15.01.2009

Diffamation et gestion de crise

Tout homme a le droit à la présomption d’innocence et nous n’avons jusqu’à présent traité l’affaire Dray qu’avec la plus grande prudence, c’est-à-dire par une couverture factuelle de dépêches d’agences.

 Pourtant, à l’heure où notre confrère L’Est Républicain apporte de nouvelles révélations issues de l’enquête menée par la cellule Tracfin et alors que les avocats du député socialiste menacent Le Monde, Le Midi Libre et Le Journal du Dimanche de poursuites pour diffamation, il est difficile de faire l’impasse sur une affaire qui déstabilise la gauche. Comme jadis les révélations d’Urba-Gracco avaient ébranlé le régime mitterrandien. Sauf qu’en l’occurrence Julien Dray n’est pas un obscur financier du PS mais le représentant emblématique d’une génération qui se voulait morale, qu’il a été très proche de François Hollande et Ségolène Royal et qu’un soupçon d’enrichissement personnel pèse sur lui. Sans parler des tentatives de débauchage de Nicolas Sarkozy qui en aurait volontiers fait un ministre d’ouverture. Par le passé, certains élus socialistes furent injustement accusés, tel Dominique Strauss-Kahn qui démissionna de Bercy. Il sera blanchi par la suite. En réclamant la tenue d’un jury d’honneur, en invoquant la « dérive totalitaire » de la presse, voire même la tonalité antisémite de certains sites internet, ses avocats indiquent que l’accusé n’entend pas attendre un éventuel jugement de relaxe mais au contraire politiser l’affaire, et pourquoi pas invoquer la théorie du complot. C’est de bonne guerre tant il est vrai que le zapping médiatique détruit bien des réputations pour peu que l’on maîtrise mal la gestion de crise. Ce qui n’est pas le cas de Julien Dray, orfèvre en la matière.

14.01.2009

Tradition monarchique et fait parlementaire

Donner plus de pouvoir au Parlement, notamment dans la maîtrise de l’ordre du jour, est une démarche logique. Laquelle nous rapproche de la pratique en vigueur dans les grandes démocraties occidentales. C’est également conforme à la présidentialisation du régime amorcée par le quinquennat et poursuivie par Nicolas Sarkozy qui a fait quasiment disparaître la fonction de Premier ministre. Victime consentante, il l’avait même annoncé, François Fillon n’est plus qu’un chef d’état-major. Chacun sait qu’il n’aura joué aucun rôle dans le remaniement qui s’annonce. Au fond, Dominique de Villepin aura été le dernier Premier ministre de la V e République après qu’Edouard Balladur et Lionel Jospin eurent magistralement occupé la fonction en marginalisant le Président. Dans ce contexte d’effacement du chef du gouvernement, l’émergence d’un contre-pouvoir parlementaire est une exigence démocratique. Mais ce n’est pas la tradition française, volontiers monarchique dans laquelle Nicolas Sarkozy, faux libéral et vrai conservateur, s’est moulé avec aisance. Et encore, n’avons-nous sans doute rien vu puisqu’Alain Duhamel estime qu’il n’en est pour l’instant qu’à la « marche consulaire » ! C’est pourquoi la montée en puissance d’un Jean-François Copé à la présidence du groupe UMP agace l’Élysée, surtout depuis le rejet du travail le dimanche. Comme si les députés de la majorité étaient condamnés à rester des godillots manœuvrés par un adjudant. Certains en venant même à regretter le bon vieux temps du RPR avec Claude Labbé dont l’Histoire ne retiendra sans doute pas le nom. Même chose pour le temps de parole et le droit d’amendement dont l’opposition aurait le tort d’abuser au point d’être accusée d’obstruction, comme le firent les cadets de la droite au début des années 80. Chacun sait pourtant que c’est ainsi que l’opposition peut attirer sur elle l’attention des médias qui s’est détournée d’une institution parlementaire n’ayant plus qu’une fonction de chambre d’enregistrement. Partisan d’un compromis, Bernard Accoyer propose un « crédit-temps ». Mais si tel était déjà le cas, la reforme de l’audiovisuel public serait passée comme une lettre à la poste !

13.01.2009

L'immobilisme coupable

Réformer l'Éducation nationale pour l'adapter à la société, au monde, devrait être la chose la plus naturelle qui soit. Or, c'est devenu à l'évidence un sujet tabou, terriblement casse-gueule, sur lequel tous les dirigeants politiques de la V e République se sont épuisés. La toute puissance des syndicats de « l'Éduc », qui se sont longtemps posés en co-gestionnaires, et ne se donnent même pas la peine d'assister aux voeux du président, en est sans doute l'une des causes. L'autre, c'est bien sûr l'angoisse des jeunes face à l'avenir. Laquelle se prête à toutes les tentatives d'instrumentalisation. Certes, en reportant sa réforme à la rentrée 2010, le chef de l'État limite les risques. D'ici là, en jouant la carte de la concertation, il espère bien déminer le terrain. Pousser Martin Hirsch, déjà haut-commissaire aux Solidarités actives, au poste de haut-commissaire à la Jeunesse, est une idée astucieuse afin de pallier l'inexistence de Bernard Laporte dans ce domaine. Confier une mission sur le lycée à Richard Descoings, le patron de Sciences Po, qu'il a ouvert à la diversité, ne mange pas de pain. En revanche, tenir sur les suppressions d'effectifs sera une autre paire de manches tant le corporatisme reste inhérent à l'institution. Réputé bon ministre jusqu'à la fin de l'année 2008, Xavier Darcos a dû accepter sans broncher le repli tactique du président de la République. Toutefois, ce dernier serait plus crédible si lui-même n'avait pas encouragé les syndicats de l'enseignement contre le CPE lorsqu'il voulait déstabiliser le Premier ministre Dominique de Villepin, comme l'a révélé Bruno Julliard. Mais au-delà des jeux tactiques qui conduisent à l'immobilisme, chacun sait qu'au final les jeunes risquent d'en sortir perdants.

09.01.2009

Des Etats généraux de la presse différés

Certains éditeurs et syndicats de journalistes avaient d’emblée claqué la porte des États généraux de la presse, orchestrés par l’Élysée, en évoquant la mainmise du pouvoir politique sur ce qui aurait dû logiquement procéder d’une initiative de la profession.

Au vu des conclusions des quatre groupes de travail, qui ne comportent pas moins de 90 propositions d’inégale importance, on peut clairement affirmer que ces craintes étaient exagérées. La montagne a en effet accouché d’une souris, et on se prend parfois à regretter qu’au nom d’une prudence excessive les participants n’aient pas toujours su distinguer l’essentiel de l’accessoire. On retiendra néanmoins certaines propositions fort intéressantes, comme l’idée de réserver le taux réduit de TVA à la presse d’information générale et politique, en privant du même coup les magazines spécialisés de cette mesure de soutien. N’en déplaise aux éditeurs des magazines de planche à voile, ils n’occupent pas un rôle essentiel de défense de la démocratie.

De même, les suggestions d’ordre fiscal émises sur la question du portage apparaissent-elles judicieuses, tout comme le gel des tarifs postaux pour une année difficile. Même chose quant à la création d’un statut d’éditeur en ligne. Concernant les droits d’auteurs, les patrons qui souhaitent recycler la production des journalistes sur d’autres supports estimeront ne pas avoir été suffisamment entendus. Enfin, sur les questions de déontologie et de formation des journalistes, un travail de fond a été produit. On peut néanmoins se demander pourquoi les écoles de journalisme ont refusé l’instauration d’une sorte de numerus clausus alors que les filières de formation prolifèrent au même rythme que la précarisation du métier. Par peur d’enfreindre le « politiquement correct », certains participants n’ont-ils pas tout simplement décidé de s’en remettre à la loi du marché ? Il reste à savoir ce que le chef de l’État retiendra de cet ensemble de propositions, sérieux mais pas révolutionnaire.

08.01.2009

Gaza. Un demi-succès pour Sarkozy

En acceptant de faire un geste, les Israéliens ont permis au président français de sortir la tête haute de sa navette de 48 heures dans la région qui n’a, certes, pas abouti au cessez-le-feu espéré, mais a permis d’introduire l’aide humanitaire à Gaza.

Nicolas Sarkozy a su accoler sa démarche à celle du président égyptien rejeté dans un premier temps par le Hamas avant que ses dirigeants, réalisant qu’ils allaient être laminés par l’offensive israélienne, ne l’appellent au secours. Car l’organisation islamiste est aujourd’hui isolée dans le monde arabe. Elle a compris que Barack Obama n’interviendrait pas plus en sa faveur que George W. Bush. Et l’armée israélienne a tiré les leçons de son demi-echec au Liban en 2006 où elle avait subi la mort de plus d’une centaine de soldats. « L’État hébreu n’acceptera pas de perdre 2009 après 2006. Il y a toujours des risques mais l’opération militaire est cette fois beaucoup mieux ficelée », note un expert au Liban. Contrairement au Hezbollah qui avait pris le soin d’évacuer les civils du Sud-Liban, ce sont les familles et les enfants palestiniens derrière lesquels s’abrite le Hamas qui sont les plus exposées à Gaza. D’autant que ce réduit en forme de bande côtière offre peu d’échappatoire, d’où l’intérêt d’ouvrir des couloirs humanitaires. Encore faut-il sortir de la grille d’analyse traditionnelle d’un conflit israélo-palestinien auquel les accords d’Oslo ont tenté d’apporter une solution. Hamas comme Hezbollah apparaissent ici tels les bras armés de l’alliance irano-syrienne face à celle des Israéliens avec les Américains présents dans la région depuis l’invasion de l’Irak. Pour le président français, auquel personne ne peut reprocher d’avoir voulu agir face au drame palestinien, la déception viendrait plutôt du côté syrien après qu’il a remis Bachar el Assad en selle le 14 juillet dernier à Paris. Car Damas n’a toujours pas respecté sa promesse d’ouvrir une ambassade à Beyrouth comme si la Syrie rechignait toujours à l’émancipation du pays du cèdre.

24.12.2008

Brésil. Nicolas Sarkozy affiche la sérénité

Alors que la presse se préoccupait surtout de l'élégance de Madame, Nicolas Sarkozy a poursuivi hier son séjour brésilien en signant de précieux contrats.

Dans l'édition brésilienne de Marie-Claire, elle confie : « Je ne suis plus une croqueuse d'hommes ». « Carlita » fête aujourd'hui ses 41 ans et la presse brésilienne s'extasie sur les sandales qu'elle arborait la veille au concert de lancement de l'année de la France au Brésil, en présence de Gilberto Gil et Charles Aznavour. Le lendemain, la première dame assistait à un défilé « ethnique » à la mode « favela ». N'en déplaise à l'opposition qui stigmatise la vacance du pouvoir, le couple va séjourner jusqu'au 30 décembre dans la propriété d'un ami du père biologique de Carla. Du côté de Salvador de Bahia, laisse-t-on entendre chez les Brésiliens, l'Élysée restant d'une remarquable discrétion sur la question. Toutefois, le chef de l'État reviendra le 7 septembre dans la capitale Brasilia afin de fêter l'anniversaire de l'indépendance du pays. Entre-temps, 700 événements auront été organisés dans quatorze villes, notamment des opéras lyriques à Manaus ou des expositions d'impressionnistes. Une école de samba défilera lors du carnaval de Rio en février prochain sur le thème de l'histoire de France.

La méthode Sarkozy

Dans le « Jornal do Brasil », une caricature montre le président Lula s'adressant ironiquement à son homologue français : « Eh ! Les amis, vous êtes venus pour les affaires ou pour flirter ? » Il reste que le partenariat stratégique conclu entre les deux pays a pris une réelle consistance avec six milliards de contrats signés, entre hélicoptères et sous-marins, soit le double des contrats d'armement décrochés au cours de l'année écoulée (lire ci-dessous). Le chef de l'État semble satisfait de ce dernier voyage en tant que président de l'Europe qui lui permet de souligner le rôle accru du Brésil en matière d'intégration régionale. Nicolas Sarkozy applique toujours la même méthode. Il flatte ses interlocuteurs en vantant allègrement leurs mérites.

Les vertus d'un monde multipolaire

Après avoir été le meilleur allié de l'Amérique, il redécouvre les vertus du monde multipolaire au sein duquel le Brésil doit être reconnu, selon lui, à hauteur de son poids grandissant. Les règles contraignantes que le pays s'impose en matière de déforestation sont citées en exemple. Tout comme le formidable laboratoire de biodiversité représenté par l'Amazonie. Ainsi que la nécessité d'associer le pays à la refondation du système financier international, même si, comme tous les pays émergents, il est largement resté à l'écart de la crise. Nicolas Sarkozy qui entend multiplier les voyages en Amérique latine, en particulier au Mexique, l'autre grand du continent latino, estime que 2009 opposera les partisans de l'immobilisme à ceux du mouvement. Une petite musique bien connue. Dans une dialectique qui rappelle celle des années 60 en faveur d'un nouvel ordre mondial, il s'associe naturellement aux coups de boutoir des pays du Sud contre ceux du Nord. De Gaulle pratiquant le jeu de la bascule entre les blocs n'agissait pas autrement, même si ses tournées en Amérique latine s'étalaient sur plusieurs semaines.

« Une France éruptive »

2009 sera néanmoins marquée par le retour aux réalités sur la scène intérieure française. Inquiet d'une crise sociale qui l'a conduit à repousser la réforme des lycées, laquelle pouvait servir comme en Grèce de détonateur, Nicolas Sarkozy feint la sérénité. Beaucoup estiment néanmoins son équipe sous-dimensionnée pour affronter les turbulences à venir. « Je ne pense pas que la France soit fragile mais éruptive », aurait-il affirmé selon une source bien informée à l'Élysée.

23.12.2008

Brésil. Un insolent optimisme

Le soleil brille pour le Brésil malgré la crise ou l’adaptation à la mondialisation. Les indicateurs économiques sont au vert et le président Lula en accueillant son homologue français peut afficher un sourire plein d’optimisme.


C’est l’été en hiver à Rio de Janeiro. Aussi, la plage d’Ipanema ne désemplit guère, même durant la semaine, surtout quand le soleil reparaît. Entre adeptes du football et beautés métissées en string, le pays affiche sa joie de vivre et son insolente santé. Car le Brésil, fort de sa croissance et d’un endettement fortement réduit, voit l’avenir avec insouciance. Et le président Lula peut se targuer d’être déjà entré dans l’Histoire. Sous sa férule, le parti des travailleurs (TP) a abandonné ses oripeaux marxistes. Ce petit homme barbu, surgi du syndicalisme, a également consolidé l’alternance et entrepris d’éradiquer la misère par un système de bourses dont bénéficient onze millions de Brésiliens.


Deux millions d’emplois créés en un an

Certes, les écarts de revenus demeurent énormes et les favelas qui surplombent les plages à flanc de collines sont là pour le rappeler. Il n’est pas rare qu’après des descentes de police dans ces quartiers tenus par les trafiquants de drogue, lesquelles se soldent généralement par plusieurs morts, les gangs fassent irruption dans la ville afin de régler leurs comptes. Pour autant, contrairement à la vieille Europe, le Brésil affronte la mondialisation sans inquiétude. « Nous avons créé deux millions d’emplois depuis un an et nous ne succombons pas au pessimisme malgré la crise. Nous en sortirons plus forts », constate le président Lula devant les hommes d’affaires français et brésiliens qui participent au deuxième sommet Union européenne-Brésil. Avec une inflation désormais contrôlée et de bonnes réserves de change, le pays peut s’enorgueillir d’être devenu créditeur net. « Nous avons reçu un satisfecit des agences de notation qui ont fait faillite », ironise même Lula, comme si la crise financière mondiale lui était désormais indifférente.


L’effet de mode du Brésil


Le président brésilien n’en salue pas moins son homologue français comme « l’homme le plus optimiste du monde » et, face à ce géant dont l’appétit semble sans limite, Nicolas Sarkozy tempère les reproches de protectionnisme traditionnellement faits aux « 27 » : « Je sais que les Brésiliens sont inquiets pour leur agriculture. Mais leurs exportations ont été multipliées par trois en Europe », note le Français, qui achève sa présidence européenne en soulignant que « l’Europe croit en vous, à votre culture, à votre amour de la vie ». Dans ce pays, où la chambre de commerce franco-brésilienne fut créée en 1902, les liens sont anciens, même si la communauté française reste modeste (30.000 personnes). Trente-huit sociétés du CAC 40 sont néanmoins présentes au Brésil, qui connaît un effet de mode comme naguère Marrakech : Jean-Paul Gaultier, Alberto Pinto et Paco Rabanne viennent, en effet, s’y ressourcer.


L’effet Carla


C’est pourquoi « l’effet Carla », qui redécouvre ici ses racines paternelles, joue à plein. Deux pages en ouverture du « Jornal do Brasil » y expliquent que la première dame découvre aujourd’hui la favela Pavao-Pavaozinho. Auparavant, Carla Bruni-Sarkozy s’était rendue dans un hôpital du centre de Rio pour visiter une banque de lait maternel destinée à éviter la contamination aux enfants dont la mère est atteinte du sida. Pour celle qui est devenue ambassadrice mondiale des mères et des enfants victimes de la pandémie, on ne pouvait trouver mieux.
Hubert Coudurier

18.12.2008

Sabeg ou le modèle républicain

Au fond, Nicolas Sarkozy est plus un homme de tradition et de synthèse qu'il veut bien l'admettre. Il y avait quelque paradoxe à promouvoir la discrimination positive, injuste dans son principe, alors que les États-Unis l'ont peu ou prou abandonnée et que l'élection d'Obama, mal interprétée en France, apparaît d'abord comme celle d'une réconciliation entre communautés. En nommant Yazid Sabeg « commissaire à la diversité et à l'égalité des chances », le président de la République a fait un choix judicieux. Car l'homme est à la fois remarquablement intelligent, ouvert, sensible et déterminé. Sa réussite industrielle initiée à la Datar (*) et dans les milieux pétroliers, puis à la tête de l'ex-Compagnie des Signaux, il la doit d'abord à lui-même. À son énergie et à sa générosité qui en ont fait un homme rayonnant dans sa communauté et bien au-delà. Sabeg reste un exemple parfait d'intégration à la française, en clair de ce que le modèle républicain peut faire de mieux pour un enfant d'immigrés ayant su trouver les parrains les plus avisés pour accompagner son parcours dans la société française. Quand Nicolas Sarkozy dit « l'égalité des chances doit cesser d'être théorique pour devenir réelle », il semble abandonner des gadgets médiatiques pour entrer dans le dur d'une problématique complexe. Car Sabeg a beau plaider pour la discrimination positive, il n'en reste pas moins le pur produit de l'assimilation républicaine à une époque où tout était possible. Mais au fond, ce qui manque à de nombreux jeunes aujourd'hui, qu'ils soient issus ou non de banlieues, c'est d'abord l'existence d'un référent, c'est-à-dire d'un père qui n'a pas démissionné. La tâche est immense, d'autant que la période des Trente Glorieuses n'est qu'un lointain souvenir. Des déceptions sont donc prévisibles. C'est pourquoi il faut souhaiter bonne chance à Yazid Sabeg. (*) Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale.

17.12.2008

UE. Sarkozy l'Européen de l'année

Nicolas Sarkozy a clos, hier à Strasbourg, sa présidence de l'Union européenne, en affirmant que l'Europe l'« avait changé ». Il a promis qu'il ne renoncerait pas à peser sur sa marche une fois son mandat expiré.

Il y a chez Nicolas Sarkozy une force de caractère qui le conduit à supporter les attaques à répétition dont il est l'objet comme si les Français se construisaient sur lui. Sans doute est-ce le lot commun des politiques qui ne cessent de prendre des coups et se forgent dans cette résistance quotidienne aux épreuves. Ainsi, le président de la République qui n'oublie rien, mais dose soigneusement ses réponses aux outrages qu'on lui inflige, a-t-il ironisé sur Daniel Cohn-Bendit qui avait déjà qualifié au Parlement européen son comportement de « minable » à propos des Chinois. Cette fois, l'ancienne figure emblématique de Mai-68 l'a qualifié de « président girouette ». Sarkozy a alors indiqué que Cohn-Bendit, qui ne détestait pas venir déjeuner à l'Elysée et bénéficier au passage d'une escorte de motards, se montrait beaucoup plus mesuré dans l'intimité. Mais que les caméras le rendaient « fou ».

Acteur incontournable

En réalité, il faut rendre à César ce qui lui revient. Si l'on peut contester son action sur le terrain économique et social, sa diplomatie a fait preuve, jusqu'à présent, d'un remarquable réalisme. En rencontrant le dalaï-lama en Pologne, il a concilié les intérêts économiques du pays et la nécessité de ne pas se soumettre à Pékin. Sur l'invasion de la Russie en Géorgie, il a fait preuve d'un talent inégalé dans la gestion de crise, donnant à l'Europe un rôle qu'elle n'avait jamais eu. Même chose en organisant le G-20 à Washington, accueillant pour la première fois les pays émergents. Sa présidence européenne cumulée à l'agonie de la présidence Bush, qui lui avait permis d'effectuer une percée au Proche-Orient, en a fait un acteur incontournable de la scène internationale pendant quelques mois.

Un homme obstiné

N'en déplaise à Newsweek qui semble lui reprocher d'avoir établi des rapports privilégiés avec Gordon Brown et José Luis Zapatero, Nicolas Sarkozy a réussi à déborder Angela Merkel, faisant oublier l'humiliation du « non » au référendum européen. Sur les dossiers de fond, il faudra plus de temps. Mais ce petit homme obstiné n'est-il pas en train de refaire de la France un grand pays qui retrouve son rayonnement traditionnel ?

16.12.2008

De l'art du compromis et du passage en force

Xavier Darcos, ministre de l'Education, s'inquiète de la situation « dans une certaine mesure inacceptable et dangereuse » à Gaza où les Israéliens ont accru le blocus. Cette prise de distance à l'égard de l'Etat hébreu est fort intéressante, mais on attendait sa parole sur la scène hexagonale où il devait présenter aujourd'hui sa réforme de la seconde. Or, la montée en puissance des mouvements lycéens a conduit l'Elysée à suspendre provisoirement la réforme qui devait entrer en vigueur à la rentrée 2009. Pas assez bien expliquée, a jugé le Premier ministre François Fillon ayant estimé que le gouvernement n'était pas à « trois mois près ». « Je n'aime pas avoir des lycéens dans la rue, ils peuvent faire n'importe quoi. Aujourd'hui, il n'y a pas de coordination ni d'interlocuteurs. Ce qui est demandé est extrêmement vague », nous confiait, hier, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, sans doute alertée de la situation en Grèce. Ainsi, le président de la République a joué la prudence même si, selon les confidences de Bruno Julliard, ancien président de l'Unef devenu secrétaire national du PS à l'Education, Nicolas Sarkozy avait clairement manqué à la solidarité gouvernementale durant la crise du CPE en soutenant les syndicats qui s'opposaient au Premier ministre Dominique de Villepin. Une reculade rapide et sans bavures vaut mieux qu'une retraite après des semaines de résistance, juge l'Elysée qui joue constamment sur la réactivité et la mobilité. Il reste qu'un retrait définitif serait désastreux pour les lycéens dont beaucoup n'ont pas forcément compris le sens de la réforme. D'autant qu'il ne s'agit que du début d'un processus visant à mieux adapter l'école à son environnement. Autrement dit, ce n'est pas leur rendre service que de céder constamment. Contesté sur le dossier de l'audiovisuel public où il a montré sa nature autoritaire en affaiblissant le CSA, le pouvoir a donc besoin d'un succès sur le travail du dimanche. Voire même d'un passage en force qui laisse peu de chances au compromis, à vrai dire bancal, de Jean-François Copé.

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