04.12.2008
Un bouc émissaire commode
La garde des Sceaux, Rachida Dati, dont la rumeur journalistique laisse entendre qu'elle ne serait plus en cour, est de nouveau l'objet d'attaques convergentes qui en font dans cette période de crise un bouc émissaire commode. Passe encore qu'elle n'appartienne plus au fameux G7, le groupe des sept « chouchous » du Président ou qu'elle ait commis l'erreur de déclarer que la procédure ayant entraîné l'arrestation de l'ancien président de Libération était parfaitement régulière avant d'être désavouée par Nicolas Sarkozy en personne. Mais voilà que la ministre de la Justice, dont on annonce régulièrement le prochain remplacement, quitte à lui trouver un poste de compensation pour ne pas trop écorner ce symbole de la diversité, déclare, en recevant le rapport Varinard, que la sanction pénale est une « mesure de bon sens » pour les mineurs, dès l'âge de 12 ans. Elle ne dit pas qu'il faut les enfermer mais disposer d'une palette de réponses adaptées qui vont jusqu'à l'incarcération. Notons que, parmi les 70 propositions du rapport, cette disposition ne vise qu'à abaisser d'un an un âge déjà fixé à 13 ans. On peut donc s'étonner qu'une telle mesure suscite autant de récriminations, sauf à découvrir que la délinquance des mineurs est en forte augmentation et qu'il faut lui trouver des réponses appropriées. Tout comme il paraît vain de dénoncer le tournant sécuritaire dans lequel s'engagerait le chef de l'État à l'égard des hôpitaux psychiatriques alors que l'opinion demande une répression accrue à l'égard des individus dangereux. En l'occurrence, il n'y a pas de solution miracle, mais sans contester le dévouement des éducateurs, il y a des limites à apporter à des situations qui se sont terriblement dégradées. Sans doute parce qu'elle affronte courageusement le « politiquement correct », Rachida Dati est une cible. Le Canard Enchaîné rappelait d'ailleurs, hier matin, qu'elle en était à son troisième « dircab » et que 16 collaborateurs l'avaient déjà quittée. Alors que le chef de l'État semble craindre une crise sociale et s'interroge sur le comportement à adopter, il dispose en Rachida Dati d'un caractère à la Thatcher, dont on verra l'utilité à l'usage.
08:42 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rachida Dati, Libération, Nicolas Sarkozy, Justice, rapport Varinard, responsabilité pénale, mineurs
09.11.2007
Dati, la méthode musclée
En nommant Rachida Dati, garde des Sceaux, Nicolas Sarkozy prenait un risque calculé. Celui de promouvoir une femme qui n’était pas forcément au niveau de la fonction qu’il lui confiait, du moins techniquement. Fonction d’ailleurs éminemment « casse-gueule » puisqu’elle avait la réputation d’enterrer, politiquement s’entend, tous ses titulaires. Après la case Vendôme, rares sont les ministres de la Justice ayant retrouvé un autre maroquin. Quoi qu’il en soit, l’inexpérience de la jeune femme était compensée par son ardeur au travail, pour ne pas dire son ambition féroce. La force du symbole d’intégration devait, de surcroît, la rendre inattaquable. Enfin, Rachida Dati est vite apparue comme un « go-between » au sein du couple présidentiel. L’ex-« first Lady », prenant volontiers sa défense, la comparant même à une « sœur ». Depuis, si l’on en croit un écho du JDD, la ligne aurait été interrompue, la garde des Sceaux ayant vite choisi son camp lors du divorce présidentiel. C’est-à-dire, celui du roi qui en a fait une princesse. Laquelle accompagne désormais le souverain dans tous ses déplacements à l’étranger au point qu’un journal du Maroc, dont elle est originaire, spéculait, mi-sérieux mi-ironique, à l’issue de la dernière visite présidentielle, sur une union future. En réalité, Madame Dati a la dureté de ceux dont la vie n’a pas été facile. Elle s’en est ouvert dans un livre récent (*) dont le but visait surtout à désamorcer une biographie sans concessions d’un journaliste du Canard Enchaîné. Car, pour s’élever du bas de l’échelle, on peut rarement conquérir le pouvoir avec des gants blancs. Les antichambres feutrées de la Chancellerie ont donc résonné de ses coups de gueule, traduisant surtout son angoisse d’échouer. Ils ont abouti au départ de plusieurs membres de son cabinet. Ce sont désormais les tribunaux d’instance et de grande instance qui font les frais de sa brutalité pour l’application d’une réforme trop longtemps repoussée, comme on le concède même à gauche. Comparé au président, qui a cédé aux pêcheurs, on mesure avec Rachida Dati, que les femmes sont souvent plus coriaces que les hommes.
* « Je vous fais juges ». Entretien avec Claude Askolovitch. Grasset. 14,50 €.
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