22.10.2008

DSK est devenu une cible

La presse américaine va-t-elle s'agripper longtemps à Dominique Strauss-Kahn ? On le sait, les Anglo-Saxons ont une réputation solide en matière de liberté et de qualité éditoriale. Contrairement aux Français qui versent volontiers dans l'idéologie, l'approximation et une certaine connivence avec les pouvoirs en place (on lèche, on lâche et on lynche, selon une formule ayant fait ses preuves), les médias outre-Atlantique vont au bout de leurs enquêtes. Certes, le président du FMI, grâce à ses communicants Stéphane Fouks et Ramzy Khiroun, a vite et bien réagi, sa femme, la journaliste Anne Sinclair, ayant fait preuve d'une élégance admirable en la circonstance quand d'autres se seraient contentées d'un service minimum. Mais après avoir dégainé sur la liaison avec l'une de ses collaboratrices, le Wall Street Journal a enchaîné hier sur un autre terrain avec une jeune stagiaire amie de la famille et présentée comme une « protégée politique ». Toujours ce soupçon de favoritisme, démenti en l'occurrence par un porte-parole du FMI, qui avait entraîné la démission de Paul Wolfovitz, ancien président de la Banque Mondiale ayant lui aussi eu des problèmes de maîtresse. Quelle sera la prochaine salve ? C'est que par sa légèreté, DSK s'est fragilisé à un poste très convoité. Aussi bien par les Russes et les Japonais, sans parler des Américains qui n'entendent pas laisser les Français s'ériger en architectes d'un nouveau Bretton Woods (*) même si les États et les banques centrales étaient jusqu'alors les seuls vraiment concernés. Mais quel sera à l'avenir le poids du patron de l'institution monétaire dont Nicolas Sarkozy avait favorisé la nomination, renforçant par là même l'influence française dans les instances internationales ? Si l'on imagine mal une démission comme celle de Jacques Attali à la Banque européenne de développement (Berd), on peut penser que l'autorité dont jouissait DSK sortira diminuée de cette affaire. Quoi qu'il en soit, l'enjeu ne concerne pas seulement l'image de la France mais aussi l'avenir d'un présidentiable socialiste qui avait alors toutes les cartes en mains pour revenir en force en 2012. (*) Du nom de la conférence qui, en juillet 1944, a jeté les bases d'un nouvel ordre financier et monétaire.

21.10.2008

Sarkozy s’épanouit dans la crise


Même s’il accuse une petite fatigue, Nicolas Sarkozy s’épanouit dans la crise. Comme s’il était désormais en campagne électorale à l’échelle mondiale avec une énergie dont les Français lui donnent quitus puisqu’il progresse dans les sondages et réduit l’écart avec son Premier ministre dont la popularité l’agaçait tant.


Sautant d’un avion à l’autre, il était à Québec, puis Camp David le week-end dernier, il sera à Pékin le week-end prochain pour un sommet Europe-Asie. Mais entre-temps, le Président aura reçu la commission Balladur sur la réforme des territoires, planché devant les députés européens pour dresser un premier bilan de la présidence française du Conseil européen, effectué un déplacement à Annecy-le-Vieux dans la circonscription du président de l’Assemblée, Bernard Accoyer, conspué pour avoir suggéré l’idée d’une amnistie fiscale. Le PS l’accuse d’être un « régulateur à éclipses » qui souhaite refonder le capitalisme aux États-Unis sous l’œil sceptique du Président Bush, qui ne peut rien lui refuser vu que le Français est l’un des derniers à lui tendre la main, tout en poursuivant une politique libérale en France. Mais tant que l’opposition n’a pas désigné de chef, elle restera inaudible. D’autant que les conséquences de la crise financière sur l’économie réelle commencent à peine à se faire sentir. Pour l’heure, les Français souhaitent qu’il y ait un pilote dans l’avion et pensent qu’il n’y a pas d’alternative à l’activisme d’un chef de l’État qui fait au mieux. Même si son comportement léger ne choque guère dans notre vieux pays latin, DSK s’est fragilisé. Et Ségolène Royal a été la seule à ne pas le soutenir ouvertement, elle dont on commence à dire que le score au congrès de Reims pourrait réserver des surprises.

20.10.2008

Un vrai besoin de vigilance

Accusé d’avoir abusé de sa position à la tête du FMI, Dominique Strauss-Kahn a décidé d’affronter la crise sans se cacher. Un choix qui semble être le bon dans un climat propice aux règlements de compte.

Anne Sinclair se trouve aujourd’hui dans le rôle d’Hillary Clinton soutenant naguère Bill, « The Comeback Kid », malgré ses frasques amoureuses. Mais en reconnaissant d’emblée son infidélité, DSK a évidemment fait le bon choix. Si l’enquête en cours au FMI le dédouane de tout favoritisme à l’égard de la jeune femme avec laquelle il a entretenu une brève liaison, il pourra se maintenir à son poste. Car l’affaire semble avoir été opportunément ébruitée par la Russie qui revendiquait le poste (à moins que les Américains, agacés par les prophéties anticapitalistes de Sarko, n’y aient mis leur grain de sel). Il s’agirait donc d’un règlement de comptes. Et ce n’est pas en France, nation latine par excellence, que l’on condamnera cette aventure extraconjugale, n’en déplaise à ses rivaux, qui en feraient volontiers une exploitation médiatique pour le disqualifier à la présidentielle de 2012. Autrement dit, rien ne sert de monter cette petite affaire en épingle. En revanche, celle des carnets d’Yves Bertrand menace de tourner à l’ouverture de la boîte de Pandore. En effet, certains envisagent de révéler une liste de journalistes qui auraient été régulièrement « arrosés » par l’ancien patron des RG. Lequel recevait tous les soirs des confrères pour s’informer, tout en leur glissant quelques menus secrets. Ce qui ne veut pas dire qu’ils touchaient des enveloppes pour diffuser des rumeurs.

Foisonnement dangereux d’officines 

 De telles pratiques, qu’Yves Bertrand a toujours démenti, ne peuvent concerner, quoi qu’il en soit, qu’une infime minorité. Du moins faut-il l’espérer pour ne pas salir toute une profession. Car les révélations des derniers jours éclairent d’une manière crue des pratiques ayant vraisemblablement eu cours tout au long de la Ve République. Nous-mêmes avons fait état d’écoutes qui, selon une source bien informée, auraient été pratiquées sur Ségolène Royal durant la campagne présidentielle, sans savoir néanmoins par qui au sein de l’appareil d’État. Il est grand temps que la moralisation du capitalisme financier que prône le chef de l’État s’accompagne de la même vigilance sur les libertés publiques. En particulier à l’égard des officines qui foisonnent dangereusement.

05.06.2007

Socialisme et morosité

Désavoué pour n’avoir pas évolué, le PS s’enfonce dans la morosité après avoir perdu trois élections présidentielles consécutives. La démobilisation guette. Quant à Jacques Chirac, dinosaure politique rallié au socialisme à contretemps, on semble déjà l’avoir oublié. Il flotte donc comme un air de résignation à l’approche de ces élections législatives qui devraient logiquement donner au président Sarkozy les moyens de mener sa politique. Les bilans viendront ensuite. Certains socialistes, tel Bertrand Delanoë, reconnaissent que la société a changé. Et Dominique Strauss-Kahn a eu le tort de se laisser culpabiliser pour avoir proféré quelques évidences au soir du second tour. Sans doute aurait-il été un bien meilleur candidat du PS. Reste à savoir s’il saura faire preuve de la même détermination que Ségolène Royal pour prendre le pouvoir. À dire vrai, il n’y a que Laurent Fabius, accroché aux vieilles lunes d’antan, pour nier l’évidence. Car un vent d’optimisme souffle sur le pays, apparemment décidé à mener la réforme de l’État et à relancer son économie. Du côté syndical, on semble également prêt à se mettre autour de la table afin d’avancer d’un pas constructif. Il arrivera un moment où la France reconnaîtra les mérites de l’économie de marché.
Et le fait que la mondialisation, plus sûrement que tous les discours altermondialistes, a sorti 500 millions d’hommes et de femmes de la pauvreté. Dans ce contexte, François Hollande, qui était hier à Nantes, avec Ségolène Royal, s’apprête à abandonner le poste de premier secrétaire occupé pendant une décennie. L’homme n’a pas démérité mais les ambitions contraires des éléphants l’ont neutralisé. Sans parler du référendum européen qui lui fut fatal. Trop loyal à défaut d’être royal, il s’est laissé embarquer dans une procédure judiciaire contre deux journalistes du Monde (*). Lesquelles ont eu le malheur de pointer les ambivalences de la campagne socialiste, pimentée de quelques indiscrétions sur ce couple très médiatique. Au risque de bâillonner la liberté de la presse en faisant du respect absolu de la vie privée un système d’autoprotection des élites politiques.
(*) « La femme fatale », de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin chez Albin Michel.

07.11.2006

L'effet boomerang de la blitzkrieg royaliste

Bien sûr, il y a le ralliement de Jack Lang à Ségolène Royal qui vaut ce qu’il vaut. Et les rumeurs selon lesquelles Fabius serait devant DSK le 16 novembre prochain que démentent les sondages où l’ancien ministre de l’Economie fait une spectaculaire percée depuis le calamiteux meeting de Ségolène au Zénith. La candidate dont l’entourage persiste à dire qu’elle a été victime d’une embuscade et dont le compagnon, premier secrétaire du PS, déclare, dans une interview à Libération, être « affligé par les quelques débordements intervenus au Zénith », en refusant un « parti de supporteurs, de porteurs de cartes ou de lanceurs de confettis ». Comme si le débat était interdit, la candidate promue par les médias déjà investie, et l’idée d’un deuxième tour totalement incorrecte.
Or, c’est précisément ce à quoi la « blitzkrieg » des royalistes risque de se heurter tant leur « machine à culpabiliser » devient insupportable et génère un effet boomerang. Mine de rien, avec son air bonhomme, DSK engrange de nouveaux sympathisants à chaque déplacement alors que se profile le dernier débat télévisé, ce soir, sur la politique internationale. N’en déplaise à Hollande, il considère que l’on siffle le candidat socialiste quand il n’est pas bon (ce qui fut le cas de Ségolène, jugée un peu « légère », et de Fabius, comme l’a reconnu son lieutenant Claude Bartolone).
Mais, au total, DSK estime que les débats ont servi le PS qui en tire un « bénéfice collectif important ». En revanche, l’affrontement avec Sarko devrait, selon lui, donner lieu à une joute autrement plus violente. Evitant soigneusement le ton professoral mais réussissant, au fil de la campagne, à gommer son image de dilettante, DSK pourrait, au final, profiter de son positionnement « central » dans un parti qui cherche son identité alors que celle du Congrès d’Epinay est aujourd’hui battue en brèche par la mondialisation.