12.12.2008

Présidence française. L'illusion d'être au centre de l'Union

C'est déjà l'heure du bilan de la présidence européenne de Nicolas Sarkozy. Ses initiatives ont-elles permis à la France de revenir au tout premier plan de l'Europe ?

Il est convenu de dire que la présidence européenne de Nicolas Sarkozy, qui s'achève symboliquement aujourd'hui par le sommet de Bruxelles, va le contraindre à se recentrer sur la scène intérieure avec le cortège de difficultés économiques et sociales qui l'attendent. Mais peut-on d'ores et déjà dresser le bilan de ces six mois entamés en fanfare avec le lancement de l'Union pour la Méditerranée en présence du dictateur syrien Bachar el Assad ? « Quel Européen est Nicolas Sarkozy ? Sauveur du traité constitutionnel ou suiveur d'Angela Merkel ? Matamore d'un jour à l'assaut de la BCE (Banque centrale européenne) ? Élève insolent affichant son déficit ? Inventeur d'une Union méditerranéenne vite rentrée dans le rang européen ? Pourfendeur des spéculateurs ou observateur consentant des excès du capitalisme financier ? », s'interroge notre correspondante à Bruxelles, Florence Autret dans un brillant essai (1). Visiblement moins sensible aux sirènes du show sarkozyste que les journalistes politiques qui suivent au quotidien le président français, elle estime que l'histoire européenne avance dans une réalité qui, elle, n'a rien de virtuelle.

Constamment en initiative
L'activisme de Nicolas Sarkozy n'en a pas moins permis à la France de marquer quelques points. D'abord, en faisant oublier l'épisode calamiteux du référendum européen qui nous stigmatisait comme « l'homme malade de l'Europe ». Ensuite, en bousculant l'Allemagne et sa chancelière impavide qui installait une domination sans partage dans laquelle le couple franco-allemand n'était plus qu'un lointain souvenir. En multipliant les coups comme la libération des infirmières bulgares, en nouant une alliance de revers avec la Grande-Bretagne, en mobilisant les Européens et les pays émergents pour la tenue d'un G20 à Washington, le président français est apparu constamment en initiative, laissant Angela Merkel quelque peu isolée durant la crise financière. De surcroît, la Commission européenne s'est trouvée marginalisée dans cette gestion de crise qui a amplifié une tendance à la renationalisation des politiques communes, du moins dans la gestion politique.

Inflation de dépenses
Hostiles au « keynésianisme (2) grossier » des Britanniques, passés d'une « prudence financière à un endettement élevé », les Allemands, qui ont beaucoup donné lors de la réunification, restent circonspects face à cette inflation de dépenses. Mais pour la Grande-Bretagne, dont l'économie repose en grande partie sur la finance, c'était vital. La France conserve pour sa part un endettement élevé et un problème de compétitivité. Toutefois, en quelques mois, le chef de l'État a créé l'illusion qu'elle était redevenue le centre de l'Europe.

1. « Sarkozy à Bruxelles » par Florence Autret. Editions du Seuil. 15 euros. 2. Doctrine de Keynes qui préconise la relance.