11.09.2008
Les raisons d'un recul
Fantasme, désinformation : la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie, dite MAM, ce qui en fait un peu la mère fouettarde du gouvernement, sait parfaitement manier la langue de bois quand la nécessité s'en fait sentir. Dans cette affaire du fichier Edvige, Nicolas Sarkozy a très vite compris qu'il y avait un risque de coagulation socialo-centriste qui risquait, de surcroît, d'ébranler son gouvernement. Car le ministre de la Défense, Hervé Morin, qui pilote le groupe centriste allié à l'UMP, n'aurait pas réagi de la sorte s'il n'avait pas senti que le président du MoDem, François Bayrou, pouvait en faire son cheval de bataille. Certes, Morin ne constitue pas un point d'appui indispensable pour aider l'UMP à obtenir à l'Assemblée la majorité qu'elle détient déjà. En revanche, organiser le débat sur les libertés publiques au sein de la majorité permet d'éviter qu'il se tienne à l'extérieur. Inutile de donner aux socialistes la force qui leur manque aujourd'hui pour polariser l'opposition autour d'eux. C'est pourquoi les remontrances de François Fillon étaient-elles purement formelles et le Premier ministre s'est presque excusé auprès de son ministre de s'être aventuré sur un terrain aussi hasardeux. Car une fois de plus, Fillon a été désavoué par son chef en raison de nécessités purement tactiques. Après la réforme de l'ISF, la semaine passée, cela devient une habitude. Le président de la République a été d'autant plus prompt à recadrer l'action gouvernementale sur ce terrain glissant qu'il est soucieux de ne pas obérer la remontée qu'il amorce dans les sondages. Enfin, en ce 7 e anniversaire des attentats du 11-Septembre, on ne peut pas dire que les Français ressentent le danger terroriste aussi intensément que les Américains. La menace est présente surtout depuis notre engagement accru en Afghanistan. Mais les entorses au droit ne peuvent, au pire, être tolérées qu'en période de traumatisme national. Ce qui n'est plus le cas depuis les attentats de 1995.
08:28 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Fichier Edvige, Michèle Alliot-Marie, Nicolas Sarkozy, Hervé Morin, François Fillon, Hubert Coudurier
25.07.2008
Hervé Morin le supplétif
Hervé Morin a eu l’intelligence ou l’opportunisme, selon le point de vue que l’on adopte, de négocier son ralliement à Nicolas Sarkozy quand François Bayrou s’enfermait dans une posture d’opposant intransigeant. « Soit tu soutiens Sarko, soit tu passes un accord avec le PS », a-t-il lancé au président de l’UDF qui ne voulait pas choisir. Et du coup, Morin a décidé d’incarner un groupe parlementaire issu de l’UDF alors que Bayrou n’a plus de troupes. Certes, c’est un dispositif d’appoint qui ne peut prétendre au rôle de parti charnière puisque l’UMP dispose de la majorité à elle seule. Mais Morin ne désespère pas d’influencer le parti majoritaire et dit à Fillon que tant qu’à avoir sauvé ce groupe centriste, autant le laisser exister. Ce rôle de supplétif, il l’exerce également à la tête du ministère qui est le sien puisque toutes les décisions se prennent à l’Elysée. Rien d’anormal d’ailleurs puisque le Président est chef des Armées même s’il laisse le soin au Premier ministre, responsable des arbitrages, de dévoiler les conséquences de la réforme qu’il avait soigneusement dessinée. Après quelques couacs de départ qui pouvaient faire douter de sa longévité au sein du gouvernement notamment sa phrase sur l’incapacité de Dassault à exporter son Rafale, le ministre, jugé un peu « dilettante », a trouvé son rythme de croisière et approfondi sa connaissance des dossiers. Cette réforme que les militaires attendaient se traduira par une économie de deux milliards d’euros par an, déduction faite des coûts de restructuration. On ne peut pas dire qu’elle ait été réalisée sur des critères politiques puisque l’Est, région à dominante sarkozyste lors du scrutin presidentiel, est la plus durement touchée tandis que des hauts responsables socialistes, tel François Hollande, sont épargnés dans leur circonscription. Et le gouvernement montre qu’en l’occurrence, l’aménagement du territoire n’est pas mort. Au total, le supplétif démontre qu’il est parfois plus efficace de rentrer dans le rang. Hubert Coudurier
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