Dans notre rapport névrotique au pouvoir, le couple présidentiel c’est comme une figure parentale au sommet de la France. Sauf qu’avec le départ des Chirac et l’arrivée des Sarkozy, les parents cèdent la place aux enfants. Ou du moins à ceux de ma génération. Preuve que nous vieillissons. Nous n’aurons pas la cruauté de nous réjouir du départ des anciens, mais il était temps de rajeunir les cadres. Même si Chichi et Bernie étaient devenus indémodables à force de faire partie des meubles de la République. Au risque de s’incruster avec la seule ambition de durer. Lors de l’installation des Clinton à la Maison Blanche, toute la flower génération, celle des hippies, s’était reconnue en eux. En ira-t-il de même pour la famille Sarkozy dont l’aréopage recomposé hésitait, hier, entre le Festival de Cannes et le Rocher de Monaco ? Telle est l’ambition de Nicolas Sarkozy dont l’apparence new-look peut dépoussiérer la fonction présidentielle sans en modifier substantiellement l’essence. « Il est allé à son tour sur le terrain de l’homme en charge de l’essentiel qui doit tenir en main tous les fils de l’écheveau national et social », nous confiait, hier, un chiraquien. Giscard avait son style pédagogue et rationnel, Mitterrand était plus littéraire et florentin, quant à Chirac, il faisait toujours officier de cavalerie un peu raide et au verbe pauvre. Sarkozy l’avocat entend bien utiliser son aisance oratoire pour convaincre et agir. Il se rapprocherait presque d’un Mitterrand (de droite) avec son talent pour faire l’acteur et embrouiller son monde comme le montre la très probable nomination de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay. L’ancien confident du président socialiste, Georges-Marc Benamou, a d’ailleurs rejoint l’Élysée au moment où Cécilia, qui promet d’être une dame d’influence, éjectait quelques compagnons de route qui s’y voyaient déjà. Reste que c’est aux actes plus qu’aux mots qu’on jugera l’homme. Car les discours ne trompent plus personne.