09.05.2008

Les boucs émissaires de Sarko

Après avoir fanfaronné qu’il n’était « pas si difficile de gouverner », Nicolas Sarkozy a reconnu à la télévision des erreurs de communication notamment sur la présentation du paquet fiscal dénaturé par l’opposition. Mais l’homme étant hostile à toute forme de repentance, il n’a concédé aucune erreur sur le fond ou même dans la méthode ayant consisté à multiplier les réformes sans forcément hiérarchiser les priorités. Habitué à diviser pour régner, il a fait porter sur Matignon l’essentiel des couacs gouvernementaux en s’exonérant de toute responsabilité, accusant tour à tour son Premier ministre de trop se protéger ou estimant que l’inexpérience de celles qu’il avait choisies avec un sens parfait du casting, ne les protègerait plus à l’avenir en cas de nouveaux dérapages. Mais il manquait à son tableau de chasse d’autres boucs émissaires afin de se défausser. Ainsi, à l’occasion d’une réception à l’Élysée des députés UMP, le chef de l’État se comparant à ses prédécesseurs, s’en est pris violemment aux chiraquo-villepinistes, agacé sans doute par leur guérilla sur la réforme constitutionnelle au nom du gaullisme. En clair, Nicolas Sarkozy estime que Jacques Chirac a mal gouverné la France, reprenant ce thème de la rupture sur lequel il a construit sa campagne en se démarquant de son propre camp. Outre que le procédé était déjà curieux de la part d’un homme ayant participé à la plupart des gouvernements chiraquiens, on serait tenté de dire au Président qu’un an après son élection, tout cela appartient au passé et ne peut être invoqué pour le dédouaner des actions en cours. Par ailleurs, on verra le moment venu la vérité des chiffres pour savoir quel clan a le mieux gouverné le pays. Enfin, les attaques contre la presse sont un grand classique. Certes, il y a une part d’injustice dans les critiques à répétition, parfois haineuses, contre cet homme qui essaie de bousculer le conservatisme du pays pour l’adapter au monde. Mais la psychologisation du personnage, qui y a prêté le flanc, est désormais à la mode comme si le journalisme politique avait changé de nature.

 

 

 

 

02.04.2008

Un engagement logique

Jacques Chirac avait réduit notre engagement en Afghanistan, Nicolas Sarkozy va l’accroître (1). Cette décision constitue-t-elle, pour autant, le virage atlantiste dénoncé par une opposition pacifiste qui aurait aimé un Parlement votant à l’image du Congrès américain, ce que ne permet pas la Constitution ? Soyons clairs : en s’opposant à l’invasion de l’Irak, le précédent président fit preuve de clairvoyance car il n’y avait pas plus d’armes de destruction massive que de groupes d’al-Qaïda en liaison avec le régime de Saddam Hussein. En revanche, outre le régime médiéval des talibans, l’Afghanistan demeure le refuge du terrorisme international. Nos principaux alliés européens, comme la Grande-Bretagne et l’Allemagne, y sont engagés à des niveaux supérieurs. N’en déplaise aux tenants de la sanctuarisation du territoire français, il est normal que la France paie son écot à la lutte anti-terroriste dans le monde. De surcroît avec Londres, Paris est le seul pays à disposer d’un corps expéditionnaire d’environ quinze mille hommes. Enfin sans rien exiger, Nicolas Sarkozy espère qu’en contrepartie de cette bonne volonté manifeste à l’égard de Washington, les Etats-Unis comprendront qu’ils n’ont rien à craindre de l’émergence d’une défense européenne. Voire même qu’un commandement opérationnel sera confié aux Européens au sein de l’Otan. On se souvient que Chirac qui revendiquait le commandement sud à Naples avait essuyé un refus poli des Américains. Quoi qu’il en soit, présenter la réintégration de la France au sein de l’Alliance Atlantique comme une question théologique en contravention avec la doctrine du gaullisme, ne tient pas. Car elle est déjà largement entamée, la France participant à la plupart des manœuvres militaires. 1. L’annonce par Fillon de l’envoi de quelques centaines d’hommes supplémentaires semble en retrait du millier de soldats envisagés par Nicolas Sarkozy.

27.11.2007

Un président très conciliant

Après le grand asiate qu’était Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a redécouvert cet empire du Milieu qui présente la particularité d’avoir une forte croissance, une monnaie faible, une capacité de pollution invraisemblable, des coûts de production dérisoires et une option sur la direction future du monde. A tout le moins, la Chine a remplacé l’URSS dans la cogestion des affaires planétaires avec les Etats-Unis. Même si le général de Gaulle fut le premier à reconnaître la Chine populaire, la France, petite joueuse et grande donneuse de leçons, ne peut plus prétendre qu’à un rôle marginal sur cet échiquier géopolitique. Et son importance à venir dépendra de son rayonnement en Europe et de sa capacité à réformer son économie. Sarko en est bien conscient et a donc entamé son voyage par un acte de soumission spectaculaire en se privant de sa secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, la divine Rama Yade. Autant dire qu’avec un tel acte symbolique qui la ravale au rang de plante verte, le président indique que les choses sérieuses ont commencé. Certes, il ne va pas jusqu’à applaudir l’efficacité de la justice chinoise comme Ségolène Royal. Mais il donne des gages au nom de l’efficacité commerciale tant notre implantation entrepreneuriale sur place est dramatiquement sous-développée. Reste à savoir si c’est utile. A l’inverse, la seule chose qui intéresse les Chinois, c’est évidemment de s’approprier au meilleur prix nos technologies de pointe que sont Airbus ou le nucléaire. Espérons que nos grands groupes ne les bradent pas trop à ces redoutables négociateurs qui ne lâchent jamais rien. Et observons comment le président français, par sa technique de copinage avec les maîtres du monde, essaie de peser latéralement sur les dossiers diplomatiques les plus chauds. En particulier l’Iran, ou l’environnement en obtenant la signature d’une déclaration conjointe. Président d’un petit pays qui ne doit plus se prendre trop au sérieux pour se remettre à flot, c’est un vrai métier.

22.11.2007

Chirac en ligne de mire

Chirac au Conseil constitutionnel avec Giscard, Chirac avec Mandela pour parler de sa future fondation, Chirac chez les juges... on ne sait plus très bien où s’est arrêté le feuilleton. D’autant que c’est la deuxième confrontation avec les magistrats puisqu’en juillet dernier, il les avait reçus à son bureau. Le sujet était alors les emplois fictifs du RPR. Cette fois, il s’agit des chargés de mission de la ville de Paris dont l’ancien président reconnaît avoir autorisé le recrutement car ils étaient « légitimes et nécessaires ». La Justice est lente mais tenace. Et la justice financière que le juge van Ruymbeke estime en voie d’étranglement ne se porte pas si mal. Les affaires ayant empoisonné les deux mandats de Chirac ne le lâchent donc pas, surtout qu’il n’est plus couvert par son immunité pénale. Certes, des excès ont été commis que la loi sur le financement des partis politiques n’a fait qu’atténuer. Et de nombreux lampistes ont payé pour leur chef. A commencer par Alain Juppé particulièrement mal défendu comme s’il devait faire figure de bouc émissaire. Ou Michel Roussin, l’ancien chef de cabinet du maire de Paris, devenu ministre de la Coopération d’Edouard Balladur et auquel aucune avanie judiciaire ne fut épargnée. Devenu vice-président du groupe Bolloré qui eut le courage de lui tendre la main, Roussin n’en est pas moins amer quand il déclare en privé : « Cette justice ne fonctionne pas. Les dés sont pipés, le calendrier judiciaire étant organisé par le garde des Sceaux pour protéger l’Elysée. Ça m’aura plombé pendant 15 ans mais s’il le faut, je finirai sur une chaise roulante devant la Cour des droits de l’Homme. » Concernant Jacques Chirac, on peut considérer qu’il y a une part d’acharnement sur ce retraité de 75 ans qui a toujours réussi à passer entre les gouttes, protégé par ses fidèles spadassins, comme Dominique de Villepin qui trouva pour lui la formule « abracadabrantesque ». Premier ancien président mis en examen, voilà une distinction dont Chirac se serait bien passé.

21.11.2007

La réforme préalable à la croissance

L’absence de parole présidentielle pendant une dizaine de jours surprend. Surtout de la part d’un homme vibrionnant, prêt à s’emparer de tous les sujets et à donner constamment son avis. La tradition centralisatrice et monarchique y est pour beaucoup alors que le principe de négociations tripartites a été acté entre l’Etat, les entreprises et les syndicats. Malgré cette volonté affichée d’obliger les acteurs sociaux à la cogestion comme le font l’Allemagne ou les grandes démocraties scandinaves, le vieux fond révolutionnaire qui marque l’inconscient collectif est toujours là. Il faut mesurer la résistance du pouvoir central et si possible le faire plier. Sauf que la faiblesse du politique est alors génératrice d’angoisses supplémentaires sur le thème : il n’y a plus personne à la barre. C’est le sentiment qui prévalait à la fin de la présidence Chirac. Fort de sa légitimité toute récente, le chef de l’Etat est donc réintervenu dans le débat public pour souligner sa détermination. « On ne cédera pas et on ne reculera pas » a t-il dit. On ne peut-être plus clair. Cela lui impose néanmoins, s’il devait s’exprimer bientôt à la télévision, de faire œuvre de pédagogie sur les adaptations que nous impose la mondialisation. Tenir sur cette épreuve sociale est fondamental pour la suite du quinquennat. Le gouvernement Raffarin l’a fait durant trois mois pour l’alignement des retraites du public sur le privé avec 2 millions de personnes dans les rues. Et François Fillon était déjà aux manettes. Sauf que les bénéficiaires des régimes spéciaux ont des moyens de rétorsion spécifiques. Et veulent élargir l’assise de leur mouvement qui rencontrait hier celui de la Fonction Publique. « C’est un test majeur de crédibilité pour une feuille de route très lourde », estime Jean-françois Copé, président du groupe UMP. Si l’on veut redonner aux Français un pouvoir d’achat dilapidé par les 35 heures, il faut trouver un point de croissance supplémentaire dont cette première étape est le préalable.

15.11.2007

Le retour de Chichi

Jacques Chirac se rappelle à notre bon souvenir. Voilà un retraité heureux, ce qui ne fut pas toujours le cas de ses prédécesseurs qui s’écroulaient dès qu’ils avaient perdu le manche. On l’avait quitté un peu vite et les bons esprits toujours prompts à s’incliner devant le nouveau pouvoir issu des urnes, de ricaner sur ce président évanescent déjà oublié même si l’Histoire réévaluera sans doute son bilan à la hausse. Le genre pater familias vaguement « rad soc » dont le passage aux affaires n’a ni révolutionné les esprits, ni changé substantiellement les comportements. « Il ne voulait pas faire de peine aux Français » disait de lui Raymond Barre avant sa mort. Si l’épreuve de force pour laquelle on redoutait la réédition des grandes grèves de 95 devait tourner court, on réaliserait combien la société a changé en infligeant aux syndicats de cheminots une retraite en bon ordre. Chirac n’avait pas voulu brutaliser les Français comme le fit Margaret Thatcher Outre-Manche. Face aux risques de déclassement qui le guettent, le pays serait donc le dernier en Europe à s’adapter à la mondialisation, conscient sous l’aiguillon d’un président énergique, qu’il n’a plus le choix. Pourtant Chichi qui n’a guère été un grand modernisateur (hormis pour les armées, lui qui est resté militaire dans l’âme) revient sur la pointe des pieds au Conseil constitutionnel. Et ironie de l’Histoire, Giscard qui avait été plutôt absent ces dernières années au sein de l’institution, rapplique aussi sec comme s’il voulait marquer à la culotte son cher vieil ennemi. Voilà qui devrait redonner à cette noble institution un peu de vitalité alors que des débats de fond se profilent comme la loi sur l’immigration et les tests ADN. La présidentialisation du régime doit logiquement s’accompagner du regain d’un tel contre-pouvoir ainsi que du Parlement.

20.07.2007

L’auto-destruction des chiraquiens

Les chiraquiens, que beaucoup croyaient avoir oubliés, reviennent sur le devant de la scène par le biais des affaires judiciaires qui ont empoisonné le règne de l’ancien président, comme si une entreprise d’auto-destruction était en cours. Et Jacques Chirac, en une du Monde, de plaider pour une certaine indulgence à l’égard des responsables de partis que la justice accuse d’avoir financé leurs activités politiques de façon illégale. Soyons justes, des emplois fictifs ne peuvent être comparés à l’activité criminelle de narco-trafiquants. En revanche, malgré le vote de quatre lois successives, de nombreux politiques ont continué à pratiquer ce qui ressemblait fort à de « l’abus de bien social ». En haut de la pyramide, l’ancien chef de l’Etat, dont de nombreux lieutenants, tels Michel Roussin ou Alain Juppé, ont été sacrifiés à cause de ces pratiques douteuses, a accepté de comparaître devant la justice pour s’expliquer. C’est une première même si l’audition organisée dans ses bureaux, afin de conserver un minimum d’égards envers la fonction, ne couvre que la période précédant son élection de 1995. Pour ses deux mandats et en particulier pour l’affaire Clearstream qui prend un tour de plus en plus ténébreux, Jacques Chirac ne répondra pas aux juges en arguant de son immunité constitutionnelle. Dominique de Villepin pourrait être tenté d’adopter le même système de défense en expliquant que ses actes et, en particulier, une éventuelle manipulation visant Nicolas Sarkozy, relèvent de la Haute Cour de Justice puisqu’ils ne sont pas détachables de sa fonction de l’époque. Ce ne serait pas forcément le meilleur système de défense. Compte tenu des affirmations contradictoires de MM. Gergorin et Lahoud, qui se renvoient la balle, il n’est pas certain que l’ancien Premier ministre ait grand chose à craindre d’une juridiction de droit commun, qui aura du mal à prouver que Dominique de Villepin ait orchestré cette manipulation. En revanche, un passage en Haute Cour, qui serait là aussi une première, transformerait définitivement cette affaire en procès politique de nature à le poursuivre durant de longues années. L’affaire Clearstream étant à Villepin ce que fut celle de l’Observatoire pour Mitterrand, le choix de ses avocats sera décisif.

07.06.2007

Sarkozy dans les pas de Chirac

Pour sa première prestation devant les grands de ce monde, Nicolas Sarkozy doit surmonter deux handicaps. Démontrer que la France n’est pas marginalisée mais peut, au contraire, jouer un rôle utile, alors que l’Allemagne occupe désormais une place centrale en Europe, forte de son poids démographique, de sa croissance retrouvée et de ses réformes accomplies. Succéder à Jacques Chirac, doyen des chefs d’Etat dont l’aura internationale était incontestable pour cause de diplomatie active, contrairement à son inertie dans l’Hexagone. Le nouveau président français pourrait donc faire prévaloir une certaine forme de continuité, contrairement à la rupture annoncée, comme en témoigne l’embauche à ses côtés de l’ancien ambassadeur à Washington, Jean-David Levitte, l’un des meilleurs du Quai d’Orsay qui fut conseiller diplomatique à l’Elysée... Sur la lutte contre le réchauffement climatique, Nicolas Sarkozy reprend aussi la problématique du discours chiraquien de Johannesburg, en l’ancrant dans une obligation de résultat à l’horizon 2050 que refusent encore les Etats-Unis. Sur l’Afrique qui ne l’intéresse guère, si l’on en croit un voyage au Mali où il avait expliqué crûment que la France n’avait pas besoin du Continent noir, le président de la République devrait plaider pour une aide accrue au développement.
 
Reste l’envie inhérente au personnage de faire des coups. La libération d’Ingrid Betancourt, l’amie de Villepin à Sciences Po, en serait évidemment un. Et le chef de l’Etat, qui avait été mis devant le fait accompli d’une opération de sauvetage avortée lors d’un déplacement du ministre de l’Intérieur en Colombie, ne ménage pas sa peine. Mais rien n’est acquis, pas plus que sur le Darfour où les corridors humanitaires de Bernard Kouchner risquent de se heurter à l’intransigeance du président soudanais Bechir. Prudence donc même si l’audace est au rendez-vous.

05.06.2007

Socialisme et morosité

Désavoué pour n’avoir pas évolué, le PS s’enfonce dans la morosité après avoir perdu trois élections présidentielles consécutives. La démobilisation guette. Quant à Jacques Chirac, dinosaure politique rallié au socialisme à contretemps, on semble déjà l’avoir oublié. Il flotte donc comme un air de résignation à l’approche de ces élections législatives qui devraient logiquement donner au président Sarkozy les moyens de mener sa politique. Les bilans viendront ensuite. Certains socialistes, tel Bertrand Delanoë, reconnaissent que la société a changé. Et Dominique Strauss-Kahn a eu le tort de se laisser culpabiliser pour avoir proféré quelques évidences au soir du second tour. Sans doute aurait-il été un bien meilleur candidat du PS. Reste à savoir s’il saura faire preuve de la même détermination que Ségolène Royal pour prendre le pouvoir. À dire vrai, il n’y a que Laurent Fabius, accroché aux vieilles lunes d’antan, pour nier l’évidence. Car un vent d’optimisme souffle sur le pays, apparemment décidé à mener la réforme de l’État et à relancer son économie. Du côté syndical, on semble également prêt à se mettre autour de la table afin d’avancer d’un pas constructif. Il arrivera un moment où la France reconnaîtra les mérites de l’économie de marché.
Et le fait que la mondialisation, plus sûrement que tous les discours altermondialistes, a sorti 500 millions d’hommes et de femmes de la pauvreté. Dans ce contexte, François Hollande, qui était hier à Nantes, avec Ségolène Royal, s’apprête à abandonner le poste de premier secrétaire occupé pendant une décennie. L’homme n’a pas démérité mais les ambitions contraires des éléphants l’ont neutralisé. Sans parler du référendum européen qui lui fut fatal. Trop loyal à défaut d’être royal, il s’est laissé embarquer dans une procédure judiciaire contre deux journalistes du Monde (*). Lesquelles ont eu le malheur de pointer les ambivalences de la campagne socialiste, pimentée de quelques indiscrétions sur ce couple très médiatique. Au risque de bâillonner la liberté de la presse en faisant du respect absolu de la vie privée un système d’autoprotection des élites politiques.
(*) « La femme fatale », de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin chez Albin Michel.

22.05.2007

La force du désir

Il se baigne (contrairement à son prédécesseur qui ne mettait pas un orteil dans l'eau), il court mais pas seulement en jogging, d'une ville à l'autre, la semaine passée à Berlin puis Toulouse, aujourd'hui à Dunkerque, demain à Bruxelles, il embrasse sa femme en public, sur les lèvres, et lui concède un rôle sur les nominations à la tête de l'Etat, auquel ni Bernadette Chirac ni Hillary Clinton - aux Etats-Unis - ne pouvaient prétendre. Il ose nommer au Quai d'Orsay Bernard Kouchner que les socialistes tenaient en lisière parce que trop indépendant et trop populaire. Mais il propulse également Rachida Dati à une fonction à laquelle seule une aristocratie du pouvoir était jusqu'alors destinée. Il reçoit les syndicats avant même la cérémonie d'investiture et va jusqu'à tourner la tête du radical Jean-Michel Baylet qui envisage sur ses conseils de réunir sa famille avant de reculer sur la pression de ses amis. Au-delà de la présidentialisation du régime et d'une « pipolisation » évidente, Nicolas Sarkozy est tellement vivant qu'il nous donne déjà le tournis, secouant cette vieille démocratie française jusqu'alors dirigée par des hommes chenus qui aimaient « donner du temps au temps ». Des humanistes bon teint, cultivés mais déjà fatigués à l'image d'un pays que l'on pouvait croire atteint d'une crise de langueur. Le président Sarko réinjecte ainsi du tonus à l'action publique, sans états d'âme, bien décidé à profiter de son état de grâce pour accomplir des réformes qui n'ont que trop tardé. Ses adversaires le regardent passer comme une locomotive, d'un air un peu sidéré tels des adultes face à la vitalité des enfants qui les débordent. Alors bien sûr, les choses sont plus compliquées et de multiples contre-pouvoirs sauront canaliser l'énergie débordante de cet éternel adolescent. Il le sait et, avec une habileté non dénuée de perversité, trouvera des chemins de traverse pour parvenir à ses fins. Car la force du désir s'impose à ceux qui n'en ont pas. Au risque de la perpétuelle fuite en avant.

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