11.06.2008

Des dangers de la posture médiatique

L’histoire du projet de loi sur l’environnement qui sera présenté aujourd’hui en conseil des ministres n’aura pas été un long fleuve tranquille.
Pourtant la cérémonie accueillant à l’Élysée l’ancien vice-président américain reconverti en cinéaste de film catastrophe sur le climat était pleine de promesses. Al Gore n’avait-il pas envisagé un « Grenelle mondial » pour reprendre l’intitulé du « Grenelle de l’environnement » emprunté à la mythologie des accords sociaux conclus dans la foulée de mai 68. Un deal semblait alors se dessiner avec les écologistes : d’accord pour limiter la culture des OGM à condition qu’ils restent discrets sur le nucléaire dont Nicolas Sarkozy a fait l’un des atouts du pays à l’export. Mais voilà que le groupe UMP se divise sur la question et que la secrétaire d’État Nathalie Kosciuscko-Morizet, prise d’une frénésie guerrière, s’en prend à son ministre de tutelle, Jean-Louis Borloo, et au président du groupe UMP, Jean-François Copé, en des termes excessifs. L’attitude saine eut été de la virer, selon François Fillon. Mais comme le Président pardonne tout à ses favorites pour réserver ses critiques à ses fidèles lieutenants, c’est l’inverse qui se produisit. L’affaire laissera pourtant des traces au sein de la majorité où l’on n’avait guère apprécié que la terrible NKM claque la bise à José Bové, attitude jugée pour le moins démagogique. « Ce qui s’est passé sur les OGM, il n’y a rien eu de tel depuis l’Inquisition. C’est l’image qui l’a emporté sur la vérité. Quand Bové dit qu’on va empoisonner la planète, c’est plus fort que la parole d’un scientifique », s’agace le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer, qui stigmatise au passage l’utilisation du mot contamination au lieu de dissémination pour des plantes qui sont stériles. Selon son point de vue, à trop jouer de la posture médiatique, on laisse le champ libre au géant Monsanto que l’on voulait dénoncer en interdisant la recherche biomoléculaire en France.

21.06.2007

Pédagogue ou prestidigitateur ?

Il ne s’est pas énervé quand PPDA l’a comparé à un petit garçon hilare au sortir d’un entretien avec Poutine au G8, selon une vidéo diffusée par la télévision belge. Le président Sarko reste le roi de la com’ et les postures hiératiques d’un Mitterrand, dont le rapprochent certains traits communs, n’entrent pas dans son registre. Il n’en reste pas moins un grand professionnel qui a repris la main après la relative déception du score réduit de l’UMP dimanche soir. Rappelant aux Français que beaucoup de dirigeants de pays européens, ayant dû se plier à des systèmes de coalition, lui enviaient sa majorité absolue. A commencer par Angela Merkel. Nicolas Sarkozy peut effectivement faire penser à un petit garçon si on le compare à la stature physique de ceux qui l’ont précédé comme De Gaulle, Giscard ou Chirac. Mais c’est un Mozart de la politique qu’une majorité de Français a porté au pouvoir pour faire bouger les lignes dans un pays vitrifié. Après un hommage à Alain Juppé, rejeté comme il l’a été si souvent, le président de la République n’a pas chargé son ancien ministre de l’Economie, Jean-Louis Borloo, débarqué en douceur de Bercy. Car Sarko évite d’humilier les autres et d’insulter l’avenir. Il a résumé son intervention d’une phrase, qui pourrait s’appliquer à lui : « Mon programme, c’est le travail ». Et qui peut dire aujourd’hui que l’université, dont il a fait un chantier présidentiel, n’est pas prioritaire ? Qui peut considérer que la fiscalité n’est pas en France quelque peu confiscatoire ? Que la TVA sociale, appliquée dans d’autres pays européens, mérite au moins une expérimentation ? Ou que le déficit de la Sécu impose des franchises médicales dont les syndicats devront discuter des modalités, voire de certaines exonérations ? Non, décidément, Nicolas Sarkozy n’a renoncé à rien, comme son discours de politique générale, hier, devant les députés UMP, l’a clairement indiqué. En un mot, et pour éviter les reproches de cadeaux fiscaux, il s’engage à revaloriser le pouvoir d’achat des travailleurs pauvres. Plus que la nomination de Jean-Marie Bockel, Rama Yade ou Fadela Amara, qui n’auront qu’un faible poids politique dans le dispositif gouvernemental, et dont la fonction est avant tout d’afficher une certaine diversité, c’est au respect de cette promesse que l’on jugera si l’homme est le grand pédagogue que n’était pas Chirac ou un petit prestidigitateur.

20.06.2007

Ouverture et virage libéral

Ca n’a pas traîné. Jean-Louis Borloo, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, a repris le poste désormais vacant d’Alain le maudit dont les Bordelais n’ont pas voulu. Sans doute l’écologie sera t-elle plus adaptée à cet esprit scintillant et anti-conformiste que les fonctionnaires de Bercy commençaient déjà à prendre en grippe.
Un impact purement cosmétique
Surtout, la nomination de Christine Lagarde au ministère des Finances secondée par Hervé Novelli comme secrétaire d’Etat, marque t-elle un virage libéral assumé qui ne correspondait pas au profil de Borloo. Rompue aux négociations internationales et issue du monde de l’entreprise, Mme Lagarde aura pour mission d’adapter le pays à la compétition internationale malgré ses faiblesses structurelles dont témoignent les mauvais résultats du commerce extérieur. Reste que les mesures de relance économique devront être financées et que la problématique de la TVA sociale, sur laquelle travaille le secrétaire d’Etat Eric Besson, ressurgira tôt ou tard. En réalité, Nicolas Sarkozy qui sera ce soir sur TF1 devra trancher un nœud gordien : un gouvernement de droite ne peut pas réussir s’il ne baisse pas les impôts et le nombre de fonctionnaires.
La théorie du fusible
Tous les jeux politiciens sur l’ouverture consistant à ramasser ici ou là des éclopés de la gauche apparaissent comme des rideaux de fumée pour habiller ce virage libéral. On a vu, dimanche soir, leur peu d’impact sur l’opinion. L’entrée au gouvernement de Jean-Marie Bockel, réputé « blairiste », s’ajoutant aux autres « débauchés » n’aura à terme qu’un impact purement cosmétique. Ce sont les résultats qui feront la différence. C’est pourquoi l’entourage du président entend limiter la portée de ce 2 e tour un peu décevant en forçant l’allure. L’idée de lancer des projets de lois en cascade comme autant de fumigènes, peut certes désorienter les oppositions et les empêcher de se cristalliser sur un sujet précis. Il n’empêche, c’est la cohérence du projet économique de François Fillon qui sera déterminante. Lequel, suivant l’exemple de son maître, a bien compris qu’il pouvait appliquer la théorie du fusible à ses ministres.
Par Hubert Coudurier

28.03.2007

Sarko-Borloo : embrassons-nous Folleville !

Afin de minimiser le ralliement du ministre de l’Emploi et de la Cohésion sociale à Sarko, Bayrou a estimé que Borloo devait avoir des doutes pour avoir attendu le dernier moment. En réalité, l’ancien avocat d’affaires est un redoutable négociateur. Attendre lui a permis d’observer l’évolution des rapports de force. Nicolas Sarkozy a d’abord été affaibli en raison des doutes exprimés par Pierre Méhaignerie sur la crédibilité de son programme économique. Puis déstabilisé par l’effet Bayrou alors que son entourage niait l’évidence en évoquant le syndrome Chevènement. Et, enfin, pour compenser la percée au centre du candidat de l’UDF, il a effectué un virage à droite au nom de l’identité nationale au risque de faire monter Le Pen. A moins que la manœuvre ait définitivement permis de fixer le score du président du FN en dessous de 15 %. La stratégie du président de l’UMP ayant à ses yeux le mérite d’entraîner Ségolène Royal sur son terrain. Celui de la nation et du drapeau dans lequel elle se dépêtre aujourd’hui puisqu’il ne correspond pas aux traditions de la gauche. Témoin : la polémique en raison de sa position finalement rigoureuse sur les sans-papiers. Toujours est-il que Jean-Louis Borloo entre en scène au bon moment pour rééquilibrer la campagne de Nicolas Sarkozy.
Proche des syndicats et caution de centre-gauche du gouvernement Chirac, toujours un peu coupable de ne pas avoir résorbé la fracture sociale, Borloo a réalisé 70.000 constructions de logements sociaux là où la gauche n’en faisait que 20.000. Ségolène Royal ayant surenchéri à 100.000 sans que l’on sache avec quels moyens, voilà le ministre de la Cohésion sociale prêt à promettre un plan Marshall (référence à l’aide américaine d’après-guerre) pour les banlieues plus un chômage ramené à 5 % dans les cinq ans. Et voilà nos deux compères à nouveau bras dessus bras dessous après un dîner en Avignon où Nicolas s’est dit « totalement en confiance avec Jean-Louis ». De là à lui promettre Matignon pour rassurer ceux qu’inquiète son programme qualifié de néo-reaganien ! Nous ne sommes pas loin du vaudeville de Labiche : embrassons-nous Folleville !

01.09.2006

Villepin l’autorité retrouvée

A voir le Premier ministre présider son séminaire de rentrée décentralisé à Troyes, on pouvait s’interroger : était-ce le même homme qu’il y a trois mois ? A l’époque, Dominique de Villepin était fortement affaibli par la crise du CPE dans laquelle la majorité lui reprochait de l’avoir fourvoyée. Venant s’ajouter à ce climat de défiance, l’affaire Clearstream prenait une telle ampleur qu’il était généralement présenté comme un chef de gouvernement en sursis.
Les socialistes lui faisaient la leçon à l’Assemblée sur ses dérapages verbaux, et les députés du groupe UMP préféraient applaudir... Jean-Louis Borloo. Profitant de la Coupe du Monde de football, de la traditionnelle trêve estivale et de la guerre au Liban, Dominique de Villepin s’est peu à peu refait une santé. Affichant un profil plus modeste, multipliant les déplacements de proximité, engrangeant les bons résultats sur le front de l’emploi, le Premier ministre n’apparaît plus comme un boulet pour son camp, qui a enregistré la décision du président de la République de le maintenir jusqu’au bout. Ainsi la fusion Suez-GDF, pour laquelle le président du groupe UMP Bernard Accoyer ne voyait pas de majorité, semble désormais possible.
Cela est dû en grande partie à Nicolas Sarkozy, qui a préféré le maintien d’un rival potentiel affaibli à Matignon plutôt que la mise sur orbite d’un nouveau concurrent, tel Jean-Louis Borloo ou Michèle Alliot-Marie. Dès lors que le Premier ministre semble avoir fait le deuil d’une hypothétique ambition présidentielle et a tiré les leçons de ses échecs, il apparaît comme un atout pour la droite, d’autant plus que le gouvernement est porté par une conjoncture favorable. Dominique de Villepin retrouve ainsi l’autorité que beaucoup lui contestaient. Une seule certitude sur cet homme accusé de ne pas être assez politique : il apprend vite.