03.07.2008

La victoire de la fermeté

La libération d'Ingrid Betancourt apparaît d'abord comme un formidable soulagement pour une famille qui craignait le pire. Le dernier témoignage de cette prisonnière de la jungle était, en effet, poignant.

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03.04.2008

Discrétion et transparence

Face au calvaire d’Ingrid Betancourt, dont le combat est universel, la France n’a eu de cesse d’agir pour la libération de la Franco-colombienne. Mais entre Villepin et Sarkozy, la méthode change radicalement.

L’affaire Betancourt a, en France, une résonance médiatique très forte, presque disproportionnée quand on la compare à la manière dont la sénatrice de Colombie est perçue dans son propre pays. Les comités de soutien se sont multipliés en province et la pétition exigeant un accord humanitaire entre les Farc et le régime colombien a rassemblé pas moins de 600.000 signatures. Certes, Ingrid est de nationalité franco-colombienne et a effectué une partie de ses études à Paris où elle a connu Dominique de Villepin. Mais il y a quelque chose d’universel et de poignant dans le combat de cette femme qu’elle a payé au prix fort, puisqu’elle pourrait en mourir. Un combat contre les narco-trafiquants, les para-militaires et plus globalement la corruption qui lui a conféré une image sulfureuse en Colombie. L’ancien Premier ministre de Villepin avait tenté de la faire libérer discrètement mais l’équipée montée par ses soins à la frontière brésilienne, sans que l’Elysée ait été prévenu, s’était achevée de façon pathétique.

Le « story telling » de Sarkozy
Nicolas Sarkozy, adepte du « story telling », cette méthode qui consiste à raconter des histoires pour mettre en scène l’action politique, a tout de suite flairé la bonne affaire. Contrairement à Villepin qui avait envoyé une quinzaine de missions sur place, il fait tout au grand jour, interpelle les ravisseurs à la télévision, et dépêche une mission humanitaire sur place avant même d’avoir obtenu l’accord de la guérilla. Sans doute, par cette médiatisation à grand spectacle, le Président veut-il montrer qu’il aura tout essayé, car une issue tragique n’est malheureusement pas à exclure. Il obtient, de surcroît, un satisfecit de l’opposition qui semble condamner la méthode suivie jusqu’alors par le Quai d’Orsay. Reste à savoir si cette transparence revendiquée se montrera plus efficace.

11.01.2008

La diplomatie des otages

La libération de Clara Rojas, l’ex-assistante d’Ingrid Betancourt, et de Consuelo Gonzalez, l’une des six parlementaires enlevées par les Farc, montre, comme l’a dit Nicolas Sarkozy, que les choses bougent en Colombie. On le sait, beaucoup d’obstacles restent dressés sur le chemin de la liberté pour la Franco-Colombienne dont le dernier message de désespoir était particulièrement émouvant. Le paradoxe étant que l’ancienne sénatrice apparaît beaucoup plus populaire en France que dans son pays où sa lutte contre la corruption dérangeait nombre de positions acquises. Premier obstacle, le caractère totalement archaïque de cette guérilla coupée du monde et exigeant une très lourde contrepartie à la libération de ses 45 otages (au minimum un échange contre 500 guérilleros détenus dans les prisons colombiennes). Deuxième obstacle, l’intransigeance du président Alvaro Uribe, dont le père fut assassiné par les Farc et qui n’entendait pas faire la moindre concession, à commencer par l’instauration d’une zone démilitarisée dans la jungle. Enfin, la médiation du Vénézuélien Hugo Chavez est apparue dès le départ ambivalente, personne ne sachant si elle était de nature ou non à débloquer la situation. Médiation suspendue dans un premier temps par Uribe parce que Chavez avait eu l’outrecuidance de lui passer au-dessus de la tête en s’adressant directement aux militaires colombiens. Dans cette affaire, le président français ne peut être qu’un spectateur, témoignant régulièrement son soutien à la famille Betancourt, mais n’étant pas au cœur de la négociation. Même si la diplomatie française et singulièrement celle des otages, qui tend à devenir un véritable business au risque que ce genre d’affaires se multiplient, peut jouer un rôle de facilitateur. Il n’empêche, le moment venu et on l’espère dans l’hypothèse d’un dénouement heureux, Sarko saura être sur la photo.