19.06.2008

Le nouveau désert français

Du temps des Trente Glorieuses, il suffisait qu'un leader paysan, en l'occurrence Alexis Gourvennec, envahisse une préfecture pour que l'État central cède et sorte la région bretonne du sous-développement. À cette époque de prospérité, tous les espoirs étaient permis. À travers le Célib (*), les hommes politiques pouvaient s'unir et les moyens suivaient : plan routier, délocalisations... Cette période bénie a pris fin, les caisses sont vides, et le chef de l'État a de surcroît exprimé le peu de considération qu'il avait pour les Bretons dans une phrase rapportée par l'écrivain Yasmina Reza et démentie par la suite. Quand Nicolas Sarkozy dit que la Défense n'a pas vocation à faire de l'aménagement du territoire, il oublie de préciser que cette notion n'a plus cours aujourd'hui. Aujourd'hui, tribunaux, casernes et hôpitaux se raréfient au sein de ce qui pourrait devenir à terme, le nouveau désert français. D'où l'agitation qui perdure dans la région depuis quelques mois. Pierre Méhaignerie aurait pu être l'interlocuteur privilégié du pouvoir central mais il a eu le courage de dire que la réduction des prélèvements obligatoires annoncée dans le programme présidentiel était irréaliste. Exit donc Méhaignerie au profit de Le Drian auquel l'Élysée fit miroiter le ministère de la Défense afin de semer le trouble dans le camp socialiste. Même s'il avait accepté cette proposition perverse, il est peu probable que le président du conseil régional aurait pesé sur de grandes décisions symboliques comme la construction d'un deuxième porte-avions. Autant dire que les schémas d'influence du passé sont désormais obsolètes dans le régime de vaches maigres que Sarkozy impose aux Bretons. Sans d'ailleurs le reconnaître puisque certains mots tel rigueur sont désormais bannis. Le retrait de l'État oblige donc les Bretons à ne compter que sur leurs propres forces. Ce qui est la meilleure manière d'aller résolument vers une certaine forme d'autonomie.

* Comité d'étude et de liaisons des intérêts bretons

17.06.2008

Le Livre blanc d’un despote éclairé

Comme toujours avec Nicolas Sarkozy, il y a la forme et le fond. Le Livre blanc n’est pas un rapport de plus mais un document d’orientation qui fixe la politique de Défense de la France pour les prochaines années. D’où la démission de certains parlementaires socialistes, dont la députée Patricia Adam qui réalisa que tout était arrêté avant que commencent les débats de la commission à laquelle elle était conviée. Il est comme cela l’hyper-président : un despote éclairé qui estime que ça marche mieux quand lui-même s’occupe de tout. Sur le fond, l’approche géopolitique n’est pas franchement nouvelle mais le précédent Livre blanc qui remontait à 1994 prenait imparfaitement en compte les conséquences de la chute du mur de Berlin en 1989. Toute la question est de savoir si le reprofilage de la technostructure va réellement dégager des marges de manœuvre pour combler nos lacunes. Tant en matière de renseignement que pour inverser le rapport entre la logistique et l’opérationnel qui est chez nous (60/40) strictement inverse au ratio des Anglais plus performants. C’est un pari managérial et si une réforme a des chances d’aboutir, c’est d’abord au sein de la « Grande Muette », dont les salariés se doivent d’exécuter sans broncher. On l’a d’ailleurs vu lors du passage à la professionnalisation qui s’est fait sans heurts. Il reste à digérer la réforme au plan politique, ce qui est une autre paire de manches. Si le chef de l’Etat a pu dire que la vocation des armées n’est pas de faire de l’aménagement du territoire, on reste, semble-t-il, soucieux à l’Elysée de ne pas brutaliser, outre mesure, les élus locaux et de compenser dans la mesure du possible la suppression de certains sites par des mesures d’accompagnement. Pas question du moins dans le discours de reprendre la méthode Dati qui avait braqué inutilement les professions judiciaires et fut imposée au forceps.