25.06.2008

Proche-Orient. L'économie au service de la paix

Au dernier jour de son voyage au Proche-Orient Nicolas Sarkozy a rencontré, hier, le président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Il reste convaincu que le chemin de la paix passe par le développement de la région.

Les services de sécurité en uniformes noirs sont déployés autour de la résidence de Bethléem du président de l'Autorité palestinienne. « Les Palestiniens ont besoin d'avoir à leur tête un homme de paix, pas de guerre », déclare Nicolas Sarkozy, sur la tribune à côté de Mahmoud Abbas, dit Abou Mazen. Discrète allusion à son prédécesseur Yasser Arafat qui ne sut pas saisir l'opportunité historique des Accords d'Oslo, sans doute pour avoir toujours vécu en chef de guerre. Dans sa réponse, Abbas souligne le courage du président français, utile à une région qui a, selon lui, besoin d'hommes de sa trempe. Il l'invite d'ailleurs avec sa femme Carla à passer la prochaine nuit de Noël à Bethléem.

La nécessité d'un Etat palestinien

« Si les Israéliens nous donnaient la moitié de ce que propose Nicolas Sarkozy, nous serions ravis », glisse Yasser Abed Rabo, le conseiller spécial du chef palestinien. À la Une du quotidien israélien Al Quds figurent les principaux points de l'intervention du Français la veille à la Knesset : outre l'Etat palestinien, le gel de la colonisation, la question des réfugiés et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale des deux Etats. C'est sur ce dernier point que la droite israélienne a manifesté sa mauvaise humeur. La veille, lors de la réception de la communauté française à l'hôtel King David, certains s'interrogeaient sur la propension du président français à leur faire la leçon alors qu'il avait précisément tenté de désamorcer les critiques sur ce point.

Un Etat binational ?

Toutefois, les Palestiniens eux-mêmes ne se font guère d'illusion. « Je ne crois plus beaucoup à un Etat palestinien, indépendant et souverain, analyse l'universitaire Amjad Shahab, professeur de sciences politiques et conseiller d'Ahmad Qoreï. « Je crois qu'il y aura un Etat binational car on est enraciné ici. Ils ne peuvent pas se débarrasser de nous et vice versa. Les Israéliens sont néanmoins les plus forts et ils tiennent tout ». Comme tous les universitaires palestiniens souvent cultivés et formés à l'étranger, Amjad s'exprime sans détour. Il reconnaît que Mahmoud Abbas, qui était l'opposant de Yasser Arafat, n'a pas fait grand-chose depuis son élection pour enrayer le chômage et la chute du niveau de vie en Cisjordanie. Sans même parler de la prise de pouvoir des Islamistes du Hamas à Gaza, où l'autorité palestinienne s'est effondrée, rongée par la corruption.

Dynamiser l'économie de la région

Quelques heures auparavant, s'exprimant devant des chefs d'entreprise, Nicolas Sarkozy appelait à un renforcement des relations franco-israéliennes qui ont régressé depuis les années 90. « Il faut qu'on en fasse plus autour des petites entreprises et de grands projets pour la région auxquels il faut associer la Jordanie et l'Autorité palestinienne. Ainsi, les politiques pourront construire sur du solide. Sur la misère et le sous-développement, on ne construit que la guerre », dit-il. Des voeux pieux sans doute mais qui semblent satisfaire l'assistance. Le président français estime que les Israéliens et les Palestiniens ont suffisamment souffert de leur affrontement sans fin pour ne pas prendre le risque de la paix. Or, les Israéliens semblent vouloir bouger. Le Premier ministre Ehud Olmert qui pourrait bien être remplacé à son poste par le chef de l'opposition, Benjamin Netanyahu, place visiblement quelques espoirs dans la présidence française de l'Union européenne. C'est en effet sa dernière carte avant une éventuelle éviction. Même s'il n'est pas question d'une poignée de mains entre Olmert et le Syrien el-Assad lors du sommet de l'Union pour la Méditerranée à Paris le 13 juillet prochain.

05.07.2007

Les limites d’un pari psychologique

Des unités des 27 armées de la communauté européenne défileront sur les Champs-Élysées le 14 juillet prochain. Bel effet d’image pour un président dont l’activisme semble avoir remis la France sur les rails de la construction européenne après le rejet par le referendum du traité constitutionnel. Avant cela, Nicolas Sarkozy aura eu le temps de recevoir le roi de Jordanie pour évoquer des « initiatives » à venir au Proche-Orient, notamment un soutien au Palestinien Mahmoud Abbas. Initiatives que la présidence chiraquienne, obsédée par le dossier libanais, avait quelque peu négligées. De plus, le chef de l’Etat a abordé avec le Premier ministre portugais, qui assume désormais la présidence européenne, la Conférence intergouvernementale (CIG) chargée de rédiger le nouveau traité. Cet agenda diplomatique chargé ne l’a pas empêché de féliciter, en conseil des ministres, son Premier ministre, étroitement borduré par ses collaborateurs, pour son discours d’investiture. Lequel multiplie les interventions depuis 48 heures afin de démontrer qu’à défaut de « problème d’ego », il entend bien ne pas être considéré comme quantité négligeable. Et Nicolas Sarkozy ne se privera d’ailleurs pas de lui refiler le mistigri dans les périodes de gros temps, selon la bonne vieille théorie du fusible qui peut encore servir malgré l’évolution institutionnelle. Car l’euphorie actuelle dans laquelle l’opposition a perdu ses marques ne sera pas éternelle. Si le gouvernement paraît assuré de faire passer son train de mesures pendant l’été, un certain scepticisme prévaut dans les milieux économiques sur ces mesures de relance. Elles risquent d’accroître les importations au lieu de muscler un appareil productif qui en a bien besoin. Du moins, si l’on en juge par le déficit de nos exportations. Le gouvernement Villepin, qui se targue d’avoir été le dernier « vrai premier ministre de la V e », avait laissé un pays assaini sur la voie du désendettement. A l’heure où un nouveau plan de redressement de la Sécu s’impose, le pari gouvernemental d’accroître la croissance d’un point et de retrouver le plein-emploi ne pourra se faire sans réformes de structure, à l’image des Allemands. Faute de quoi, les effets psychologiques d’une communication vibrionnante trouveront leurs limites.