20.05.2008

Palestine : la France peut-elle déplacer les lignes ?

Que le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et le secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant se chamaillent sur les missions secrètes que le second effectue au Proche-Orient n’a guère d’importance. Car l’influence de la diplomatie française dans la région est proche de zéro, on l’a bien vu à propos du Liban. Dans les années 80, la France forte de sa politique pro-arabe, prétendait jouer un rôle, dire le droit comme le fit Mitterrand au Parlement israélien, en étant l’un des premiers à réclamer un État palestinien. Ou en proclamant la nécessité d’une conférence internationale pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Yasser Arafat était venu à Paris annoncer que la charte de l’OLP prônant la destruction de l’État d’Israël était « caduque ». Et lors de sa visite dans les territoires palestiniens en octobre 1996, Jacques Chirac fut acclamé aux cris de « docteur Chirac », titre dont l’avait affublé Arafat. Lequel ne croyait pas si bien dire puisqu’il vint se faire soigner à Paris dans l’avion que lui avait envoyé Chirac qui le couvrait d’attentions. Deux événements ont perturbé cette gestion traditionnelle de la politique arabe de la France. Le fait que Nicolas Sarkozy lui ait tourné le dos en s’alignant sur Washington et Tel-Aviv, ce qui rend plus difficile sa capacité à se poser en médiateur. L’émergence du Hamas désormais maître de Gaza, reléguant l’influence de Mahmoud Abbas à la Cisjordanie. Après avoir rompu les relations avec le mouvement islamiste lors de sa prise de pouvoir en juin 2007 dans la foulée des Américains, Paris vient de renouer le dialogue par le biais d’un diplomate en retraite alors que le Hamas semble prêt à accepter un État palestinien dans les frontières de 1967. Ce qui équivaut à une reconnaissance implicite de l’État hébreu. Une évolution de nature à rendre le Hamas fréquentable. Reste à savoir si la France ira plus loin que les États-Unis qui ont délégué Jimmy Carter sur place, lequel s’est attiré les foudres d’Israël.

25.05.2007

Kouchner, du bon usage de la gesticulation

Alors que la politique étrangère avait disparu du paysage lors de la campagne électorale - ce n’était pas une priorité pour les Français - elle revient sur le devant de la scène. Avec, d’un côté, le Président qui tente de remettre la France en Europe après le rejet du traité constitutionnel l’ayant marginalisé. Et, de l’autre, son ministre des Affaires étrangères qui parade à Beyrouth. Autant dire qu’entre le petit pays du Cèdre et l’enjeu européen, il n’y a pas photo. Le Liban est un tel sac d’embrouilles qu’il n’y a que des coups à prendre. Sauf que Jacques Chirac a refilé la patate chaude à Nicolas Sarkozy, en lui léguant son rôle de protecteur de la famille Hariri, avant d’aller s’installer chez elle. Ce qui n’est à la fois ni très malin ni très productif que d’aligner notre diplomatie sur un clan libanais, au risque d’être juge et partie dans les luttes interconfessionnelles. Surtout avec un fort contingent français sur place qui risque d’être la victime d’attentats téléguidés par la Syrie. Laquelle ne supporte pas que Paris ait la tentation de l’évincer définitivement de son ancien protectorat en appelant, avec Washington, à l’installation d’un tribunal international pour juger les assassins de Rafic Hariri.
Quoi qu’il en soit, Bernard Kouchner est venu assurer le premier ministre Siniora de notre solidarité. Que pouvons-nous faire pour conjurer la guerre civile dans ce pays ? Pas grand-chose. Chirac avait fait du Liban notre porte d’entrée sur le Proche-Orient, mais est-ce toujours la priorité du moment ? Sans contester la nomination de Kouchner qui correspond au glissement de la diplomatie traditionnelle vers la « public diplomacy » incluant le rôle des ONG, tout cela ressemble fort à de la gesticulation médiatique. Elle vise à préserver les apparences d’un pays qui croit encore peser sur la marche du monde. Heureusement, Kouchner se passionne pour ce qu’il fait, même si le Quai d’Orsay risque fort d’être dépecé entre le Conseil de Sécurité du chef de l’Etat et le ministère de l’Identité nationale qui souhaite récupérer la coopération pour faire du co-développement.

17.05.2007

La génération Sarkozy

Dans notre rapport névrotique au pouvoir, le couple présidentiel c’est comme une figure parentale au sommet de la France. Sauf qu’avec le départ des Chirac et l’arrivée des Sarkozy, les parents cèdent la place aux enfants. Ou du moins à ceux de ma génération. Preuve que nous vieillissons. Nous n’aurons pas la cruauté de nous réjouir du départ des anciens, mais il était temps de rajeunir les cadres. Même si Chichi et Bernie étaient devenus indémodables à force de faire partie des meubles de la République. Au risque de s’incruster avec la seule ambition de durer. Lors de l’installation des Clinton à la Maison Blanche, toute la flower génération, celle des hippies, s’était reconnue en eux. En ira-t-il de même pour la famille Sarkozy dont l’aréopage recomposé hésitait, hier, entre le Festival de Cannes et le Rocher de Monaco ? Telle est l’ambition de Nicolas Sarkozy dont l’apparence new-look peut dépoussiérer la fonction présidentielle sans en modifier substantiellement l’essence. « Il est allé à son tour sur le terrain de l’homme en charge de l’essentiel qui doit tenir en main tous les fils de l’écheveau national et social », nous confiait, hier, un chiraquien. Giscard avait son style pédagogue et rationnel, Mitterrand était plus littéraire et florentin, quant à Chirac, il faisait toujours officier de cavalerie un peu raide et au verbe pauvre. Sarkozy l’avocat entend bien utiliser son aisance oratoire pour convaincre et agir. Il se rapprocherait presque d’un Mitterrand (de droite) avec son talent pour faire l’acteur et embrouiller son monde comme le montre la très probable nomination de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay. L’ancien confident du président socialiste, Georges-Marc Benamou, a d’ailleurs rejoint l’Élysée au moment où Cécilia, qui promet d’être une dame d’influence, éjectait quelques compagnons de route qui s’y voyaient déjà. Reste que c’est aux actes plus qu’aux mots qu’on jugera l’homme. Car les discours ne trompent plus personne.