24.11.2008

Sarkozy sur un champ de ruines

Une opposition complètement déstabilisée, Villepin occupé avec la Justice, MAM muette... Le président de la République ne se plaindra pas d’être actuellement privé d’adversaires politiques. Quels que soient les discours sur la refondation du capitalisme qu’on entend ici et là, l’américanisation de la vie politique française se poursuit. La bataille des chiffres au sein du PS rappelle furieusement le « recount » (recomptage des voix) de Floride qui avait finalement permis à George W. Bush de l’emporter avec moins de voix qu’Al Gore. Elle jette, par ailleurs, un éclairage sur des pratiques de tripatouillage électoral qu’on croyait révolues.

Villepin neutralisé
Certes, l’implosion prévisible du Parti socialiste marque la fin d’un cycle, d’une génération mais aussi d’une certaine manière de faire de la politique. Ségolène Royal, qui n’a rien d’une oie blanche, tente, comme Sarkozy l’a fait dans son camp, d’incarner le renouvellement au sein d’un parti dont les caciques ont vieilli. D’autant que son idéologie n’a pas résisté à l’épreuve de la réalité. François Bayrou a raison de s’étonner qu’un rapprochement du PS avec son MoDem fasse l’objet d’une polémique alors qu’un tel axe semble évident pour reconquérir le pouvoir. Mais pour l’heure, Nicolas Sarkozy règne sur un champ de ruines, quasiment privé d’adversaires. L’opposition, déjà déstabilisée par l’ouverture, n’existe plus, et hormis Bayrou qui a approuvé le Président lors de la crise financière, il n’y a plus personne pour le contrer. Renvoyé en correctionnelle, Villepin semble neutralisé pour de longs mois par l’affaire Clearstream. MAM est silencieuse, sans doute par peur de perdre son ministère que convoite Brice Hortefeux, et Juppé s’est replié dans son donjon bordelais.

En première ligne face à la rue
Servi par les circonstances, Nicolas Sarkozy a marqué d’incontestables points en politique étrangère lors de la crise géorgienne et à l’occasion du G 20 à Washington. Il doit néanmoins affronter une redoutable crise économique qui n’a pas encore produit ses effets. Or, certaines de ses rodomontades qui ressemblent à des communiqués de victoire dans une situation mouvante finissent par inquiéter. Faute de relais parmi les corps intermédiaires, notamment les syndicats déçus, la presse se montrant partagée, le Président se retrouve en première ligne face à la rue. Un risque qu’il semble juger négligeable, comme si la démocratie traditionnelle avait vécu.

22.04.2008

Le PS en lente mutation

A force d’évoluer dans les concepts et une vision sublimée des rapports humains, les socialistes avaient fini par oublier la vie. C’est pourquoi la nouvelle déclaration du parti, présentée sept mois avant son congrès, promet « d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Une acceptation, certes, très mesurée de la mondialisation libérale pour un parti n’ayant jamais vraiment assumé son virage social-démocrate. Toutefois, à l’heure où le sarkozysme semble hésiter sur la marche à suivre, les socialistes ne se résignent pas à la culture d’opposition qui les poursuit depuis 1995. Leur angélisme sur les questions sécuritaires, leur incapacité à réformer l’État alors que Lionel Jospin avait bénéficié d’une forte croissance durant son passage à Matignon, les a mis sur le banc de touche. D’autant que la droite s’est unie comme jamais en 2002, alors même que le PS se trouve désormais seul, privé d’alliance solide. L’appel du pied aux écolos est assez clair. Mais le parti reste tenaillé par l’extrême gauche et hésite sur la conduite à tenir à l’égard du centre. Incontestablement le plus brillant, François Hollande manque de détermination. En revanche, il a bien compris que le PS devait récupérer les électeurs du centre plutôt que de s’allier au MoDem auquel il offrirait une bouée de sauvetage inespérée. Peut-il encore tenter sa chance pour la présidentielle de 2012 alors que se profile déjà l’affrontement programmé entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal ? Si Julien Dray réussissait à emporter le poste de premier secrétaire du PS, François Hollande aurait alors une dernière chance de pouvoir jouer sa carte.

06.12.2007

La drague en politique

« Ma plus belle histoire, c’est vous ». Cette chanson de Barbara fait un joli titre de livre par lequel Ségolène Royal confirme son sens inné du marketing. Par ailleurs, l’ouvrage recèle quelques révélations amusantes, comme cette scène où Sego vient « proposer la botte » à Bayrou à une heure avancée de la soirée. Une grande scène de drague comme notre République, plus people que populaire, semble désormais les multiplier. Surpris, le roi du MoDem la rejette comme s’il avait peur de passer à l’acte alors qu’elle était prête à le nommer Premier ministre en cas de victoire. Faut-il qu’elle fasse peur pour la laisser poireauter en bas de l’immeuble ? BHL, qui adore les femmes esseulées, a moins de pudeur et passe volontiers du temps à recueillir leurs confidences. Le philosophe passe d’ailleurs indifféremment de Ségolène à Cécilia, dont Bernadette Chirac confie : « Elle finira par revenir ». Le fait que le président ait gardé son alliance est un signe éloquent de son désir profond, par-delà les starlettes de passage. Un avec qui les carottes semblent cuites, c’est François Hollande. Lequel tacle violemment son ancienne compagne, déplorant son absence de ligne stratégique et sa propension à « imputer aux autres » sa propre responsabilité. Parodiant la pièce de Beckett, le Premier secrétaire du PS considère que les socialistes doivent se déterminer par rapport à eux-mêmes et ne pas attendre Godot, Besancenot ou Bayrou. C’est ce problème d’identité qui fonde la force et la faiblesse de Ségolène. Force en ce que sa fragilité incite les plus démunis à s’identifier à elle. Faiblesse car on ne peut refuser de choisir entre Bayrou et Besancenot sans manifester un manque de charpente évident. Si la notion de social-démocratie est « obsolète », encore faut-il présenter un projet alternatif ayant une certaine cohérence. Ce qui paraît aujourd’hui plus important pour les socialistes que de se mettre d’ores et déjà sur les rangs à l’horizon 2012.

14.06.2007

Hollande-Royal tandem en perdition

La mode étant aux « coachs », on pourrait conseiller au couple Hollande-Royal d'en prendre un pour harmoniser ses positions. N'en déplaise à Manuel Valls qui exprime son agacement de voir la politique de son parti « tourner autour de la vie d'un couple », le problème c'est que ce tandem naguère si fécond ne semble plus en être un. Quand Ségolène Royal affirme que chacun a son autonomie, elle ne saurait mieux dire. Tout semble désormais opposer la dame blanche et son mentor, donnant clairement l'image d'un parti à deux têtes, même si le bureau national les a renvoyés dos à dos. Sans doute François Hollande a-t-il eu tort d'annoncer prématurément son départ du poste de premier secrétaire, fragilisant sa position. D'autant que le Congrès n'est prévu qu'en novembre 2008. De même se montre-t-il trop sûr de lui en privilégiant l'appel aux électeurs du MoDem tout en négligeant, contrairement à Ségolène Royal, François Bayrou. Lequel n'entend pas se faire piéger deux fois. Plus habile, Nicolas Sarkozy tend la main à son adversaire au bord du dépôt de bilan en retirant la candidature UMP dans sa circonscription. Par son attitude, Hollande semble condamner l'ouverture au centre pourtant indispensable au PS qui n'a plus de réserve de voix à gauche. Pour sa part, Ségolène Royal a décidé d'empiéter sur la campagne des législatives sans être pour autant candidate. Peur de se faire oublier malgré la légitimité que lui confère son score à la présidentielle ? Ou volonté de marginaliser le premier secrétaire et de lui faire payer le prix de son échec ? Une chose est sûre. Ses attaques répétées contre les médias qui visent sans doute à remobiliser son électorat se retourneront contre elle. Surtout quand elles visent une chaîne de service public et son présentateur vedette David Pujadas qui n'appartiennent pas précisément aux conglomérats industriels que l'on dit proches du président de la République (*). On l'a vu lors du débat télévisé, un peu de douceur ne nuit pas. * Arlette Chabot, directrice de l'information de France 2, a estimé hier que le reportage sur l'élection législative dans la 2 e circonscription de Gironde, critiqué par Ségolène Royal, était « irréprochable » et respectait l'égalité entre les candidats. Dans une lettre ouverte à Ségolène Royal, la Société des Journalistes (SDJ) de France 2 a qualifié ses propos d'« attaque insultante ».

24.05.2007

Le centrisme est-il mort ?

A 7 h 30 du matin, à la veille de la constitution du gouvernement, Philippe Douste-Blazy débarque à Matignon, bien décidé à obtenir un portefeuille. La veille, il a vu le président Sarkozy, qui lui a confié : « Ça se jouera entre Bachelot et toi. Vois ça avec Fillon. » Lequel, à bout d'arguments, finit par le congédier en lui lançant : « Je t'emmerde ! » Un peu à la manière dont il avait lui-même été traité par son prédécesseur, Dominique de Villepin. Bref, le Premier ministre s'est fait un ennemi à mort que Sarkozy, plus pro, va ménager avec des petits mots affectueux et sans doute un poste de conseiller à l'Elysée. Mais au-delà du cas Douste, la question est de savoir si, malgré le score de Bayrou au premier tour, le chef de l'Etat, dont nous affirmions qu'il saurait gouverner au centre, ne va pas tuer le centrisme par sa stratégie d'ouverture. Car il n'y a pas que les libéraux, tel Claude Goasguen, qui grognent. Les centristes historiques intégrés à l'UMP, comme Pierre Méhaignerie, s'indignent de voir que leur sensibilité n'est pas représentée au gouvernement. Hormis par les ralliés de la dernière heure dont la figure emblématique est Hervé Morin, président du groupe UDF, promu ministre de la Défense. L'Ouest n'est pas une terre d'élection pour le nouveau président, qui préfère d'ailleurs la Corse et la Côte d'Azur. Pierre Méhaignerie peut-il envisager des convergences pour l'avenir avec Dominique Strauss-Kahn si ce dernier parvenait à établir son leadership sur le PS, ce qui n'est pas gagné ? De surcroît, cette figure historique du centrisme breton, qui préside la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée, aura-t-elle l'audace de se présenter à la présidence de l'Assemblée pour laquelle l'actuel titulaire, Patrick Ollier, et le président du groupe UMP, Bernard Accoyer, sont déjà en lice ? A l'heure où le MoDem lance sa campagne des législatives avec un président Bayrou plus isolé que jamais pour ne pas avoir su choisir, Nicolas Sarkozy est en passe de liquider les centristes. Jacques Chirac avait fait preuve à leur égard de plus de mansuétude.