18.09.2007

Brice Hortefeux régulateur migratoire

La nouvelle loi sur l’entrée des étrangers en France montre, si cela était nécessaire, que la France, avec sa volonté de juguler les flux migratoires, est encore loin d’être un pays libéral. Il est toutefois normal qu’avec une législation sur l’emploi très contraignante, un pays fixe des limites à ses capacités d’intégration. Même aux États-Unis où la souplesse du marché du travail facilite plus de dynamisme économique, la pression démographique exercée par les latinos a engendré des lois restrictives contraires à la tradition d’accueil. L’immigration a beau être une source d’enrichissement et de rajeunissement pour des populations vieillissantes, certains indicateurs marquent des seuils à ne pas dépasser, pour autant que l’on puisse vraiment contrôler de tels flux. Durcir le regroupement familial et favoriser l’immigration de travail tout en accélérant les procédures d’expulsion pour ceux qui sont en situation irrégulière, découle de la campagne du candidat Sarkozy. Elle fut centrée dans sa dernière ligne droite (c’est le cas de le dire) sur l’identité nationale, au-delà des envolées lyriques à propos du patrimoine intellectuel français, concoctées par Henri Guaino. Depuis la petite phrase de Michel Rocard sur le thème « la France ne peut accueillir toute la misère du monde », et les émeutes urbaines de novembre 2005, ce constat est largement partagé au sein de la classe politique, en particulier chez les maires socialistes des grandes villes, débordées par les problèmes de délinquance. Les réactions circonspectes de Bernard Kouchner ou Fadela Amara qui ne représentent qu’eux-mêmes n’y changeront rien. Que Nicolas Sarkozy ait confié la gestion de ce problème à Brice Hortefeux, méchamment taxé d’homme lige du Président, n’est pas étonnant. Ce fidèle discret sait courber l’échine quand il le faut. Le chef de l’Etat lui fit ainsi porter le chapeau d’un léger appel du pied au FN par le biais d’un hypothétique retour à une dose de proportionnelle, tandis que lui envoyait un méga-signal en annonçant la création de son ministère de l’Identité. Hortefeux, qui fut le seul à résister un temps à l’emprise de la première dame sur le candidat, quitte à être privé de maroquin, est du genre dévoué. À qui l’on confie le sale boulot. Même s’il entend bien être aussi le ministre du co-développement.

06.04.2007

Sarko mise sur la polarisation

Jacques Chirac l’a appelé pour lui dire : « Je pense que tu vas être élu ». Bernadette, qui lui avait glissé « heureusement qu’on vous a », au lendemain des élections régionales, était, hier, avec lui en meeting à Lyon. Entre-temps, elle avait chanté ses louanges dans une interview au Nouvel Obs après l’avoir longtemps traité en privé de « petit saligaud » pour sa « trahison » de 1995. Mais c’est surtout avec Jean-Marie Le Pen, qu’il fut le seul à affronter en débat, que les relations du président de l’UMP se sont normalisées. En effet, le président du FN, qui se voit au second tour, dit rarement du mal de Nicolas Sarkozy qui entend bien lui rafler son fonds de commerce. Ainsi, le discours du candidat de l’UMP s’est-il durci pour être compatible avec les électeurs d’extrême droite en leur démontrant que le vote utile passe par lui. Refusant de retourner en banlieue pour ne pas être la cible d’une provocation, il estime que les évènements de la gare du Nord l’ont largement servi. Il a d’ailleurs grossi le trait afin de faire passer ses concurrents pour d’incurables laxistes, faisant perdre à Ségolène Royal ses soutiens à droite. Stigmatisant les adeptes de la repentance et prenant le parti des rapatriés, tout comme celui des marins-pêcheurs absous de l’incendie du Parlement de Bretagne, comme si leur violence était plus légitime que celle des casseurs de banlieue, estimant dans un entretien à Philosophie Magazine qu’il n’est pas loin de « penser qu’on naît pédophile », Sarko s’affiche résolument à droite comme on ne l’avait pas fait en France depuis 25 ans. De fait, ce qu’il gagne chez les sympathisants FN, il le perd dans l’électorat UDF. Ce faisant, il sort d’une soumission à l’égard d’une idéologie dominante que Jacques Chirac, avec son tempérament rad-soc, aura prolongée et annonce le temps de la confrontation au sein de la société française. En polarisant l’élection, Sarko, qui pense que la cristallisation des intentions de vote se fera durant le week-end de Pâques, est-il en passe de la gagner ?

07.03.2007

Sarko avocat de Le Pen

La société française a décidément bien changé. Il fut un temps où Laurent Fabius se faisait incendier pour avoir dit de Le Pen qu’il apportait de mauvaises réponses à de bonnes questions. Désormais, Nicolas Sarkozy peut appeler les maires à parrainer le chef du Front national au nom de la démocratie et en être remercié par le père et la fille. Ce qui pour le président de l’UMP, qui a déjà capté une partie de ses électeurs devrait être « tout bénef » en vue du report de voix au second tour. Sans parler du risque qu’un autre candidat de droite ne profite du vide pour se lancer. Un espoir que caressa, un temps, Dominique de Villepin. Ou de l’éventualité que Philippe de Villiers reprenne du poil de la bête. Ou que les électeurs du FN ne sanctionnent l’UMP. Toutefois, comme dédiabolisation, on ne fait pas mieux. Mais l’air du temps a changé. Il suffit d’écouter la manière dont les journalistes interrogent désormais ce dinosaure de la politique française. Plus de mines outragées. Sa qualification au second tour en 2002 l’a respectabilisé et Marine Le Pen y a aussi contribué. Mais pour le vieil extrémiste, il y a aussi le revers de la médaille. L’épouvantail s’est banalisé, ses idées ont été récupérées et François Bayrou s’est imposé comme le troisième homme.
Comme si le corps électoral avait suffisamment joué avec le feu en 2002 pour ne pas privilégier cette fois les vertus de l’équilibre et d’une tempérance très française que théorisait en son temps Valéry Giscard d’Estaing. Et si le baiser de Sarko à Le Pen était du genre qui tue, comme le fit naguère Mitterrand avec les communistes ?