y a quelque chose d'assez fascinant chez Bernard Kouchner, homme fort sympathique et apprécié des Français : sa propension aux gaffes, qui rappellent le parler-vrai de Michel Jobert, assez peu compatible avec la parole politique. Dire que la création d'un secrétariat d'Etat aux droits de l'Homme était une erreur apparaît carrément paradoxal de la part d'un homme dont ce fut le fonds de commerce et qui souffre de voir Nicolas Sarkozy pratiquer, comme tous les chefs d'Etat, la realpolitik en fréquentant allègrement des dictateurs. Même si la récente rencontre du président français avec le dalaï-lama était devenue incontournable pour se faire respecter du régime chinois. De surcroît, dans son interview au Parisien, le ministre des Affaires étrangères semble vouloir « flinguer » celle à qui Nicolas Sarkozy a donné une leçon d'éducation politique en lui expliquant qu'elle devait mouiller sa chemise et ne pas se comporter en enfant gâtée du gouvernement. Refusant d'être tête de liste aux élections européennes et revendiquant le poste de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Rama Yade faisait preuve d'une certaine désinvolture à l'égard de ses patrons que son charme et son intelligence ne pouvaient totalement excuser. Alibi au sein du gouvernement, elle fut d'ailleurs écartée du voyage en Chine et réduite au silence en Tunisie. Rama Yade n'en est pas moins passée du stade de la créature présidentielle à celle de figure emblématique (*) au même titre que Rachida Dati. Ses propos sur Kadhafi feront date. Mais la diversité semble désormais moins d'actualité qu'au lendemain de la présidentielle. Si Rachida Dati s'est fait corriger coup sur coup par le Président (à propos de l'arrestation du journaliste de Libération) et le Premier ministre (sur l'incarcération des enfants de douze ans), c'est un signe. Elles ne seront plus considérées comme des icônes intouchables et continueront à prendre des coups en fonction des nécessités politiques du moment quand les grands chefs devront corriger le tir. Ce qui est finalement la meilleure chose qui puisse leur arriver. (*) Rama Yade : « Les droits de l'Homme expliqués aux enfants de 7 à 77 ans ». Editions Seuil (7 euros).
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11.12.2007
Rama Yade : un diamant français
En ruant dans les brancards, quitte à nuancer par la suite son propos, Rama Yade a finalement volé la vedette au colonel Kadhafi. Jamais dans l’histoire de la V e , un secrétaire d’Etat n’avait osé défier de la sorte le président de la République. La situation est en effet surréaliste. En forçant le trait, c’est un peu comme si Hillary Clinton, élue à la Maison Blanche, recevait Ben Laden devenu président de l’Afghanistan en lui concédant, pour cause de grands contrats, l’absolution de ses forfaits. Bref, c’est une formidable leçon de dignité que cette jeune femme, belle et courageuse, a infligée au gouvernement, qui continue, malgré les changements de présidents, à conduire une politique étrangère ambivalente. La rupture, en l’occurrence, ne paraît guère évidente. Glorification des droits de l’Homme d’un côté, brandis comme un manuel de relations publiques. Realpolitik de l’autre, sur fond de compétition économique acharnée dans les principales dictatures de la planète. Sauf que la chancelière Angela Merkel ne se précipite pas pour féliciter un homme comme Poutine, conforté par un scrutin douteux. Peut-être parce que ses excédents commerciaux lui en laissent le loisir. Certes, Jacques Chirac avait été le premier à renouer avec le régime du dirigeant libyen, qui acceptait de faire amende honorable pour obtenir sa réinsertion dans la communauté internationale. Le Premier ministre Lionel Jospin, s’immisçant en période de cohabitation dans le domaine réservé, avait d’ailleurs fait annuler, en 2000, une invitation que lui avait adressée Jacques Chirac. Les attentats du 11-Septembre ont néanmoins détourné l’attention de cet étrange personnage, qui fut des années durant l’un des principaux financiers du terrorisme international. Si l’on ne peut contester la normalisation en cours, quel besoin avait Nicolas Sarkozy de recevoir avec un tel éclat ce « rastaquouère », dont la démarche titubante indique déjà le caractère déséquilibré. Il est un peu facile de stigmatiser les intellectuels germanopratins, même si personne ne peut contester au président d’avoir libéré les infirmières bulgares détenues dans des conditions ignominieuses.
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