Jacques Chirac l’a appelé pour lui dire : « Je pense que tu vas être élu ». Bernadette, qui lui avait glissé « heureusement qu’on vous a », au lendemain des élections régionales, était, hier, avec lui en meeting à Lyon. Entre-temps, elle avait chanté ses louanges dans une interview au Nouvel Obs après l’avoir longtemps traité en privé de « petit saligaud » pour sa « trahison » de 1995. Mais c’est surtout avec Jean-Marie Le Pen, qu’il fut le seul à affronter en débat, que les relations du président de l’UMP se sont normalisées. En effet, le président du FN, qui se voit au second tour, dit rarement du mal de Nicolas Sarkozy qui entend bien lui rafler son fonds de commerce. Ainsi, le discours du candidat de l’UMP s’est-il durci pour être compatible avec les électeurs d’extrême droite en leur démontrant que le vote utile passe par lui. Refusant de retourner en banlieue pour ne pas être la cible d’une provocation, il estime que les évènements de la gare du Nord l’ont largement servi. Il a d’ailleurs grossi le trait afin de faire passer ses concurrents pour d’incurables laxistes, faisant perdre à Ségolène Royal ses soutiens à droite. Stigmatisant les adeptes de la repentance et prenant le parti des rapatriés, tout comme celui des marins-pêcheurs absous de l’incendie du Parlement de Bretagne, comme si leur violence était plus légitime que celle des casseurs de banlieue, estimant dans un entretien à Philosophie Magazine qu’il n’est pas loin de « penser qu’on naît pédophile », Sarko s’affiche résolument à droite comme on ne l’avait pas fait en France depuis 25 ans. De fait, ce qu’il gagne chez les sympathisants FN, il le perd dans l’électorat UDF. Ce faisant, il sort d’une soumission à l’égard d’une idéologie dominante que Jacques Chirac, avec son tempérament rad-soc, aura prolongée et annonce le temps de la confrontation au sein de la société française. En polarisant l’élection, Sarko, qui pense que la cristallisation des intentions de vote se fera durant le week-end de Pâques, est-il en passe de la gagner ?