18.11.2008

PS : deux conceptions de la politique

Passons d’abord sur les commentaires apitoyés de certains députés UMP, tel Frédéric Lefebvre, ou même de ministres, comme Michèle Alliot-Marie, qui s’inquiètent d’une disparition prochaine du PS.

C’est de bonne guerre mais cette hypothèse improbable n’est, de surcroît, pas souhaitable dans une démocratie moderne caractérisée par l’alternance. Les faux semblants de l’ouverture ne doivent pas plus priver le pays d’une formation d’opposition que d’une presse indépendante. Que le PS étale le spectacle de ses divisions traduit sans doute un certain masochisme mais procède également d’une volonté de transparence. Au fond, le débat pour l’essentiel porté par deux femmes, Benoît Hamon oscillant entre une force d’appoint ou de résistance, n’est pas médiocre. Il incarne deux conceptions de la politique. L’une traditionnelle pour Martine Aubry, à laquelle Bertrand Delanoë a fini par se rallier à contrecœur, visiblement amer de son échec. L’autre, plus moderne, mais pas forcément meilleure pour Ségolène Royal, qui dérange sans convaincre tout à fait. Résumons, la première incarne l’union de la gauche, qui ne peut plus être majoritaire dans le pays du fait de l’effondrement des communistes. La seconde, qui fut la première à revendiquer l’alliance avec le centre, remet, du même coup, en selle un MoDem bien isolé. Et François Bayrou de surenchérir en expliquant aux socialistes que le refus d’une alliance avec lui installerait Sarkozy au pouvoir pour dix ans. Face aux élites traditionnelles un peu usées, Ségolène Royal, quoiqu’en position de challenger, apparaît en phase avec le rajeunissement de la base militante, la montée en puissance des barons régionaux et une nouvelle manière de faire de la politique que contestent ses adversaires. Lesquels se disent hostiles à un parti de supporters à l’américaine flirtant avec une conception très show-biz de la politique dont Nicolas Sarkozy aura été l’initiateur. Mais n’ont-ils pas envie de voir se rejouer le match de 2007 ? A l’évidence, les militants choisiront celle qui a le plus de chances de l’emporter à la présidentielle.

 

17.10.2008

Le ventre mou du PS

À un mois de son congrès de Reims, le PS semble singulièrement enfermé dans un état d'apesanteur. Victime de ses tergiversations, le Premier secrétaire, François Hollande, n'a pas acquis dans le parti l'audience que méritait la finesse de ses analyses. Il lui manque toujours une dimension de chef, de rassembleur. Et ce n'est pas l'abstention dans le débat sur la crise qui peut la lui donner. Ségolène Royal, elle, déroute par son style, même s'il rencontre un écho dans l'opinion. Dominique Strauss-Kahn, en exil à Washington, n'a pas encore trouvé le moyen d'exister alors que son poste à la tête du FMI lui en fournissait le prétexte idéal sur la crise financière. Outre le retour de Martine Aubry de son beffroi de Lille pour s'opposer à Bertrand Delanoë, sans doute le plus solide dans le contexte actuel, Benoît Hamon est désormais présenté comme le jeune espoir du PS. Ce qui laisse rêveur vu l'archaïsme de ses positions. Lesquelles n'apparaissent guère de nature à propulser le parti au pouvoir... En réalité, cette inertie des socialistes, qui n'intéressent plus les médias après 25 ans d'hégémonie intellectuelle, comme on l'a vu lors des Universités d'été de La Rochelle, s'explique. Pas seulement par l'air du temps qui angoisse les Français, mais aussi par leur absence de leader. L'ouverture fonctionne, de surcroît, comme une stratégie d'étouffement. Et pourtant, la volte-face de Nicolas Sarkozy, qui a renié à Toulon ses engagements de campagne, devrait servir de tremplin au PS. Il est trop tôt et le parti hésite encore au seuil de son aggiornamento idéologique. Pourtant, si la récession s'installait durablement, anéantissant les espoirs qu'avait fait naître l'élection du Président, on peut penser que le nouveau Premier secrétaire du PS pourrait s'affirmer dans le débat public. Mais ce n'est pas certain tant le parti apparaît aujourd'hui comme un ventre mou.

30.05.2008

Hollande veut sortir de la confusion

L’affrontement quasi programmé entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë donne l’occasion à François Hollande, dont la succession est annoncée, de se poser en juge de paix dans une tribune au Monde.

Laquelle définit un cap pour réussir le congrès de Reims dont Hollande espère, par une de ses synthèses dont il a le secret, tirer son épingle du jeu. Sortons d’abord d’une idée reçue qui consiste à considérer que le premier secrétaire du PS n’a pas de charisme. C’est exactement l’inverse puisqu’il est le plus brillant et celui qui a le plus d’humour. Ségolène Royal, elle, n’a pas de charisme au sens où elle n’est pas en apparence d’une intelligence foudroyante. Les témoignages sur sa personnalité la décrivent comme une femme dure et ne versant pas dans le sentimentalisme. En revanche, elle apparaît courageuse, intuitive et développe une approche quasi mystique de la politique, qui était perceptible à la fin de sa campagne. D’où l’empathie qu’elle crée sur sa personne et qui ne se porte pas sur son ancien compagnon. C’est que François Hollande dit des choses intelligentes mais on ne sent guère sa souffrance à fleur de peau comme Ségolène Royal. L’homme a raison de vouloir en revenir au débat d’idées, ce qu’il appelle « une offensive idéologique » pour clarifier cette période de « transgression et de confusion ». C’est Laurent Fabius qui, le premier, a choisi la transgression en prônant le « non » au référendum européen. Puis Nicolas Sarkozy a enchaîné avec l’ouverture. Et maintenant, c’est le bouquet avec Bertrand Delanoë qui se prononce en faveur du libéralisme, même s’il joue au plus malin en se limitant au libéralisme politique. Selon Jean-Louis Bianco, resté fidèle à Ségolène, « la montée de l’envie d’un leader fort » se manifeste au sein du Parti socialiste, malgré la peur d’un Congrès de Rennes bis (où les courants s’étaient déchirés). Autant dire que les prochaines échéances (désignation du premier secrétaire puis du candidat à la présidentielle), révèleront la force des caractères autant que la force des idées.

23.05.2008

Delanoë, l’homme de la rupture

Et si l’homme de la rupture s’appelait Bertrand Delanoë. En rendant hommage dans son livre (1) à Lionel Jospin, Claude Estier et Daniel Vaillant, il dit adieu à ses parrains en politique et tourne le dos au vieux socialisme qui a multiplié les défaites à l’élection présidentielle depuis 1995. Ceux qui estiment qu’il n’a pas lâché la main de Jospin n’ont rien compris. C’est, à l’inverse, les partisans de la synthèse qui sont les nostalgiques d’une époque révolue à l’heure ou les clivages s’accentuent. François Mitterrand avait pris le parti par la gauche en s’appuyant sur les communistes. Puis il avait mené une politique sociale-démocrate (désindexation des salaires sur les prix, privatisations, libéralisation des marchés financiers...). Ségolène Royal eut l’intuition que le PS devait s’allier au centre pour épouser cette mue idéologique lui ayant fait accepter l’économie de marché sans le dire. Delanoë va encore plus loin et déborde sur sa droite en s’affichant socialiste et libéral au sens historique du terme. « On peut préférer les économies dirigées : elles ne marchent pas. Je préfère les économies régulées », dit-il insistant surtout sur son libéralisme sociétal qui lui fait rejeter les tests ADN et l’actuelle politique du gouvernement en matière d’immigration. Car il y a un sens tactique indéniable quoiqu’il en dise dans cette posture à la Mendès qui voudrait incarner une avancée sur le fond sans se déclarer ouvertement candidat au poste de premier secrétaire puis à la présidentielle. Bertrand Delanoë vante ses qualités de manager dans la capitale et se targue d’y avoir pratiqué la démocratie participative avant Ségolène Royal. Il prône un congrès de clarification idéologique sortant des approximations de sa rivale. Il est devenu incontournable.

1. « De l’audace ». Bertrand Delanoë (entretiens avec Laurent Joffrin). Robert Laffont, 20 €.

22.04.2008

Le PS en lente mutation

A force d’évoluer dans les concepts et une vision sublimée des rapports humains, les socialistes avaient fini par oublier la vie. C’est pourquoi la nouvelle déclaration du parti, présentée sept mois avant son congrès, promet « d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Une acceptation, certes, très mesurée de la mondialisation libérale pour un parti n’ayant jamais vraiment assumé son virage social-démocrate. Toutefois, à l’heure où le sarkozysme semble hésiter sur la marche à suivre, les socialistes ne se résignent pas à la culture d’opposition qui les poursuit depuis 1995. Leur angélisme sur les questions sécuritaires, leur incapacité à réformer l’État alors que Lionel Jospin avait bénéficié d’une forte croissance durant son passage à Matignon, les a mis sur le banc de touche. D’autant que la droite s’est unie comme jamais en 2002, alors même que le PS se trouve désormais seul, privé d’alliance solide. L’appel du pied aux écolos est assez clair. Mais le parti reste tenaillé par l’extrême gauche et hésite sur la conduite à tenir à l’égard du centre. Incontestablement le plus brillant, François Hollande manque de détermination. En revanche, il a bien compris que le PS devait récupérer les électeurs du centre plutôt que de s’allier au MoDem auquel il offrirait une bouée de sauvetage inespérée. Peut-il encore tenter sa chance pour la présidentielle de 2012 alors que se profile déjà l’affrontement programmé entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal ? Si Julien Dray réussissait à emporter le poste de premier secrétaire du PS, François Hollande aurait alors une dernière chance de pouvoir jouer sa carte.