22.05.2007
La force du désir
Il se baigne (contrairement à son prédécesseur qui ne mettait pas un orteil dans l'eau), il court mais pas seulement en jogging, d'une ville à l'autre, la semaine passée à Berlin puis Toulouse, aujourd'hui à Dunkerque, demain à Bruxelles, il embrasse sa femme en public, sur les lèvres, et lui concède un rôle sur les nominations à la tête de l'Etat, auquel ni Bernadette Chirac ni Hillary Clinton - aux Etats-Unis - ne pouvaient prétendre. Il ose nommer au Quai d'Orsay Bernard Kouchner que les socialistes tenaient en lisière parce que trop indépendant et trop populaire. Mais il propulse également Rachida Dati à une fonction à laquelle seule une aristocratie du pouvoir était jusqu'alors destinée. Il reçoit les syndicats avant même la cérémonie d'investiture et va jusqu'à tourner la tête du radical Jean-Michel Baylet qui envisage sur ses conseils de réunir sa famille avant de reculer sur la pression de ses amis. Au-delà de la présidentialisation du régime et d'une « pipolisation » évidente, Nicolas Sarkozy est tellement vivant qu'il nous donne déjà le tournis, secouant cette vieille démocratie française jusqu'alors dirigée par des hommes chenus qui aimaient « donner du temps au temps ». Des humanistes bon teint, cultivés mais déjà fatigués à l'image d'un pays que l'on pouvait croire atteint d'une crise de langueur. Le président Sarko réinjecte ainsi du tonus à l'action publique, sans états d'âme, bien décidé à profiter de son état de grâce pour accomplir des réformes qui n'ont que trop tardé. Ses adversaires le regardent passer comme une locomotive, d'un air un peu sidéré tels des adultes face à la vitalité des enfants qui les débordent. Alors bien sûr, les choses sont plus compliquées et de multiples contre-pouvoirs sauront canaliser l'énergie débordante de cet éternel adolescent. Il le sait et, avec une habileté non dénuée de perversité, trouvera des chemins de traverse pour parvenir à ses fins. Car la force du désir s'impose à ceux qui n'en ont pas. Au risque de la perpétuelle fuite en avant.
08:40
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26.09.2006
Comment Sarko a repris la main
Opération de police aux Tarterêts après l’agression sauvage des deux policiers, voyage éclair au Sénégal pour contrebalancer l’image négative de son précédent déplacement en Afrique et devancer Ségolène Royal qui s’est estimée court-circuitée, rafale de sondages confortant son action, Nicolas Sarkozy a repris la main. Et manifesté en quelques jours une impressionnante capacité de réaction pour tenter de désamorcer les critiques de sa charge contre les magistrats. Contrairement à Dominique de Villepin, qui fut sévèrement désavoué pour avoir tenté de faire bouger les lignes sur le front social (échec du CPE), le ministre de l’Intérieur a acquis une crédibilité dans le domaine de la sécurité qui ne lui est guère contestée, hormis par ses adversaires politiques. A commencer par Ségolène Royal, qui en est pour l’instant au stade des déclarations d’intention. Certes, l’aggravation des violences contre les personnes est une réalité mais, en dépit des limites de l’action menée par le « premier flic de France », une majorité de Français semble lui reconnaître la qualité d’avoir voulu inverser une tendance inquiétante, par-delà la gesticulation médiatique qui lui est coutumière. Ce soutien populaire, parfois abusivement qualifié de « populiste », lui permet de défier le chef de l’Etat, dont l’entourage avait rapporté les propos qualifiant de « lamentables » ses critiques de la diplomatie française à Washington.
Et le ministre de l’Intérieur rendant coup pour coup, d’ironiser contre « ceux qui serrent la pogne de Poutine » ou sur le chœur des « vierges effarouchées » demandant à Chirac de protéger l’indépendance de la Justice après l’avoir accusé de nommer un procureur général à sa botte. Seul bémol à cette contre-attaque foudroyante, le sondage du Parisien indiquant que les Français ne veulent pas de la rupture. Mais venant d’un homme n’ayant rompu ni avec sa femme ni avec son mentor en politique en se maintenant au gouvernement, nos compatriotes étaient-ils dupes ?
14:00
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22.09.2006
Nicolas Sarkozy ou la stratégie du passeur
Lecteurs et téléspectateurs s’interrogent parfois sur la place, jugée par certains d’entre eux disproportionnée, que les médias réservent à Nicolas Sarkozy. Bien souvent, la France petit-déjeune, déjeune et dîne en sa compagnie. Le nombre d’articles et de Unes consacrés au ministre de l’Intérieur, tant à son action politique que, durant une période, à sa vie privée, peut sembler excessif. Mais le fait est que le président de l’UMP paraît porté par un mouvement qui le dépasse et qu’il a su incarner en s’écartant d’un certain langage « politiquement correct ». Celui d’une révolution conservatrice dirigée contre la manière dont la France est gouvernée depuis vingt ans, droite et gauche confondues.
Cris d’orfraie
On peut évidemment pousser des cris d’orfraie sur la séparation des pouvoirs (entre l’exécutif et le judiciaire), que le ministre de l’Intérieur n’aurait pas respectée en critiquant les magistrats. Mais comment empêcher l’impunité des délinquants quand il s’avère qu’un seul parmi les jeunes interpellés lors des émeutes urbaines de novembre 2005 fut réellement incarcéré ? Comment croire que le rétablissement de la police de proximité, que prônent les socialistes, serait la solution au problème, face à une dégradation que les préfets sont unanimes à constater et qui nécessite un travail de longue haleine. Le premier président de la Cour de cassation, le président de la Cour d’appel et le Conseil supérieur de la magistrature peuvent bien en appeler au chef de l’Etat au nom de l’indépendance de la magistrature. A l’évidence, il y a un problème d’efficacité de la chaîne judiciaire, et il est de la responsabilité du politique de porter le débat sur la place publique. En ce sens, Nicolas Sarkozy fait figure de passeur en disant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas depuis plusieurs décennies. Et comme tout bon passeur, il fait école, puisque Ségolène Royal a amplifié son propos en évoquant l’hypothèse d’un encadrement militaire des délinquants. Que le combat politique se cristallise désormais contre lui et que les attaques redoublent pour le déstabiliser est un autre problème.
Changement de mentalité
On peut ne pas aimer Nicolas Sarkozy, considérer qu’il a commis une erreur en critiquant la diplomatie de son pays en visite officielle à l’étranger. Mais sur le laxisme de la Justice, infiltrée par les thèses du Syndicat de la magistrature, il ne trouvera guère de contradicteurs autres que les principaux intéressés. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de passer d’une culture de prévention à une réelle pratique de la sanction, même si l’une doit contrebalancer l’autre. Ce changement de mentalité commence d’ailleurs à s’opérer sous nos yeux, d’où le courroux légitime de certains magistrats, qui ne veulent pas être englobés dans ce jugement général qui les stigmatise quelque peu.
11:30
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20.09.2006
La résurgence du front anti-Sarko
Ce ne sont que les prémices d’un mouvement concerté. Mais on assiste bien depuis quelques jours à la résurgence d’un front anti-Sarko alors que la candidature du président de l’UMP à la présidentielle paraît incontournable.
Convergence droite-gauche
Une convergence objective droite-gauche qui se mesure à travers les propos de Laurent Fabius sur le supposé « caniche de Bush », repris en chœur par les chiraquiens distillant leurs commentaires quant à la visite outre-Atlantique du ministre de l’Intérieur. Lequel s’est sans doute rendu compte de son erreur en ne prononçant pas la totalité d’un discours limite insultant pour la diplomatie française. Celle-ci se veut très protectrice des Français dans le contexte du terrorisme international. Comment interpréter autrement les concessions de Jacques Chirac sur le nucléaire iranien, qui ont surpris les Américains ? A l’heure où nos soldats sont exposés sur des théâtres d’opération particulièrement dangereux (Côte-d’Ivoire, Liban, Afghanistan), Chirac ne veut pas apparaître comme un boutefeu. Il a d’ailleurs exprimé en Conseil des ministres ses craintes d’une attitude belliqueuse de Bush à l’égard de l’Iran.
Chirac lâche les chiens
Malgré ses propos nuancés à Europe 1, certains sarkozystes considèrent que, l’autre matin, le Président a « lâché les chiens. » Et l’on relève ici et là quelques phrases qui témoignent de la volonté de déstabiliser la forteresse de la place Beauvau. C’est le député villepiniste Hervé Mariton qui déclare sur Europe 1 que gouverner oblige à plus de « finesse » que « simplement annoncer un programme ». C’est Jean-Pierre Raffarin qui s’interroge sur la pertinence du 14 janvier comme date de désignation du candidat de l’UMP; sous-entendu, on pourrait la repousser, histoire de gagner un peu de temps si d’aventure Dominique de Villepin ou Michèle Alliot-Marie envisageait de déposer sa candidature. C’est Jack Lang qui souligne, relayant les associations de défense des clandestins, que le nombre des régularisés a été fixé avant d’examiner leur dossier. Et cela va même jusqu’au préfet de Seine-Saint-Denis estimant dans une note que la situation sécuritaire du 93 s’est dégradée depuis les émeutes urbaines.
Tout et son contraire
Bref, que le bilan de Nicolas Sarkozy n’a rien à voir avec celui de l’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, l’homme ayant réduit dans sa ville la criminalité de 70 %. Comme quoi l’on pourrait facilement reprocher au ministre de l’Intérieur tout et son contraire. Reste l’accord majorité-opposition à l’Assemblée sur le projet de fusion Suez-GDF. Est-ce une manière pour l’opposition d’obliger les députés UMP à se compter sur le soutien à Villepin que Sarko appelle officiellement de ses vœux ? Ou un accord Ayrault-Debré évitant au Premier ministre le recours au 49.3 et qui préfigure la suite des événements ? Sans trop spéculer, on peut penser que le ministre de l’Intérieur aura bien compris le message. A défaut de lâcher les chiens, le président a montré les crocs.
14:21
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