20.01.2009

Un tournant diplomatique

Avec l'arrivée de Barack Obama, les relations diplomatiques devraient prendre le pas sur les déclarations belliqueuses qui ont marqué les huit dernières années de présidence américaine.

L'investiture de Barack Obama tourne la page d'une présidence unilatéraliste, belliqueuse, marquée par le 11-Septembre et la décision qui s'ensuivit de lancer deux guerres, l'une en Afghanistan, l'autre en Irak. Doté d'une prestigieuse secrétaire d'État comme Hillary Clinton, le nouveau chef de la Maison Blanche devrait en revenir au multilatéralisme. C'est-à-dire à une approche plus diplomatique et moins guerrière des relations internationales. Les alliés seront mieux pris en compte et l'Amérique ne s'interdira plus de parler avec ses ennemis traditionnels comme l'Iran, l'une des composantes de « l'axe du mal », incluant également, selon George W. Bush, l'Irak et la Corée du Nord.

Une période « peace and love »

Pour autant, engager le dialogue avec Téhéran est-il une garantie que le régime islamique interrompe sa course à l'armement nucléaire ? Rien n'est moins sûr, même si beaucoup aimeraient qu'avec l'avènement d'Obama, une période « peace and love » succède à la stratégie d'affrontement conduite par le cow-boy du Texas. En dépit du mensonge sur les armes de destruction massive, George W. Bush avait fini par obtenir des résultats en Irak grâce au savoir-faire du général Petraeus. Rien ne dit que dans la foulée, Barack Obama doive reculer sur la manière forte pour contenir les talibans qui veulent renverser le régime afghan.

Une spirale suicidaire

Au Proche-Orient, les Accords d'Oslo, initiés en son temps par Bill Clinton, n'avaient abouti à rien car Yasser Arafat, incapable d'abandonner son statut de chef de guerre, n'en voulait pas. L'offensive contre Gaza, aussi disproportionnée soit-elle, n'est que la conséquence de ce constat fait par l'État hébreu que la paix n'est plus possible. Rien ne dit qu'Obama sera en mesure de rompre cette spirale suicidaire qui dure depuis 60 ans.

Composer avec la réalité

Hormis le geste symbolique de fermer la base de Guantanamo, personne ne peut donc prédire avec certitude ce que sera la politique étrangère du nouveau président. Les circonstances en décideront aussi (*). Une chose est sûre : l'Amérique impériale a trouvé ses limites à l'extérieur et devra désormais composer avec la réalité. La présidence Obama sera forcément plus réaliste mais pas à coup sûr plus pacifique.

* Le sommet de l'Otan en avril prochain devrait clarifier certains engagements de la puissance américaine par rapport à ses alliés qui seront mis à contribution.

28.10.2008

Crise : un révélateur de l’homme d’État


A qui profite la crise ? A Nicolas Sarkozy, qui a décidé de l’affronter avec sa légendaire énergie. En France, à Bruxelles ou à Washington, personne ne peut lui échapper.


Depuis le succès du sommet de l’Union pour la Méditerranée (UPM), Henri Guaino est un homme à nouveau écouté. Ceux qui traitaient le conseiller spécial du Président de « bombe atomique ambulante », ont révisé leur jugement. Avec la crise mondiale, la récession qui s’en suit, son hostilité à la réduction de la dépense publique redevient audible. « Il ne suffit pas d’étatiser l’économie, mais de permettre à l’État d’être un entrepreneur et un investisseur avec ses propres objectifs », déclare-t-il dans une interview aux « Échos ». Pour que ce nouveau capitalisme d’État, cette troisième voie à laquelle quelques esprits outre-Atlantique accordent désormais une certaine pertinence, soit crédible, encore faudrait-il que la réforme de l’État ne soit pas abandonnée en route.


Montrer qu’il est indispensable
Nicolas Sarkozy annonce, ce matin, un plan de lutte contre le chômage qui verra le retour aux traditionnels emplois aidés en vigueur sous la gauche. Il est question d’investir dans la recherche et des secteurs stratégiques. Toutefois, comme le Président annonçait lors de sa conférence de presse de janvier 2008 que « les caisses sont vides », une partie des dépenses devra être redéployée pour ne pas accroître l’endettement dans des proportions considérables. Le Président doit montrer qu’il est indispensable pour surmonter cette crise. Il n’a pas d’autre choix pour justifier d’être là où il est. Dans son entourage, quelques-uns estiment néanmoins qu’il en fait trop dans le registre de la dramatisation de ce 11-Septembre financier. Quant à son bras de fer avec l’Allemagne, qui ne veut pas de gouvernement économique s’imposant à la Banque centrale européenne (BCE), c’est un pari d’une audace folle. D’autant que l’agacement ainsi suscité va bien au-delà de la Chancellerie allemande. Les Tchèques sont, eux aussi, furieux. Le Président français semble, en effet, tenir sa présidence du Conseil européen jusqu’au 1er janvier pour quantité négligeable en revendiquant celle de l’Eurogroupe détenue jusqu’en décembre par le Luxembourgeois Juncker. Enfin, les Américains ne sont pas décidés à lui laisser la vedette du Sommet de Washington, le 15 novembre prochain, censé lancer les bases d’une refondation du système monétaire.


Affronter la crise avec énergie
Peu importe, au fond, les succès temporaires qu’une habile gestion d’image lui permet d’obtenir pour l’instant dans la bulle médiatique franco-française. Il n’y a pas une démocratie occidentale dans laquelle la récession économique n’ait pas d’effets sur la cote de ses dirigeants. Jusqu’en avril 2008, c’est le style présidentiel qui était condamné, l’opinion semblant acquise à sa politique de réforme. Cette crise, que personne n’a voulu voir venir, va évidemment servir de révélateur à sa dimension d’homme d’État. En l’affrontant avec l’énergie qui le caractérise, il peut en sortir grandi. Ou exploser en vol en démontrant, contrairement aux apparences, qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion.

25.04.2008

L’homme qui veut bien faire

« Tout est rentré dans l’ordre ». Le chef de l’Etat a évité d’évoquer, hier soir, sa vie privée pour mieux se concentrer sur les préoccupations des Français.

La leçon des derniers mois a été tirée quant au style largement décrié de sa présidence. Les questions politiciennes sur sa relation douce-amère avec son Premier ministre ont également été prestement évacuées. Tout comme la mise en orbite d’un rival de François Fillon en la personne de Xavier Bertrand. En revanche, les erreurs de jeunesse de certains membres du gouvernement ne seront plus pardonnées. Qu’on se le dise, l’indulgence à l’égard des débutants appartient au passé. Sur le fond, l’exercice auquel se voyait confronté Nicolas Sarkozy n’était guère aisé. Du moins sur la politique économique. En l’occurrence, le Président s’est contenté de rappeler les fondamentaux de sa campagne, concédant au passage une grave erreur de communication sur le paquet fiscal. Parce que les prix ont augmenté en France plus que partout ailleurs, que les salaires sont trop bas et les charges trop fortes, le mécontentement est patent. Mais au-delà de ce constat, le discours présidentiel patine, parce qu’il n’a pas les moyens d’une politique vigoureuse face à un environnement mondial défavorable. Le chef de l’Etat a rappelé le nombre important de réformes engagées (55) qui, à l’en croire, devraient créer une dynamique de changement, compte tenu de leurs imbrications. Toutefois, hormis l’augmentation du nombre d’heures supplémentaires, la baisse du chômage et la généralisation annoncée du RSA, aucune annonce miracle n’apparaît de nature à inverser rapidement la tendance. La fermeté sur les clandestins avec un refus persistant de toute culpabilisation, une volonté de tenir sur la suppression de postes dans l’enseignement et un souci de conciliation avec la Chine : loin des grands principes, Nicolas Sarkozy continue à vouloir bien faire dans les limites du possible. Quitte à porter durablement le poids d’une opinion hostile.

16.05.2007

Un pape de transition

« Le quinquennat de Chirac, on en retirera pas grand-chose. Qu’est-ce qu’il a fait ? Quand vous êtes président de la République, vous n’êtes pas là uniquement pour dire aux Français de se repentir », estime Charles Pasqua dans ses mémoires de compagnon de route (1). Sans doute la manière dont la probité de son lieutenant Jean-Charles Marchiani a été mise en cause n’est pas pour rien dans le jugement acerbe de l’ancien vendeur de pastis qui, devenu ministre de l’Intérieur, voulait « terroriser les terroristes ». Mais, objectivement, le bilan de ces douze ans dont cinq en cohabitation, apparaît bien maigrelet. Hormis la création du Musée des arts premiers et de France 24, la chaîne internationale, Jacques Chirac peut se targuer d’avoir professionnalisé l’armée française, fait baisser le nombre de morts sur les routes, et effectué une demi-réforme des retraites avant de licencier son maître d’œuvre, François Fillon. Accordons-lui aussi une action résolue dans le domaine du logement social conduite par Jean-Louis Borloo pour remédier à son diagnostic de 1995 sur la fracture sociale. Sans oublier une politique étrangère active dont le coup d’éclat restera le refus de suivre les Américains en Irak, intuition dont on peut aujourd’hui se féliciter. Pour le reste, Jacques Chirac aura constamment réaffirmé les principes républicains en refusant notamment le principe de la discrimination positive. Tout en se livrant à une gestion compassionnelle de chaque instant, qui est apparue comme le revers de ce qu’un universitaire qualifie de « gaullisme de l’impuissance ». Dévoilant sur le tard sa vraie nature de « rad-soc », le président aura cumulé les avantages et les inconvénients d’exercer la magistrature suprême à un âge avancé, évitant au pays des aventures inconsidérées, gérant les émeutes urbaines avec humanité, mais manquant de dynamisme dans sa volonté d’empoigner les problèmes à bras-le-corps. Comme si cet héritier des « Trente glorieuses » n’avait pas pris la mesure des mutations imposées par la mondialisation. Toutefois, malgré l’echec du référendum européen ayant assombri la fin de son dernier mandat, Chirac aura réussi sa sortie et laissera l’image d’un pape de transition entre deux époques. (1) Charles Pasqua. « Ce que je sais » (Les atrides 1974-1988). Le Seuil. 19 euros

28.07.2006

Comment Chirac a repris la main

Diable d’homme ! Le président de la République, que l’on disait affaibli depuis son accident cardio-vasculaire et promis à une fin de mandat pénible, se retrouve à nouveau au centre du jeu politique ! Comment a-t-il fait pour reprendre la main ?
Tout d’abord, il y a désormais chez Jacques Chirac, privilège de l’expérience, une sérénité qui le conduit à prendre du recul sur les événements. Quand le chef de l’Etat ironise à la télévision sur l’ébullition «politico-médiatique» qui a saisi le microcosme pendant l’affaire Clearstream, il se rapproche du jugement des Français. Sa parole étant devenue trop rare, donnant l’impression qu’il se désintéressait de l’avenir du pays, le chef de l’Etat fait un retour en force à l’occasion de la Coupe du monde de football. Dans le choix des attitudes et des mots, Chirac démontre une nouvelle fois ses capacités d’empathie avec l’opinion. Lorsqu’il dénonçait le «misérabilisme ambiant» à l’occasion d’un voyage au Brésil, sa parole était inaudible. En accompagnant le mouvement des joueurs français, leur mise en énergie, il devient crédible. Car l’équipe de France et son président incarnent, de façon symbolique, les atouts du pays. Malgré l’échec en finale, il est démontré qu’avec de la volonté et du courage, la France peut jouer au plus haut niveau.
Dans la crise qui secoue le Proche-Orient, l’unanimité de la classe politique en faveur des positions prises par le chef de l’Etat, notamment dans Le Monde, suggère un certain respect. Jacques Chirac, par son ouverture aux autres et ses positions équilibrées (après un léger recadrage de la diplomatie française), fait aujourd’hui figure de référence en France et à l’étranger. Nous avons suffisamment critiqué les déceptions de ses mandats successifs et son tempérament «radsoc» pour en mesurer, en l’occurrence, les avantages en termes de rayonnement international.
Philippe Douste-Blazy, son ministre des Affaires étrangères, qui trouve dans cette crise l’occasion de se forger une stature, en est, dit-on, persuadé. Jacques Chirac, sans en avoir fait la confidence à quiconque, songerait à se représenter en 2007 devant les Français.

15.07.2006

Président jusqu'au bout

Exercice difficile que cette dernière allocution du 14-Juillet pour un homme en fin de règne que beaucoup jugent en fin de course. Comment peser jusqu’au bout, ne rien céder de son pouvoir, tout en orientant autant que faire se peut la succession qui s’annonce.
Servi par l’escalade au Proche-Orient, Jacques Chirac, que les Français créditent d’un bilan positif en politique étrangère, n’a pas eu à forcer son talent pour jouer la carte de la dramatisation. Certes l’influence française reste limitée dans cette zone où le couple américano-israélien tente de faire bouger les lignes au prix de lourdes pertes humaines. Dressant un parallèle avec la guerre en Irak à laquelle il s’était clairement opposé, Chirac a rappelé les risques d’une instabilité accrue dans cette région où la diplomatie française joue inlassablement les bons offices. L’occasion de rendre hommage aux organisations humanitaires qui œuvrent notamment au Darfour et d’évoquer ce combat pour le développement auquel l’Elysée apporte une contribution constante. Pour autant, la France n’a pas pour vocation d’accueillir tous ceux qui veulent y vivre, une manière de reprendre la formule de Rocard sur la «<TH>misère du monde<TH>». Surtout avec une protection sociale aussi généreuse qui suscite un tel engouement.
Dans ce contexte, le chef de l’Etat a légitimé la démarche de son ministre de l’Intérieur à l’égard des enfants scolarisés de sans-papiers, faisant porter sur l’administration le tort de ne pas avoir traité avec plus de célérité leur cas. De là à introniser Nicolas Sarkozy avec lequel ses relations sont désormais «<TH>très bonnes<TH>» en lui accordant la qualité homme d’Etat, cela semble relever de la politique-fiction pour le monarque républicain de la V<MD+>e</MD> qui n’a pas dit son dernier mot.
Un peu laborieux au début de son intervention puis très pugnace pour défendre les atouts de la France, Chirac a rappelé son intention de poursuivre les réformes tout en évoquant brièvement un bilan jugé maigrelet par comparaison à ce que font notamment les Allemands. Après avoir pris ses contradicteurs à contre-pied lors de sa précédente intervention qui confirmait le Premier ministre à son poste en évoquant une «<TH>ébullition politico-médiatique<TH>», le président se veut plus que jamais dans l’action, bref utile au pays. Conforté par l’énergie de l’équipe de France qui l’a peut-être fait remonter dans les sondages, Chirac n’entend pas lever le pied.