24.06.2008

La main tendue de l’ami français

En intervenant devant les députés israéliens, Nicolas Sarkozy peut espérer replacer la France au centre du processus de paix au Proche-Orient. Renforcé par la présidence de l’Union européenne qu’il exercera à partir du 1e r juillet, Nicolas Sarkozy voulait faire un coup pour son discours devant la Knesset. Etre à l’origine d’une initiative qui rappellerait l’audace de François Mitterrand en 1982, demandant ici même aux Israéliens d’accepter le principe d’un Etat palestinien. Ce qui est aujourd’hui le cas, même s’il a été vidé de sa substance. Volonté également d’apparaître comme le promoteur d’une relance du processus de paix dans l’interrègne courant jusqu’à la désignation du nouveau président américain en novembre prochain. Bref, profiter d’une fenêtre de tir de quelques mois favorisée par la montée des tensions dans la région avec les menaces de bombardements sur l’Iran qui suscitent une légitime inquiétude. Sensible et épris de réconciliation Dans une superbe intervention écrite par le parolier Henri Guaino et le conseiller diplomatique Jean-David Lévitte à laquelle il aurait ajouté sa patte personnelle, le chef de l’Etat a donc fait la preuve de ses talents d’avocat de la paix. Intervention brillante et sincère car elle touche au fond la part intime d’un homme qu’on se plaît à décrire comme cynique et brutal, mais qui est aussi sensible et épris de réconciliation, donc toujours prêt à endosser le rôle d’arrangeur, chargé de faire mûrir les compromis quand tout a échoué. Numéro d’équilibriste En rappelant l’horreur de la Shoah, les valeurs universelles des prophètes d’Israël et le besoin de sécurité d’un État qui vient de fêter son 60 e anniversaire, Nicolas Sarkozy ne risquait guère d’être démenti, lui qui est ici perçu comme un ami en rupture avec une diplomatie française traditionnellement pro-arabe. Mais sans vouloir se poser en donneur de leçon et en réclamant l’arrêt des colonies juives (même s’il a gommé de son discours les adjectifs « immédiat » et « total »), en évoquant Jérusalem capitale de deux Etats ou encore le problème des réfugiés palestiniens, le président français a surpris son auditoire par son numéro d’équilibriste. Certains diront que ce romantisme ne cadre plus avec un conflit enkysté dans la haine, où le Hamas, maître de Gaza, estime avoir remporté une victoire en obtenant une trêve, alors que l’autorité palestinienne, totalement démoralisée par la poursuite des implantations juives en Cisjordanie, ne règne plus que sur elle-même. Au point d’envisager de rendre les clés à l’Etat hébreu qui depuis l’échec des accords d’Oslo, n’a cessé d’imposer un rapport de force totalement déséquilibré aux Palestiniens. Lesquels, en partie à cause d’Arafat, ont tout perdu des concessions que les Israéliens leur avaient faites. Le risque d’être démenti Toutefois, en déplaçant sur la scène internationale son pari de l’ouverture selon lequel « le fort ayant gagné toutes les guerres doit triompher de la paix » et donc tendre la main, Nicolas Sarkozy ne prend aucun risque. Sinon, celui d’être démenti par les événements après avoir apporté sa contribution aux règlements d’une question insoluble et d’avoir replacé, l’Union pour la Méditerranée aidant, son pays au centre d’un processus dans lequel il ne jouait plus aucun rôle.

08.05.2008

L’Etat hébreu montre ses forces

Lorsqu’on revient à Tel-Aviv après quelques années d’absence, on ne reconnaît plus cette ville de bord de mer où les tours de verre se sont multipliées. Une petite Silicon Valley est née grâce aux investissements étrangers qui ont fait d’Israël l’un des acteurs mondiaux de la révolution informatique. Le soixantième anniversaire de l’Etat hébreu, qui sera célébré avec faste, marque aussi la réussite économique de ce pays ayant longtemps vécu sous perfusion de l’aide américaine. Voilà une nation de sept millions d’habitants, soit près de la moitié de la diaspora juive sur la planète, qui a réussi à assimiler des juifs orientaux (séfarades), éthiopiens (Falashas), ou encore soviétiques à l’époque de l’effondrement du bloc communiste. Reste la mauvaise conscience nationale, le problème non résolu des Palestiniens dont l’Etat promis par George W. Bush, à l’issue de la conférence d’Annapolis pour la fin 2008, semble bien mal parti. Car la faiblesse du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, pris dans une affaire de corruption et du chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ne permet guère de rééditer les avancées du processus d’Oslo réalisées à l’époque sous l’égide de Bill Clinton. La manœuvre de la diplomatie américaine consistant à isoler le Hamas à Gaza afin de négocier un accord israélo-palestinien sur la Cisjordanie a échoué après l’ouverture de la frontière avec l’Egypte. L’agressivité du régime de Téhéran, dont le président souhaite rayer Israël de la carte et qui appuie tous les mouvements islamistes comme le Hamas ou le Hezbollah au Liban, n’y est pas non plus indifférente. Autant dire que ce 60 e anniversaire intervient dans un contexte régional troublé par les menaces de frappes israéliennes contre l’Iran qui poursuit son programme nucléaire. Les cérémonies donneront l’occasion à Tsahal (l’armée) de déployer ses forces à la parade comme pour exorciser le demi-échec de la guerre au Liban.