21.10.2008

Sarkozy s’épanouit dans la crise


Même s’il accuse une petite fatigue, Nicolas Sarkozy s’épanouit dans la crise. Comme s’il était désormais en campagne électorale à l’échelle mondiale avec une énergie dont les Français lui donnent quitus puisqu’il progresse dans les sondages et réduit l’écart avec son Premier ministre dont la popularité l’agaçait tant.


Sautant d’un avion à l’autre, il était à Québec, puis Camp David le week-end dernier, il sera à Pékin le week-end prochain pour un sommet Europe-Asie. Mais entre-temps, le Président aura reçu la commission Balladur sur la réforme des territoires, planché devant les députés européens pour dresser un premier bilan de la présidence française du Conseil européen, effectué un déplacement à Annecy-le-Vieux dans la circonscription du président de l’Assemblée, Bernard Accoyer, conspué pour avoir suggéré l’idée d’une amnistie fiscale. Le PS l’accuse d’être un « régulateur à éclipses » qui souhaite refonder le capitalisme aux États-Unis sous l’œil sceptique du Président Bush, qui ne peut rien lui refuser vu que le Français est l’un des derniers à lui tendre la main, tout en poursuivant une politique libérale en France. Mais tant que l’opposition n’a pas désigné de chef, elle restera inaudible. D’autant que les conséquences de la crise financière sur l’économie réelle commencent à peine à se faire sentir. Pour l’heure, les Français souhaitent qu’il y ait un pilote dans l’avion et pensent qu’il n’y a pas d’alternative à l’activisme d’un chef de l’État qui fait au mieux. Même si son comportement léger ne choque guère dans notre vieux pays latin, DSK s’est fragilisé. Et Ségolène Royal a été la seule à ne pas le soutenir ouvertement, elle dont on commence à dire que le score au congrès de Reims pourrait réserver des surprises.

05.01.2007

Bush : la solitude du guerrier

Dans un pays victime du terrorisme et de l’affrontement des communautés sunnites et chiites, l’exécution de Saddam Hussein n’était pas de nature à apaiser la guerre civile. A tout le moins, cette pendaison ne pouvait en aucun cas redorer le blason de George W. Bush que la nouvelle présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a qualifié de menteur et d’incompétent pour sa guerre en Irak.

Victime de sa toute puissance
Mensonges sur les motifs de cette invasion (l’existence d’armes de destruction massive et les liens du régime de Bagdad avec al-Qaïda) et succession d’erreurs tactiques (comme la démobilisation de l’armée irakienne) auront en effet émaillé la gestion de ce conflit. Au fond, quelles que soient les arrière-pensées stratégiques derrière l’ambition affichée de « démocratiser le Moyen-Orient », le président américain a été victime de sa toute puissance. En clair, de sa propension par la force de sa seule volonté à vouloir accélérer le rythme de l’Histoire. Ce qui frappe aujourd’hui, c’est l’obstination de George W. Bush à vouloir envoyer plus de troupes sur le terrain, quitte à évincer les responsables militaires qui s’y opposent.

17.10.2006

La favorite et des grincheux

Ils vont débattre côte à côte, penchés sur leur pupitre, à l’américaine. Les candidats à l’investiture du PS respecteront-ils ce cadre des primaires où tout a été prévu pour éviter des débordements ? Jean-Pierre Elkabach, patron de Public Sénat, fournissant même aux organisateurs la cassette de débats outre-Atlantique, comme l’un de ceux qui avaient opposé George W. Bush et Al Gore. « Ça m’étonnerait, connaissant nos traditions, qu’il n’y en ait pas un qui apostrophe Ségolène au cours du débat », nous confiait hier un homme de l’appareil débordé par l’ampleur du phénomène. « Ils ont eu des heures de réunion. Ils veulent distribuer les thèmes à l’avance comme à Sciences Po. On ne va pas nous imposer en plus ce que l’on doit dire », s’agaçait Laurent Fabius à la fin de la semaine dernière. Voilà un homme qui n’a plus rien à perdre, compte tenu de son faible étiage dans les sondages, mais dont la détermination reste intacte sous son air suave. « On a à peu près tous le même âge et commencé en politique au même moment. Ce n’est pas une question d’état civil, d’autant qu’il n’y a guère plus de quatre ans de différence entre les uns et les autres. Certes, on a beaucoup à apprendre de la jeune génération.

Toutefois, je suis désolé d’avoir été Premier ministre mais j’assume. Car il s’agit tout de même d’élire le chef de l’Etat », dit-il en pariant sur l’idée que la compétence finira par primer. Il n’empêche, Ségolène fait comme si elle était déjà investie, accueillant avec une certaine désinvolture cette procédure de désignation par les militants. Comme si la volonté des Français d’essayer autre chose, de mettre une femme au pouvoir, de remplacer le langage technocratique et conceptuel des vieux idéologues par les préoccupations de la vie quotidienne devait tout emporter sur son passage. On va bien voir.

19.09.2006

Le poids Chiraquien dans la présidentielle

L’Élysée n’avait pas jugé bon de répondre, dans un premier temps, au discours de Nicolas Sarkozy à Washington, critiquant « l’arrogance » de la diplomatie française. Cible principale, Dominique de Villepin s’était, quant à lui, déchaîné contre le ministre de l’Intérieur, stigmatisant sa volonté de supprimer la carte scolaire, ainsi que les régimes spéciaux de retraite (selon une proposition de François Fillon), ou encore rejetant l’idée d’un service civil obligatoire. Tout ça au risque de diviser la majorité et de renforcer Nicolas Sarkozy en voulant l’amoindrir. Jacques Chirac, hier matin, sur Europe 1, est venu conforter tout en finesse l’offensive de son Premier ministre, même s’il a écarté pour le principe toute idée de « chamaillerie » entre les membres de son gouvernement. Sans parler de son entourage, qui aurait laissé filtrer l’idée que le président jugeait « lamentable » la prestation de Sarko l’Américain, faisant le procès de son propre pays en territoire étranger. En un mot, l’Élysée aurait relayé les propos de Laurent Fabius à Lens, faisant de Nicolas Sarkozy le « caniche de George W. Bush », insulte naguère réservée à Tony Blair pour son alignement sur la politique américaine en Irak.
Interprétation que récusent les sarkozystes, qui ne veulent se référer qu’aux propos présidentiels sur Europe 1. Toutefois, en quelques lignes d’un discours par ailleurs brillant sur la politique étrangère de la France, le président de l’UMP a peut-être ruiné ses efforts pour être adoubé par le chef de l’Etat. Lequel pense que les concitoyens lui seront gré de son attitude à propos du conflit irakien, même si notre ambassadeur à Washington, Jean-David Levitte, estime que les deux présidents (français et américain) laisseront aux historiens le soin de trancher. En renouant, lors de l’assemblée générale de l’Onu, avec les postures classiques de la diplomatie française, qui prône l’apaisement dans toutes les crises où les Américains font preuve de volontarisme (nucléaire iranien, tensions entre religions, conflit israélo-palestinien), le président de la République soigne une popularité que les bons chiffres de l’économie commencent à restaurer. Et paraît bien décidé à peser sur l’élection présidentielle, à défaut de vouloir influencer l’avenir du monde.