15.01.2009

Diffamation et gestion de crise

Tout homme a le droit à la présomption d’innocence et nous n’avons jusqu’à présent traité l’affaire Dray qu’avec la plus grande prudence, c’est-à-dire par une couverture factuelle de dépêches d’agences.

 Pourtant, à l’heure où notre confrère L’Est Républicain apporte de nouvelles révélations issues de l’enquête menée par la cellule Tracfin et alors que les avocats du député socialiste menacent Le Monde, Le Midi Libre et Le Journal du Dimanche de poursuites pour diffamation, il est difficile de faire l’impasse sur une affaire qui déstabilise la gauche. Comme jadis les révélations d’Urba-Gracco avaient ébranlé le régime mitterrandien. Sauf qu’en l’occurrence Julien Dray n’est pas un obscur financier du PS mais le représentant emblématique d’une génération qui se voulait morale, qu’il a été très proche de François Hollande et Ségolène Royal et qu’un soupçon d’enrichissement personnel pèse sur lui. Sans parler des tentatives de débauchage de Nicolas Sarkozy qui en aurait volontiers fait un ministre d’ouverture. Par le passé, certains élus socialistes furent injustement accusés, tel Dominique Strauss-Kahn qui démissionna de Bercy. Il sera blanchi par la suite. En réclamant la tenue d’un jury d’honneur, en invoquant la « dérive totalitaire » de la presse, voire même la tonalité antisémite de certains sites internet, ses avocats indiquent que l’accusé n’entend pas attendre un éventuel jugement de relaxe mais au contraire politiser l’affaire, et pourquoi pas invoquer la théorie du complot. C’est de bonne guerre tant il est vrai que le zapping médiatique détruit bien des réputations pour peu que l’on maîtrise mal la gestion de crise. Ce qui n’est pas le cas de Julien Dray, orfèvre en la matière.

12.11.2008

Ségo sort du frigo

Ce ne sera sans doute ni Vincent Peillon ni Julien Dray et encore moins François Rebsamen. C’est tout simplement Ségolène Royal qui devrait revendiquer le poste de premier secrétaire du PS. À moins qu’elle ne s’attribue un titre de présidente, si l’on en croit désormais « Le Monde », chapeautant par là-même un premier secrétaire délégué. La mise au « frigidaire » de sa candidature pourrait ainsi apparaître purement tactique. Même si le front uni, qui risque de se dessiner contre elle, l’oblige à monter en première ligne. Ce qui n’est pas encore totalement acquis. Mais, forte du soutien des barons régionaux (notamment des Bouches-du-Rhône et de l’Hérault), la madone du PS tente de jouer la base et les jeunes contre les cadres qui tiennent l’appareil. Toutefois, même si elle apparaît en tête du peloton, Ségolène Royal est loin d’être majoritaire. Or, échaudés par la présidentielle, la plupart des barons du parti n’ont aucunement l’intention de lui faire la courte échelle. Pas plus Bertrand Delanoë que Martine Aubry. Quant à Benoît Hamon, vu leur positionnement réciproques, lui radical, elle centriste, ce serait l’alliance de la carpe et du lapin. On s’achemine donc vers un congrès de Reims qui pourrait fort bien ressembler à celui de Rennes, de sinistre mémoire. D’ici là, la présidente du Poitou-Charentes trouvera-t-elle des alliés ? Saura-t-elle rallier à sa cause une partie de ceux qui l’accusent toujours de jouer trop perso et rejettent son style résolument « télévangéliste » ? Beaucoup pourraient être tentés par la politique du pire à travers un TSS (Tout Sauf Ségolène). En faisant du même coup l’impasse sur la prochaine présidentielle. Après tout, me confiait récemment un cacique : « Le calendrier qui prévoit une sortie de crise en 2010 est favorable à Sarkozy ». C’est oublier que les Français voudront peut-être rejouer le match de 2007 entre Sarko et Ségo.

22.04.2008

Le PS en lente mutation

A force d’évoluer dans les concepts et une vision sublimée des rapports humains, les socialistes avaient fini par oublier la vie. C’est pourquoi la nouvelle déclaration du parti, présentée sept mois avant son congrès, promet « d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Une acceptation, certes, très mesurée de la mondialisation libérale pour un parti n’ayant jamais vraiment assumé son virage social-démocrate. Toutefois, à l’heure où le sarkozysme semble hésiter sur la marche à suivre, les socialistes ne se résignent pas à la culture d’opposition qui les poursuit depuis 1995. Leur angélisme sur les questions sécuritaires, leur incapacité à réformer l’État alors que Lionel Jospin avait bénéficié d’une forte croissance durant son passage à Matignon, les a mis sur le banc de touche. D’autant que la droite s’est unie comme jamais en 2002, alors même que le PS se trouve désormais seul, privé d’alliance solide. L’appel du pied aux écolos est assez clair. Mais le parti reste tenaillé par l’extrême gauche et hésite sur la conduite à tenir à l’égard du centre. Incontestablement le plus brillant, François Hollande manque de détermination. En revanche, il a bien compris que le PS devait récupérer les électeurs du centre plutôt que de s’allier au MoDem auquel il offrirait une bouée de sauvetage inespérée. Peut-il encore tenter sa chance pour la présidentielle de 2012 alors que se profile déjà l’affrontement programmé entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal ? Si Julien Dray réussissait à emporter le poste de premier secrétaire du PS, François Hollande aurait alors une dernière chance de pouvoir jouer sa carte.