03.09.2008

Les codes du pouvoir

Pas touche aux amis du Prince. Pour avoir laissé brièvement occuper la résidence secondaire en Corse de l’acteur Christian Clavier, le coordonnateur des services de sécurité, Dominique Rossi, qui n’avait pourtant pas démérité en matière de lutte contre la délinquance dans l’île de Beauté, a été brutalement limogé. Intraitable sur son propre pouvoir puisqu’à travers son ami, c’est lui que les nationalistes défient, Nicolas Sarkozy, comme tous les dominants, n’entend rien céder à personne. Il suffit de voir le sort réservé au secrétaire général de l’UMP, qui a perdu de sa superbe depuis quelques mois. Au vu du nombre déclinant des adhérents de l’UMP et du fonctionnement bloqué au sein du conseil général des Hauts-de-Seine en raison de ses différends avec les époux Balkany, le Président aurait laissé filtrer que décidément Patrick Devedjian avait une certaine propension à casser les jouets qu’on lui donnait. Formule évidemment injuste puisque c’est Sarko qui s’est appliqué à « casser » cet homme dont la liberté de ton commençait à l’agacer et auquel il voulait montrer qui était le patron. Le chef de l’Etat le lui avait d’ailleurs rappelé d’une phrase lors d’un petit-déjeuner à l’Elysée alors que le secrétaire général de l’UMP contrait ses arguments. Désormais encadré par une « armée mexicaine », Devedjian ne doit son maintien en fonction qu’au peu d’appétence de Brice Hortefeux pour le poste et aux réticences de Sarko à y nommer Xavier Bertrand. Autre cas typique de cette gestion des hommes à « la trique », le sort réservé à François Fillon. Alors que le Premier ministre demandait au groupe des sept ministres ayant la faveur du monarque de ne pas ébruiter leurs conciliabules à l’Elysée, Nicolas Sarkozy les encourageait, au contraire, à en donner le maximum de publicité. Et forçait le chef du gouvernement à désavouer sa ministre de l’Economie qui prônait une réforme de l’ISF que Fillon avait préalablement approuvée. Lequel commençait à peine à se remettre de sa sciatique...

 

14.12.2007

Une sanction exemplaire

Les arguties de la défense qui incitaient la cour de ne pas faire du « berger de Cargèse » un « Dreyfus corse » auront finalement eu peu de poids. Sans doute parce que les plaidoyers des avocats sur l’absence de certitudes dans le dossier n’ont pas convaincu alors que pour l’accusation, la culpabilité d’Yvan Colonna ne faisait aucun doute. La riposte de l’Etat à l’assassinat par trois balles de son représentant en Corse aura donc été tardive mais foudroyante. En condamnant à la perpétuité l’homme accusé d’avoir tiré sur le préfet Erignac, la Cour d’assises spéciale de Paris a ainsi délivré une sanction exemplaire. Il n’est pas innocent que ce verdict intervienne sous la présidence de Nicolas Sarkozy qui avait organisé la traque de Colonna lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et fut fier d’avertir Chirac que les forces de police avaient accompli leur mission. Et cela malgré les rivalités entre services et les rodomontades du commissaire Marion. Quatre semaines d’un procès sous tension mais enfermé dans sa logique criminelle n’auront toutefois pas dérapé sur la question corse. Signe, comme l’a annoncé le président de la République à l’occasion de multiples déplacements dans l’île de Beauté, que le temps de la complaisance à l’égard de certains comportements de type mafieux est révolu. Le nationalisme corse a longtemps fait l’objet d’arrangements au plus haut niveau de l’Etat ou le clanisme local était parrainé par des hommes comme Charles Pasqua. La gangrène du nationalisme, débordé par des affaires de droit commun, et l’atteinte à un symbole de l’autorité de l’Etat justifiaient cette fermeté. Pour autant, la gestion du problème corse par Paris et sans doute les traditions insulaires ont évité une dérive bien plus grave, à la sicilienne, ce dont on ne peut aujourd’hui que se féliciter.

02.11.2007

Sarko ou l'amour de la Corse

La première femme de Nicolas Sarkozy est d'origine corse. Ce n'est sans doute pas la raison pour laquelle il a effectué près d'une trentaine de déplacements dans l'île de Beauté, mais on ne peut contester un lien spécifique, presque charnel, du nouveau président de la République avec la Méditerranée, comme le montre cette Union du même nom pour laquelle il prononçait un vibrant discours la semaine passée à Tanger. Pour autant, l'attirance du chef de l'Etat envers la Corse n'est pas dénuée de paradoxes. L'homme ne s'y sent visiblement pas en sécurité puisque chacun de ses déploiements s'accompagne d'un énorme dispositif de sécurité. Par ailleurs, le principe de conseil des ministres décentralisé est une bonne chose, sauf que sa tendance à vouloir tout contrôler caractérise plutôt un jacobin qu'un girondin. Sur le principe, la volonté de promouvoir le développement de l'île plutôt que de se cantonner au volet sécuritaire ressort assez classiquement du registre habituel de l'Etat français. Lequel n'a cessé, au fil des décennies, de manier la carotte et le bâton, face à des nationalistes ombrageux, que la population soutient désormais du bout des lèvres. Au fond, le système clanique à tendance affairiste qui caractérise l'île de Beauté a été contenu par un Etat malgré tout assez fort pour éviter les dérives mafieuses que l'on observe en Sicile ou dans d'autres îles de la Méditerranée. Certains hauts fonctionnaires intègres, comme le préfet Erignac, sont néanmoins morts d'avoir voulu faire appliquer la loi. Mais cet exemple tragique reste l'exception. D'autres, au contraire, tel le préfet Bonnet, ont fait tellement de zèle que le boomerang leur est revenu en pleine figure. Par sa politique de la main tendue, doublée d'une ferme volonté de réprimer la violence, Nicolas Sarkozy ne diffère guère de ses prédécesseurs. Son projet de réforme institutionnelle a certes échoué, mais là n'était peut-être pas l'essentiel. L'objectif est d'abord de réconcilier les continentaux avec la Corse, dont ils ne comprennent pas la mentalité insulaire. Lui seul peut sans doute le faire, même si ses efforts sont rarement appréciés à leur juste valeur.