22.05.2008
L’Elysée, citadelle assiégée
En effet, les réformes en cours, que ce soit sur les institutions, la loi sur la modernisation économique, l’ajout d’une année supplémentaire pour les cotisations de retraite ou les suppressions de postes dans la Fonction publique, supposent un effort de pédagogie et une unité sans faille de la majorité. Or, la création d’une task force réunissant Xavier Bertrand, Brice Hortefeux, Nadine Morano, Laurent Wauquiez et Xavier Darcos n’est pas d’une grande habileté puisqu’elle marginalise les autres ministres, à commencer par le premier d’entre eux dont on dit désormais que le Président ne le supporte plus. Et pourquoi donc, si ce n’est que le chef du gouvernement a eu l’insolence de dépasser le chef de l’Etat dans les cotes de popularité ? Si l’on a pu, par le passé, considérer que l’accusation de dérive monarchique était quelque peu excessive, il y a là comme l’instruction méthodique d’un crime de lèse-majesté qu’une partie de la presse, toujours aussi moutonnière, s’est empressée de relayer. Or, les trois hommes, dont deux (Copé et Devedjian), ont déjà fait ouvertement alliance, constituent un triangle incontournable pour l’équilibre de la majorité que les manœuvres de contournement actuelles risquent d’encourager à la rébellion. Laquelle a été maladroitement exagérée lors du vote sur les OGM dont l’interprétation aurait pu être circonscrite à un problème de procédure. Ainsi, en donnant l’impression de vouloir régler des comptes, l’Elysée s’est mis dans la position inconfortable d’une citadelle assiégée avec un Président soucieux de couper toutes les têtes qui dépassent. D’où les propos apaisants pour calmer le jeu.
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02.10.2007
La revanche de l'homme invisible
Nicolas Sarkozy avait sans doute sous-estimé François Fillon. En le ravalant au simple rang de collaborateur, alors que lui-même estimait être le seul que Chirac ne traitait pas ainsi, il l’avait d’abord testé. En libérant dans les médias la parole de son homme à tout faire Claude Guéant et celle de son parolier Henri Guaino, il voulait le réduire. Objectif qu’il croyait d’autant plus facile que « l’homme invisible » avait théorisé l’abaissement de sa fonction. Sans doute pour obtenir plus facilement le poste. Mais il faut toujours se méfier des calmes qui maîtrisent leurs nerfs. En décrétant que la réforme des régimes spéciaux n’attendait plus que le top-départ du président ou que le pays était en faillite, ce Premier ministre, réputé trop lisse, s’est forgé, en quelques semaines, l’image d’un homme de caractère. Pas comme ceux qui ironisent sur les « déclinologues » pour gérer ensuite le statu quo. Certes l’entourage présidentiel s’en est ému, le président, tout à son entreprise de séduction, en a été agacé mais le message est passé. Et la consécration est venue, durant le week-end, du groupe parlementaire applaudissant un politique courageux n’ayant pas peur des mots. Le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, en a profité pour évacuer l’idée d’un parti de godillots qui lui était visiblement destinée. Du coup, François Fillon, tout en protestant de sa loyauté à l’égard de l’Elysée, en a remis une couche : « Avec Nicolas Sarkozy, nous allons réformer, réformer et encore réformer », a-t-il lancé à Strasbourg. Autrement dit, Fillon vient de créer, presque malgré lui, un rapport de force ou il apparaît désormais comptable des engagements de la campagne présidentielle. Et l’ouverture de la session parlementaire va lui permettre d’occuper cet espace. Il sera le Mauroy de droite du chef de l’Etat. Lequel, ayant involontairement réhabilité la fonction de Premier ministre, devra s’en accommoder un certain temps, plus longtemps en tout cas que ces quelques « zozos » qui sont là pour la galerie et dont l’image médiatique cache de moins en moins l’incompétence ministérielle. Au final, cette répartition des rôles ne devrait pas desservir le président qui pourrait redécouvrir les vertus du rôle d’arbitre et s’exposer un peu moins.
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