04.06.2008

Un procès politique

En demandant aux juges d’Huy et Pons de poursuivre leurs investigations sur le rôle de Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream, le parquet, qui est actionné par le pouvoir politique, et Rachida Dati l’a clairement fait comprendre aux récalcitrants, montre qu’il n’entend pas accorder le bénéfice d’un non-lieu à l’ancien Premier ministre. Dès lors que les charges n’étaient pas suffisantes pour le renvoyer devant un tribunal correctionnel, à la différence des autres protagonistes de l’affaire (Gergorin, Lahoud, Bourges, Robert), la logique plaidait pour un abandon des poursuites. Ce déni de justice porte en germes un procès politique que stigmatise l’un des derniers villepinistes, le député UMP Jean-Pierre Grand qui parle d’« acharnement ». Dans une lettre ouverte aux juges, publiée par Marianne, ce qui n’était peut-être pas d’une grande habileté, Dominique de Villepin s’interrogeait récemment sur l’intérêt qu’il aurait eu à demander une enquête à la DST quand il arriva place Beauvau, au risque de révéler le rôle qui lui est aujourd’hui attribué. On sait que le feu vert donné à Jean-Louis Gergorin pour qu’il transmette les listings au juge Van Ruymbecke fut interprété comme le signe d’une manipulation politique. Or, la manip’ semble avoir été conçue par le duo Gergorin-Lahoud. Rien ne permet de dire que Villepin, ayant à coup sûr flairé la bonne affaire pour se débarrasser d’un rival, ait été au courant, encore moins qu’il l’ait orchestré. Benoîtement dans son courrier il s’interrogeait : « À la faveur de quelle construction, mon rôle marginal est-il devenu le pôle d’attraction de ce dossier ? ». Il est évident qu’à son poste de Premier ministre, Dominique de Villepin ne pouvait être considéré comme un vulgaire quidam. Que Nicolas Sarkozy, dont le nom apparaît certes de façon tronquée, en ait profité pour se victimiser était de bonne guerre. Mais c’est désormais Villepin qui fait figure de victime.