02.01.2009

Vœux présidentiels. Comment positiver sur la crise ?

Mercredi soir, lors de ses vœux aux Français, à la tonalité bien sombre, Nicolas Sarkozy a annoncé une année 2009 de « crise », d’efforts et de réformes.

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31.10.2007

La transparence inflationniste

En revendiquant une augmentation de salaire qui aligne le sien sur celui du Premier ministre, le président de la République manifeste une nouvelle fois sa relation décomplexée à l’argent. Personne, avant lui, n’avait osé le faire. Et on avait déjà vérifié cette attitude lors de sa croisière de milliardaire sur le yacht de Vincent Bolloré ou à l’occasion de ses vacances d’été outre-Atlantique. Dans un pays d’une culture catholique comme la France, personne n’aime donner spontanément son salaire, contrairement aux États-Unis. De surcroît, l’idéal révolutionnaire qui nourrit notre inconscient collectif a engendré des réflexes égalitaristes qui s’accommodent mal des inégalités sociales, pourtant croissantes. Nicolas Sarkozy bouscule ces conceptions traditionnelles. Certes, il est anormal que le chef de l’État soit moins bien loti que le Premier ministre. D’autant que ce dernier a été transformé en sous-fifre par la présidentialisation du régime. Il reste que la contrepartie logique serait que Nicolas Sarkozy règle ses dépenses personnelles, comme le suggère le député socialiste René Dosière, spécialiste budgétaire des finances du « château ». Car chacun sait que le locataire de l’Élysée ne débourse jamais un centime. Ainsi, quand l’ancien secrétaire général, Jean-Louis Bianco, laisse entendre que François Mitterrand réglait ses notes de restaurant, il fait doucement rigoler pour qui a connu la propension du « Sphinx » à se faire systématiquement inviter. La volonté de rendre l’Élysée plus transparent en y affectant les dépenses de personnels prélevées sur les autres ministères apparaît comme une bonne chose. Encore faudrait-il que cette transparence ne soit pas un leurre, car on sait, depuis l’arrivée de M. Sarkozy rue du Faubourg Saint-Honoré, que la rotation des chauffeurs et des maîtres d’hôtel a atteint un niveau inégalé. Pas question, semble-t-il, de réduire son train de vie et on l’imagine mal installer, comme le général De Gaulle, un compteur électrique personnel pour ses appartements privés.

17.05.2007

La génération Sarkozy

Dans notre rapport névrotique au pouvoir, le couple présidentiel c’est comme une figure parentale au sommet de la France. Sauf qu’avec le départ des Chirac et l’arrivée des Sarkozy, les parents cèdent la place aux enfants. Ou du moins à ceux de ma génération. Preuve que nous vieillissons. Nous n’aurons pas la cruauté de nous réjouir du départ des anciens, mais il était temps de rajeunir les cadres. Même si Chichi et Bernie étaient devenus indémodables à force de faire partie des meubles de la République. Au risque de s’incruster avec la seule ambition de durer. Lors de l’installation des Clinton à la Maison Blanche, toute la flower génération, celle des hippies, s’était reconnue en eux. En ira-t-il de même pour la famille Sarkozy dont l’aréopage recomposé hésitait, hier, entre le Festival de Cannes et le Rocher de Monaco ? Telle est l’ambition de Nicolas Sarkozy dont l’apparence new-look peut dépoussiérer la fonction présidentielle sans en modifier substantiellement l’essence. « Il est allé à son tour sur le terrain de l’homme en charge de l’essentiel qui doit tenir en main tous les fils de l’écheveau national et social », nous confiait, hier, un chiraquien. Giscard avait son style pédagogue et rationnel, Mitterrand était plus littéraire et florentin, quant à Chirac, il faisait toujours officier de cavalerie un peu raide et au verbe pauvre. Sarkozy l’avocat entend bien utiliser son aisance oratoire pour convaincre et agir. Il se rapprocherait presque d’un Mitterrand (de droite) avec son talent pour faire l’acteur et embrouiller son monde comme le montre la très probable nomination de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay. L’ancien confident du président socialiste, Georges-Marc Benamou, a d’ailleurs rejoint l’Élysée au moment où Cécilia, qui promet d’être une dame d’influence, éjectait quelques compagnons de route qui s’y voyaient déjà. Reste que c’est aux actes plus qu’aux mots qu’on jugera l’homme. Car les discours ne trompent plus personne.

29.11.2006

Chirac. Anniversaire et retour aux sources

Jacques Chirac est comme le vin, il se bonifie avec l’âge. Si l’on compare sa fin de règne à celle, calamiteuse, de François Mitterrand, elle est exceptionnelle, en ce jour anniversaire où il fête ses 74 ans. Sans doute parce que l’homme est jugé avec sympathie, même si les trois quarts des Français considèrent qu’il a fait son temps et seraient hostiles à un nouveau mandat. Certes, comme à de multiples reprises durant sa très longue carrière politique, le président n’est pas passé loin du gouffre. Coup sur coup, l’échec du référendum européen, son attaque cardio-vasculaire et les émeutes urbaines avaient installé l’image d’une présidence poussive, déconnectée des réalités. A l’heure des bilans, les Français semblent néanmoins réaliser que tout n’est pas négatif, en dépit d’une tendance prononcée au statu quo.
Présidence un peu « radsoc »
Professionnalisation des armées, diplomatie active qui fait que la France est encore un pays écouté sur la scène internationale, réforme des retraites (l’une des rares à avoir été accomplies sur la scène intérieure, si l’on excepte une nette amélioration de la sécurité routière), loi sur le voile, doublée d’une réaffirmation constante des principes républicains, se traduisant par l’hostilité à la discrimination positive.
  
C’est une présidence un peu « radsoc » qui s’achève, soucieuse de ne pas bousculer les grands équilibres dans un pays traditionnellement gouverné au centre, mais aujourd’hui en pleine ébullition. Reste une inquiétude persistante sur le front du chômage, avec des chiffres à nouveau médiocres, malgré l’amélioration des derniers mois.
Attendu sur la résorption de la fracture sociale, Chirac y a consacré des moyens importants à travers l’action de rénovation des quartiers, entreprise par Jean-Louis Borloo.
La droite affaiblie
En revanche, le rejet du CPE par la jeunesse et la difficulté de s’attaquer au noyau dur de l’insécurité ont affaibli la droite, désormais confrontée au phénomène Royal, qui annonce des lendemains qui chantent. En amplifiant ce que la principale intéressée qualifie fort habilement de « révolution » par des déclarations comme celle de Bernadette sur « le temps des femmes », le président risque néanmoins d’être accusé de jouer contre son camp. Bref, de terminer sa carrière comme il l’a commencée.

15.07.2006

Président jusqu'au bout

Exercice difficile que cette dernière allocution du 14-Juillet pour un homme en fin de règne que beaucoup jugent en fin de course. Comment peser jusqu’au bout, ne rien céder de son pouvoir, tout en orientant autant que faire se peut la succession qui s’annonce.
Servi par l’escalade au Proche-Orient, Jacques Chirac, que les Français créditent d’un bilan positif en politique étrangère, n’a pas eu à forcer son talent pour jouer la carte de la dramatisation. Certes l’influence française reste limitée dans cette zone où le couple américano-israélien tente de faire bouger les lignes au prix de lourdes pertes humaines. Dressant un parallèle avec la guerre en Irak à laquelle il s’était clairement opposé, Chirac a rappelé les risques d’une instabilité accrue dans cette région où la diplomatie française joue inlassablement les bons offices. L’occasion de rendre hommage aux organisations humanitaires qui œuvrent notamment au Darfour et d’évoquer ce combat pour le développement auquel l’Elysée apporte une contribution constante. Pour autant, la France n’a pas pour vocation d’accueillir tous ceux qui veulent y vivre, une manière de reprendre la formule de Rocard sur la «<TH>misère du monde<TH>». Surtout avec une protection sociale aussi généreuse qui suscite un tel engouement.
Dans ce contexte, le chef de l’Etat a légitimé la démarche de son ministre de l’Intérieur à l’égard des enfants scolarisés de sans-papiers, faisant porter sur l’administration le tort de ne pas avoir traité avec plus de célérité leur cas. De là à introniser Nicolas Sarkozy avec lequel ses relations sont désormais «<TH>très bonnes<TH>» en lui accordant la qualité homme d’Etat, cela semble relever de la politique-fiction pour le monarque républicain de la V<MD+>e</MD> qui n’a pas dit son dernier mot.
Un peu laborieux au début de son intervention puis très pugnace pour défendre les atouts de la France, Chirac a rappelé son intention de poursuivre les réformes tout en évoquant brièvement un bilan jugé maigrelet par comparaison à ce que font notamment les Allemands. Après avoir pris ses contradicteurs à contre-pied lors de sa précédente intervention qui confirmait le Premier ministre à son poste en évoquant une «<TH>ébullition politico-médiatique<TH>», le président se veut plus que jamais dans l’action, bref utile au pays. Conforté par l’énergie de l’équipe de France qui l’a peut-être fait remonter dans les sondages, Chirac n’entend pas lever le pied.