30.09.2008

Sarko surfe sur la crise

La crise financière mondiale permettrait-elle à Nicolas Sarkozy d’abandonner ses promesses de campagne sans acter réellement un tournant du quinquennat vers la rigueur ? Terme dont on sait qu’il ne veut pas en entendre parler, et attitude que François Fillon vient d’endosser après l’avoir longtemps rejetée. En théorie pour ne pas aggraver l’état récessif du pays. En réalité par refus de la connotation psychologique trop marquée qu’un tel terme porte dans notre histoire collective. Car François Mitterrand et Jacques Chirac, contraints à de tels revirements après les premiers mois d’euphorie, durent en acquitter lourdement le prix. Croissance en berne, déficits et chômage à la hausse, tous les indicateurs sont au rouge. Plus question évidemment de baisser les impôts comme promis. Lesquels ne pourront d’ailleurs l’être sans réduction substantielle des dépenses publiques, comme le prévoit la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Bref, la droite n’a décidément pas de chance. Elle hérite systématiquement du pouvoir quand la situation exige une adaptation douloureuse aux réalités. Lionel Jospin, lui, disposait de la croissance et n’en avait pas profité pour réformer. En revanche, Nicolas Sarkozy n’a pas le choix : il doit retrouver impérativement des marges de manœuvre. Et même si sa réunion, ce matin, avec les principaux responsables bancaires est dénoncée par François Hollande comme de la gesticulation, le chef de l’État peut y jouer les facilitateurs, mettre de l’huile dans les rouages. En déclinant son appel à l’unité nationale, le Premier secrétaire du PS entend bien ne plus se laisser piéger par ce redoutable tacticien, passé maître dans l’art de surfer sur les événements aussi défavorables soient-ils. Mais peut-on exister politiquement en refusant de cautionner une telle volonté de sortir de la crise ?

02.09.2008

Le président diplomate

Laissant au Premier ministre François Fillon le soin de gérer les contradictions de sa politique économique qui pourraient à terme devenir inextricables, le président de la République Nicolas Sarkozy se recentre depuis quelques semaines sur son domaine régalien que l’on appelait naguère réservé. La Constitution lui donne à cet égard une responsabilité particulière même si certains considèrent qu’elle est partagée avec le Premier ministre. Les événements ont par ailleurs décidé pour lui durant l’été : de l’ouverture des JO de Pékin à la mort de nos dix soldats en Afghanistan en passant par l’offensive russe contre la Géorgie. La responsabilité que lui confère la présidence européenne incitait par ailleurs le chef de l’Etat, outre son tempérament, à ne pas rester inactif. Il n’en demeure pas moins que sa marge de manœuvre demeure fort étroite. Les Chinois se sont contentés de promesses d’ouvrir des négociations avec le dalaï-lama, lesquelles ont été glaciales et n’ont pas mis fin à la répression qui s’abat au quotidien sur le Tibet.
On l’a également constaté hier, lors du sommet de Bruxelles qui a écarté toute sanction contre la Russie et reporté la plupart des décisions au prochain sommet prévu à la mi-novembre à Nice. Sur l’Afghanistan il était difficile de ne pas y aller sans être ravalé au rang d’une puissance de troisième zone. Mais comme le disait justement le chef d’état-major des armées avant de se voir imposer un accroissement des effectifs, c’est un « merdier ingérable ». Encore heureux que Chirac nous ait évité l’aventure irakienne ! Quant à la normalisation des relations avec Damas, à la veille du voyage de Sarkozy en Syrie, l’expérience prouve que ses dirigeants ne sont pas fiables et déçoivent toujours les meilleures volontés du monde. Au total on ne peut reprocher au président français de jouer sa partition à travers cette intense activité diplomatique. Mais il faut être conscient que la politique étrangère ne rapporte rien dans l’esprit des Français : elle peut juste contribuer en cas de gaffe, à faire chuter les hommes politiques de leur piédestal.

31.07.2008

Sarkozy et les intérêts vitaux

Plutôt que de pratiquer la politique de la chaise vide, ce qui est difficile quand on occupe la présidence de l’Europe, Nicolas Sarkozy a compliqué les négociations de l’OMC sur le commerce mondial, qui risquaient de remettre en cause les intérêts agricoles de la France. Le fait que le directeur général de l’OMC soit le Français Pascal Lamy n’y a rien changé. Le président français s’est montré intraitable vis-à-vis du commissaire européen Peter Mandelson qui a refusé de participer aux festivités de l’Union pour la Méditerranée et de venir s’expliquer à Paris. Encore faut-il reconnaitre que c’est le désaccord majeur entre l’Inde et les États-Unis qui a torpillé les négociations de l’OMC. Mais Sarko a toujours besoin d’un bouc émissaire, et quand ce n’est pas Trichet (le patron de la BCE), c’est Mandelson.

Si l’Allemagne n’a que très partiellement soutenu le président français dans cette démarche qui ne correspond pas à ses propres intérêts, car elle n’est pas une puissance agricole, Paris a obtenu le soutien de huit pays parmi lesquels l’Italie, la Pologne et l’Irlande. Au total, il a réalisé une opération de politique intérieure assez réussie puisque les syndicats agricoles ont salué dans sa démarche celle d’un digne héritier du chiraquisme. Le prestige international de la France est-il sorti grandi de ce prurit de nationalisme intransigeant ? À l’évidence non puisque le rôle de président de l’Europe est de parler au nom des 27, de favoriser des compromis plutôt que des clivages et qu’en l’occurrence le chef de l’État a affaibli la position du négociateur Mendelson dans la grande braderie du commerce mondial où il faut lâcher sur certains secteurs pour gagner sur d’autres. Du coup, Sarkozy risque d’encourager les tentations protectionnistes et d’affaiblir le système. Sans doute estimait-il qu’après son grand raout de l’UPM, qui vise à recentrer l’Europe autour de la Méditerranée, il en avait fait assez. Et que les intérêts vitaux du pays étant en jeu, l’angélisme d’un libre-échangisme incontrôlé n’était plus de mise. Par Hubert Coudurier

27.06.2008

Sarkozy est-il en guerre contre la presse ?

Malgré l’annonce d’Etats généraux à la rentrée, Nicolas Sarkozy s’est lancé dans un combat de longue haleine contre la presse. Ou du moins contre celle qui entrave, selon lui, l’action de réforme entreprise par des critiques incessantes sur sa méthode et sa personnalité. Il est vrai qu’aucun homme politique de droite n’a été aussi attaqué au point que certains commencent à parler de contre-révolution. Comme s’il fallait tester ses capacités de résistance à l’adversité si l’on en juge par le déferlement d’articles et de livres qui lui sont consacrés. De surcroît, après la sortie du livre d’Anna Bitton sur « Cécilia » qui dévoilait sa part d’ombre et l’affaire du SMS révélé par Airy Routier, l’Elysée avait décidé de donner un coup d’arrêt en intentant une procédure judiciaire finalement abandonnée. Ni Mitterrand ni Chirac ne l’avaient fait par le passé. Récemment, la couverture du Point sur « Sarkozy et les psys » a été très mal vécue. De même, l’Elysée ne se prive pas, par l’intermédiaire du porte-parole de l’UMP Frederic Lefebvre, de s’en prendre à l’AFP.

Notamment quand l’agence est accusée de minimiser certains événements comme la condamnation judiciaire de Ségolène Royal par les prud’hommes. En s’attaquant au service public de la télévision, privé de pub à partir du 1 er janvier prochain, le Président est passé à la vitesse supérieure. Faute de posséder lui-même, à l’exemple de Silvio Berlusconi, des chaînes de télévision, encore que l’un de ses collaborateurs s’active désormais sur le net, Nicolas Sarkozy rabote les ailes de France Télévisions. Non seulement, il décide d’en nommer lui-même les futurs dirigeants, ce qui est un retour en arrière au temps de l’ORTF. Mais, il prive ce gigantesque paquebot de recettes qui ne seront que partiellement compensées. Tout en favorisant l’essor des chaînes privées où il compte de nombreux obligés. Sans doute le chef de l’Etat n’a-t-il pas tort de dénoncer le procès d’intention qui lui est fait régulièrement comme si son ambition n’était pas d’adapter le pays à la compétition mondiale. Il reste que sa gestion autoritaire et sa remise en cause d’une certaine « exception française » sont parfois douloureusement ressenties.

10.01.2008

Le catalyseur

Les mots ont-ils un sens dans l’univers sarkozyste ou sommes-nous dans une simple théâtralisation de l’action politique ? En le qualifiant de « personnage plastique » dans une interview à « Libé », Edgar Morin évoque son caractère protéiforme. L’homme n’en reste pas moins soucieux d’impulser une dynamique et de faire table rase du passé. D’où le regard peu amène sur ses prédécesseurs qu’il n’est pas loin de comparer à des rois fainéants, tant pour leur action publique que sur leur vie privée jugée hypocrite. Quoi qu’il en soit, l’opposition n’entend pas lâcher le morceau sur le pouvoir d’achat, un peu vite évacué au profit d’une noble politique de civilisation qui ferait prévaloir le qualitatif sur le quantitatif. Car on ne peut d’un côté afficher des goûts ostentatoires et de l’autre inciter la population à consommer mieux parce que les caisses sont vides. Tout celà rappelle une certaine retraite annoncée dans un monastère au lendemain de la présidentielle qui s’était terminée sur le yacht de Vincent Bolloré. Bref, il y a des contradictions qui ne manqueront pas d’être stigmatisées, comme le fait Arnaud Montebourg qui compare le pouvoir d’achat pour Sarko à ce que fut la « fracture sociale » pour Chirac. Une promesse non tenue, en dépit des efforts de rattrapage au cours des dernières années, qui souligna l’impuissance du politique. Or, on entend ces jours-ci quelques esprits avisés annoncer que Sarko est en train de tuer la fonction présidentielle. Hollande comme Bayrou ont décidé d’entrer en résistance et ne se sont pas rendus à la cérémonie des vœux pour les parlementaires. Ce n’est pas l’exil vers Londres en 1940 mais ça en prend le chemin. Evoquant une politique qui lui donne le tournis dont il ne voit ni la logique ni la cohérence, le président du MoDem souligne qu’il y a un côté enfantin à vouloir tout mettre par terre. C’est son droit mais n’est-ce pas sous-estimer l’ampleur du changement auquel nous assistons et dont Nicolas Sarkozy est en toute immodestie le catalyseur.

05.12.2007

Sarko avocat du big business

Agacé par les critiques de chiraquiens sur ses penchants atlantistes, Nicolas Sarkozy, encore candidat de l’UMP, avait lancé : « Moi au moins, je ne sers pas la pogne de Poutine ». Allusion à l’attitude de son prédécesseur à l’égard du président russe dont la répression en Tchétchénie fut passée par pertes et profits. En félicitant Vladimir Poutine pour l’élection de dimanche, alors que la chancelière allemande prenait ses distances, le président français effectue un virage sur l’aile qui a scandalisé la Fédération des Droits de l’Homme. On est bien loin de Mitterrand, évoquant le cas des Sakharov sous les lambris dorés du Kremlin, alors que Gorbatchev s’apprêtait à prendre le pouvoir. Est-ce la récente visite de travail à Moscou de Nicolas Sarkozy qui l’a fait changer d’avis ? Trouverait-il des vertus à cette dérive autoritaire unanimement dénoncée ? En privant la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade, de voyage en Chine, le président français avait clairement indiqué que la signature de grands contrats valait plus qu’une avantageuse posture prétendant faire la leçon à tous les pays de la planète. Certes, cette rhétorique traditionnelle de la diplomatie française est parfois ignorante des réalités mondiales. « C’est comme si la Jordanie nous donnait des conseils sur la Corse », ironisa un jour devant moi un ambassadeur, conscient du ridicule de certaines positions où la France prétend « dire le Droit ». Il n’empêche, entre repentance et arrogance, la voie est souvent étroite pour une puissance moyenne comme la France. Laquelle n’a pas les moyens militaires de sa gesticulation diplomatique. Mais à se comporter comme un président VRP, Nicolas Sarkozy ne rompt guère avec son prédécesseur, souvent oublieux des principes. Dans ce cas, pourquoi avoir tenu au soir de son élection un discours aussi ambitieux sur les Droits de l’Homme qui est régulièrement démenti dans les faits ?

30.10.2007

Balladur occupe le terrain

L’ancien mentor du chef de l’Etat a bien travaillé. Edouard Balladur a accouché d’un projet équilibré, pondéré, tout à son image. L’opportunité de cette réforme institutionnelle n’était pourtant pas évidente. Hormis le fait de saturer l’agenda médiatique selon une technique politique désormais éprouvée : gaver les journalistes pour qu’il n’y ait pas un seul point de fixation. Bref, lancer toutes les réformes en même temps afin d’empêcher le blocage de l’une d’entre elles qui déboucherait immanquablement sur un sentiment de paralysie. Car, au fond, cette réforme-là, les Français s’en fichent. Avant le premier tour de la présidentielle, le futur président ironisait sur cette VI e République que voulait promouvoir Arnaud Montebourg pour le compte de Ségolène Royal. Edouard Balladur a donc œuvré avec l’objectif de satisfaire tout le monde. Nicolas Sarkozy bénéficie d’un renforcement du régime présidentiel, qui cantonne le Premier ministre à un rôle d’exécution, et lui permet de venir s’exprimer devant les parlementaires. Comme s’il ne disposait pas déjà d’un nombre suffisant de tribunes. Les parlementaires disposeront néanmoins de moyens de contrôle plus importants, permettant au pouvoir législatif actuellement sous tutelle de devenir enfin adulte, à l’exemple des Etats-Unis. Quant à l’opposition, elle peut se targuer d’obtenir une dose de proportionnelle et l’interdiction du cumul des mandats qui déplaît souverainement à l’UMP. Le risque d’un tel projet, c’est au fond, en voulant plaire à tous, de ne satisfaire personne. A commencer par le Premier secrétaire du PS, François Hollande, qui trouve très minime le renforcement des droits du Parlement. Edouard Balladur a beau plaider que la présidentialisation n’est pas le volet le plus important, personne ne le croit. Déflorées dans la presse avant même que l’Elysée en ait pris connaissance, les conclusions du comité Balladur devraient voir leur mise en œuvre reportée à l’après-municipales, dans le but de ne pas indisposer la majorité. Et qui sait peut-être aux calendes grecques. L’important n’est-il pas d’occuper le terrain ? C’est aussi cela la modernité dans une démocratie d’opinion.

06.09.2007

Le procès de Rachida Dati

« J’accepte les attaques et les critiques » a déclaré, hier à Nantes, Rachida Dati fragilisée par l’annonce de nouveaux départs à son cabinet et la grogne des magistrats. Lesquels ne supporteraient pas plus son autoritarisme que les membres de son équipe. Comme une règle du jeu politique, désormais intégrée par celle qui focalise aujourd’hui l’intérêt des journalistes et biographes, le ministre de la Justice avance et fait le dos rond. En réalité, si Nicolas et Cecilia Sarkozy font corps avec le Garde des Sceaux aujourd’hui déstabilisé, c’est parce qu’au-delà du symbole ainsi malmené, elle incarne cette rupture qu’a voulu incarner le chef de l’Etat. Certes tout cela ne va pas sans maladresses liées à l’ascension fulgurante de cette jeune femme dont la peur d’échouer accentue la nervosité. Là où nous avions depuis des décennies quelques personnalités ronronnantes que Nicolas Sarkozy avait entrepris de déstabiliser depuis la place Beauvau, se trouve désormais une boule d’énergie ayant décidé d’appeler un chat un chat.
« Laissez-moi travailler »

Or, Rachida Dati n’a pas appris la vie dans les livres et c’est d’ailleurs ce qui fonde sa popularité. Elle en connaît la dureté pour avoir été élevée dans une cité et sait, pour l’avoir vécu sur le terrain, en particulier dans sa famille, le prix du laxisme d’une certaine magistrature très à cheval sur les grands principes mais pas toujours au fait des réalités.
Ne généralisons pas. Mais l’on peut s’étonner du ramdam suscité par la convocation du vice-procureur de Nancy qui n’avait pas voulu appliquer le texte sur les peines-plancher. Comme si l’exercice de l’autorité par la chancellerie était un droit tombé en désuétude. « J’ai une feuille de route claire. Laissez-moi travailler. Je sais quels sont les arbitrages à faire. J’ai rédigé de bout en bout les textes... », dit-elle tout en soulignant à juste titre que les Français veulent une justice plus rapide. En élisant Nicolas Sarkozy, les Français n’ont-ils pas désavoué certaines élites ?

07.06.2007

Sarkozy dans les pas de Chirac

Pour sa première prestation devant les grands de ce monde, Nicolas Sarkozy doit surmonter deux handicaps. Démontrer que la France n’est pas marginalisée mais peut, au contraire, jouer un rôle utile, alors que l’Allemagne occupe désormais une place centrale en Europe, forte de son poids démographique, de sa croissance retrouvée et de ses réformes accomplies. Succéder à Jacques Chirac, doyen des chefs d’Etat dont l’aura internationale était incontestable pour cause de diplomatie active, contrairement à son inertie dans l’Hexagone. Le nouveau président français pourrait donc faire prévaloir une certaine forme de continuité, contrairement à la rupture annoncée, comme en témoigne l’embauche à ses côtés de l’ancien ambassadeur à Washington, Jean-David Levitte, l’un des meilleurs du Quai d’Orsay qui fut conseiller diplomatique à l’Elysée... Sur la lutte contre le réchauffement climatique, Nicolas Sarkozy reprend aussi la problématique du discours chiraquien de Johannesburg, en l’ancrant dans une obligation de résultat à l’horizon 2050 que refusent encore les Etats-Unis. Sur l’Afrique qui ne l’intéresse guère, si l’on en croit un voyage au Mali où il avait expliqué crûment que la France n’avait pas besoin du Continent noir, le président de la République devrait plaider pour une aide accrue au développement.
 
Reste l’envie inhérente au personnage de faire des coups. La libération d’Ingrid Betancourt, l’amie de Villepin à Sciences Po, en serait évidemment un. Et le chef de l’Etat, qui avait été mis devant le fait accompli d’une opération de sauvetage avortée lors d’un déplacement du ministre de l’Intérieur en Colombie, ne ménage pas sa peine. Mais rien n’est acquis, pas plus que sur le Darfour où les corridors humanitaires de Bernard Kouchner risquent de se heurter à l’intransigeance du président soudanais Bechir. Prudence donc même si l’audace est au rendez-vous.

02.05.2007

La confrontation

En stigmatisant, lors de son meeting à Bercy, l’héritage de mai 1968, quitte à forcer le trait, Nicolas Sarkozy a rendu la gauche hystérique. Il faut dire que sa charge contre la faillite morale des bobos, qui ont pris le pouvoir à l’issue de cette révolution d’enfants gâtés, ne faisait pas dans la dentelle. En clair, outre une crise d’identité, la France vivrait aujourd’hui une crise morale, dont nos élites post soixante-huitardes volontiers donneuses de leçons, seraient largement responsables. Angélisme à l’égard de la délinquance et refus de soutenir les forces de l’ordre dans leur tâche difficile, affaiblissement de l’autorité de l’Etat, culture de l’assistanat et abandon de la valeur travail comme des valeurs morales, la gauche serait responsable de tous les maux de notre société moderne en manque de repères. Attaquée comme jamais personne n’avait osé le faire à droite, la gauche se cabre. En réalité, Sarko procède toujours de la même manière avec ses adversaires. Chirac en fit l’amère expérience et ne trouva jamais la parade. Et voilà, en réaction, notre homme traité de fasciste en puissance, de populiste invétéré toujours prêt à utiliser des slogans réducteurs pour dénigrer et réduire ceux qui s’opposent à sa marche triomphale vers le pouvoir. Le combat droite-gauche s’est donc réinstallé pour longtemps dans la politique hexagonale au même titre que la bipolarisation. Cette confrontation, qui marque le retour de la politique, n’est pas en soi malsaine, en ce qu’elle traduit une volonté de sursaut. Un refus du renoncement que Ségolène porte elle aussi à sa manière. Sa détermination est aussi farouche et s’est traduite par une élimination de tous ceux qui se sont mis en travers de sa route, ces vieux barons essoufflés du socialisme que Sarko a justement pointés. C’est pourquoi la confrontation entre nos deux guerriers sera ce soir si passionnante dans une version moderne de la guerre des sexes. Ce sera un combat d’image autant que de projets où le mâle devra, s’il veut l’emporter, apprivoiser la femelle, puis s’imposer, chacun utilisant toutes ses ressources. Le plus dur des deux n’étant pas forcément celui qu’on croit.

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