30.12.2008

L’étau islamiste autour d’Israël

Beaucoup pensaient qu’à l’approche de la fin de son mandat, le Premier ministre Olmert, englué dans ses affaires de concussion, n’oserait pas rééditer le fiasco de sa précédente intervention au Liban, en août 2006. C’est l’inverse qui s’est produit, sans doute parce que l’homme n’a plus grand-chose à perdre. Mais aussi parce qu’il a obtenu le soutien de sa ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, qui ne souhaitait pas laisser le champ libre au candidat du Likoud, « Bibi » Netanyahu, partisan de la plus grande fermeté, à quelques semaines des élections de février. Quant au ministre de la Défense, Ehoud Barak, qui ordonna le retrait du Sud-Liban, il a mesuré, depuis, son erreur tant cela permit au Hezbollah d’accroître son champ d’action sur le flanc nord de l’État hébreu. Or, ce militaire est autrement plus aguerri que l’ancien syndicaliste Amir Peretz qui dirigeait les opérations de l’été 2006. La dissimulation est d’ailleurs une seconde nature chez cet homme qui s’introduisit à Beyrouth, déguisé en femme, et dont l’offensive-éclair à Gaza a surpris son adversaire islamiste. De surcroît, Tsahal (l’armée israélienne) a été profondément réorganisée après les conclusions de la commission d’enquête sur les raisons pour lesquelles le Hezbollah avait bloqué son offensive terrestre. Enfin, le Hamas n’a pas encore atteint les capacités d’organisation du mouvement islamiste, soutenu par Damas et Téhéran, dont le professionnalisme avait surpris les Israéliens. Hormis le contexte politique intérieur et la vacance du pouvoir outre-Atlantique, qui lui laisse les mains libres, l’État hébreu semble désormais à la recherche d’une victoire militaire pour rétablir sa capacité de dissuasion, négocier un accord avec l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et empêcher l’Iran de lui imposer une parité stratégique dans la région en matière nucléaire. Cela risque, a contrario, de déclencher un embrasement général. Mais les dirigeants israéliens estiment qu’il en va de leur survie et que, la présence des forces américaines au Proche-Orient n’étant pas garantie à long terme, ils doivent en profiter pour impliquer dès maintenant la Maison Blanche.

23.12.2008

Brésil. Un insolent optimisme

Le soleil brille pour le Brésil malgré la crise ou l’adaptation à la mondialisation. Les indicateurs économiques sont au vert et le président Lula en accueillant son homologue français peut afficher un sourire plein d’optimisme.


C’est l’été en hiver à Rio de Janeiro. Aussi, la plage d’Ipanema ne désemplit guère, même durant la semaine, surtout quand le soleil reparaît. Entre adeptes du football et beautés métissées en string, le pays affiche sa joie de vivre et son insolente santé. Car le Brésil, fort de sa croissance et d’un endettement fortement réduit, voit l’avenir avec insouciance. Et le président Lula peut se targuer d’être déjà entré dans l’Histoire. Sous sa férule, le parti des travailleurs (TP) a abandonné ses oripeaux marxistes. Ce petit homme barbu, surgi du syndicalisme, a également consolidé l’alternance et entrepris d’éradiquer la misère par un système de bourses dont bénéficient onze millions de Brésiliens.


Deux millions d’emplois créés en un an

Certes, les écarts de revenus demeurent énormes et les favelas qui surplombent les plages à flanc de collines sont là pour le rappeler. Il n’est pas rare qu’après des descentes de police dans ces quartiers tenus par les trafiquants de drogue, lesquelles se soldent généralement par plusieurs morts, les gangs fassent irruption dans la ville afin de régler leurs comptes. Pour autant, contrairement à la vieille Europe, le Brésil affronte la mondialisation sans inquiétude. « Nous avons créé deux millions d’emplois depuis un an et nous ne succombons pas au pessimisme malgré la crise. Nous en sortirons plus forts », constate le président Lula devant les hommes d’affaires français et brésiliens qui participent au deuxième sommet Union européenne-Brésil. Avec une inflation désormais contrôlée et de bonnes réserves de change, le pays peut s’enorgueillir d’être devenu créditeur net. « Nous avons reçu un satisfecit des agences de notation qui ont fait faillite », ironise même Lula, comme si la crise financière mondiale lui était désormais indifférente.


L’effet de mode du Brésil


Le président brésilien n’en salue pas moins son homologue français comme « l’homme le plus optimiste du monde » et, face à ce géant dont l’appétit semble sans limite, Nicolas Sarkozy tempère les reproches de protectionnisme traditionnellement faits aux « 27 » : « Je sais que les Brésiliens sont inquiets pour leur agriculture. Mais leurs exportations ont été multipliées par trois en Europe », note le Français, qui achève sa présidence européenne en soulignant que « l’Europe croit en vous, à votre culture, à votre amour de la vie ». Dans ce pays, où la chambre de commerce franco-brésilienne fut créée en 1902, les liens sont anciens, même si la communauté française reste modeste (30.000 personnes). Trente-huit sociétés du CAC 40 sont néanmoins présentes au Brésil, qui connaît un effet de mode comme naguère Marrakech : Jean-Paul Gaultier, Alberto Pinto et Paco Rabanne viennent, en effet, s’y ressourcer.


L’effet Carla


C’est pourquoi « l’effet Carla », qui redécouvre ici ses racines paternelles, joue à plein. Deux pages en ouverture du « Jornal do Brasil » y expliquent que la première dame découvre aujourd’hui la favela Pavao-Pavaozinho. Auparavant, Carla Bruni-Sarkozy s’était rendue dans un hôpital du centre de Rio pour visiter une banque de lait maternel destinée à éviter la contamination aux enfants dont la mère est atteinte du sida. Pour celle qui est devenue ambassadrice mondiale des mères et des enfants victimes de la pandémie, on ne pouvait trouver mieux.
Hubert Coudurier

25.06.2008

Proche-Orient. L'économie au service de la paix

Au dernier jour de son voyage au Proche-Orient Nicolas Sarkozy a rencontré, hier, le président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Il reste convaincu que le chemin de la paix passe par le développement de la région.

Les services de sécurité en uniformes noirs sont déployés autour de la résidence de Bethléem du président de l'Autorité palestinienne. « Les Palestiniens ont besoin d'avoir à leur tête un homme de paix, pas de guerre », déclare Nicolas Sarkozy, sur la tribune à côté de Mahmoud Abbas, dit Abou Mazen. Discrète allusion à son prédécesseur Yasser Arafat qui ne sut pas saisir l'opportunité historique des Accords d'Oslo, sans doute pour avoir toujours vécu en chef de guerre. Dans sa réponse, Abbas souligne le courage du président français, utile à une région qui a, selon lui, besoin d'hommes de sa trempe. Il l'invite d'ailleurs avec sa femme Carla à passer la prochaine nuit de Noël à Bethléem.

La nécessité d'un Etat palestinien

« Si les Israéliens nous donnaient la moitié de ce que propose Nicolas Sarkozy, nous serions ravis », glisse Yasser Abed Rabo, le conseiller spécial du chef palestinien. À la Une du quotidien israélien Al Quds figurent les principaux points de l'intervention du Français la veille à la Knesset : outre l'Etat palestinien, le gel de la colonisation, la question des réfugiés et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale des deux Etats. C'est sur ce dernier point que la droite israélienne a manifesté sa mauvaise humeur. La veille, lors de la réception de la communauté française à l'hôtel King David, certains s'interrogeaient sur la propension du président français à leur faire la leçon alors qu'il avait précisément tenté de désamorcer les critiques sur ce point.

Un Etat binational ?

Toutefois, les Palestiniens eux-mêmes ne se font guère d'illusion. « Je ne crois plus beaucoup à un Etat palestinien, indépendant et souverain, analyse l'universitaire Amjad Shahab, professeur de sciences politiques et conseiller d'Ahmad Qoreï. « Je crois qu'il y aura un Etat binational car on est enraciné ici. Ils ne peuvent pas se débarrasser de nous et vice versa. Les Israéliens sont néanmoins les plus forts et ils tiennent tout ». Comme tous les universitaires palestiniens souvent cultivés et formés à l'étranger, Amjad s'exprime sans détour. Il reconnaît que Mahmoud Abbas, qui était l'opposant de Yasser Arafat, n'a pas fait grand-chose depuis son élection pour enrayer le chômage et la chute du niveau de vie en Cisjordanie. Sans même parler de la prise de pouvoir des Islamistes du Hamas à Gaza, où l'autorité palestinienne s'est effondrée, rongée par la corruption.

Dynamiser l'économie de la région

Quelques heures auparavant, s'exprimant devant des chefs d'entreprise, Nicolas Sarkozy appelait à un renforcement des relations franco-israéliennes qui ont régressé depuis les années 90. « Il faut qu'on en fasse plus autour des petites entreprises et de grands projets pour la région auxquels il faut associer la Jordanie et l'Autorité palestinienne. Ainsi, les politiques pourront construire sur du solide. Sur la misère et le sous-développement, on ne construit que la guerre », dit-il. Des voeux pieux sans doute mais qui semblent satisfaire l'assistance. Le président français estime que les Israéliens et les Palestiniens ont suffisamment souffert de leur affrontement sans fin pour ne pas prendre le risque de la paix. Or, les Israéliens semblent vouloir bouger. Le Premier ministre Ehud Olmert qui pourrait bien être remplacé à son poste par le chef de l'opposition, Benjamin Netanyahu, place visiblement quelques espoirs dans la présidence française de l'Union européenne. C'est en effet sa dernière carte avant une éventuelle éviction. Même s'il n'est pas question d'une poignée de mains entre Olmert et le Syrien el-Assad lors du sommet de l'Union pour la Méditerranée à Paris le 13 juillet prochain.

22.11.2006

Liban. L'angoisse de la guerre civile

L'assassinat, hier, de Pierre Gemayel, jeune ministre de l'Industrie de 34 ans, et fils de l'ancien président, Amine Gemayel, va-t-il rallumer la guerre civile au Liban ? A la veille de la Fête de l'Indépendance, dont les cérémonies ont été annulées, les esprits sont inquiets, et beaucoup accusent à nouveau la Syrie.

A Beyrouth, la peur se lit sur les visages, et chacun est calfeutré chez soi dès l'annonce de l'assassinat. C'est que dix-huit mois après celui du Premier ministre sunnite, Rafic Hariri, dont le fils Faad a repris le flambeau, la situation continue de se tendre dans cette poudrière confessionnelle que reste le Liban. D'autant que le destin tragique des Gemayel garde une forte connotation symbolique au pays du Cèdre. Le grand-père, Pierre, fondateur en 1936 des Phalanges, qu'on appelle aussi les kataeb, fut victime, le 13 avril 1975, d'une tentative d'assassinat devant une église. Le jour même, un bus palestinien était mitraillé par les Phalangistes, marquant le début d'une guerre civile qui allait durer quinze ans. Le fils de Pierre, Béchir, l'oncle du ministre assassiné, fut lui-même victime d'un attentat contre son QG le 14 septembre 1982, pour avoir fait alliance avec Israël à l'issue d'une présidence de dix-huit mois. S'ensuivit un déchirement du camp chrétien, partagé entre ses chefs de guerre, dont Samir Geagea, auteur du massacre du camp palestinien de Sabra et Chatila, qu'Ariel Sharon fut accusé d'avoir couvert, alors que l'armée israélienne campait aux portes de Beyrouth.

Improbables alliances
On se souvient également du général Aoun, pilonné par les Syriens dans le palais présidentiel de Baabda et finalement « ex-filtré » vers la France. Des grandes familles chrétiennes qui tenaient le pays avant la guerre, comme les Chamoun et les Frangié, celle des Gemayel demeure assurément la plus emblématique, même si Amine, le père du ministre assassiné, qui a appelé la communauté chrétienne au calme, fit pâle figure en succédant à son frère, le si charismatique Béchir. Dans une société en décomposition avec un camp chrétien éclaté, qui oscille au gré d'improbables alliances, comme celle du général Aoun avec le Hezbollah, ce nouveau meurtre, commis dans le fief chrétien de Jdeideh, et que l'on impute à la « secte des assassins » au pouvoir à Damas, pourrait remettre le feu aux poudres.

Victoire magnifiée
En effet, il intervient dans un contexte particulièrement tendu, suite à la démission des six ministres du Hezbollah, la milice chiite, qui se targue d'avoir vaillamment résisté à l'attaque israélienne de juillet dernier, ayant fait plusieurs milliers de morts, en majorité dans la population chiite de la banlieue sud de Beyrouth et à la frontière avec l'Etat hébreu. Volonté de toucher les dividendes politiques de cette victoire quelque peu magnifiée dans le monde arabe, ou d'empêcher la mise en place du tribunal pénal international chargé de condamner les assassins d'Hariri ? A l'heure où le président américain George W. Bush vient de perdre sa majorité au Congrès pour cause d'enlisement en Irak, le camp loyaliste, incarné par le président Emile Lahoud, tente de reprendre la main contre la majorité issue des manifestations populaires du 14 mars 2005, ayant abouti au départ des troupes syriennes.

Stratégie de la tension
Nous recevant hier matin au palais de Baabda, le président chrétien mettait en cause le Premier ministre Fouad Siniora, un ancien banquier sunnite, proche du clan Hariri, en déclarant : « Pour moi, le gouvernement n'est plus légal depuis que les ministres du Hezbollah l'ont quitté ». Et le président de se flatter d'une proximité avec les Syriens, qui aurait évité jusqu'ici une nouvelle guuerre civile, comme s'il fallait casser à tout prix l'alliance des chrétiens, des sunnites et des druzes ayant permis leur départ. D'où également la volonté de mettre en oeuvre une nouvelle loi électorale, qui leur soit moins favorable, et de provoquer également des élections législatives anticipées. Sans oublier la menace du Hezbollah de descendre dans la rue pour faire monter la pression. A l'heure où les Américains et les Français confirment leur soutien au gouvernement libanais, cette stratégie de la tension se déroule sur un fond d'exacerbation des affrontements régionaux, en particulier le confit israélo-palestinien, dont le Liban n'a pas fini d'être la victime. Un pays meurtri qui reste l'une des rares vitrines démocratiques du Moyen-Orient, dont les institutions fragiles et l'Etat vacillant, tentent de contenir toutes les tentatives de déstabilisation extérieure, qu'elles viennent de Damas ou de Téhéran.

« En guerre sans y être »
« Les Syriens ne reviendront pas au Liban. La conjoncture ne le leur permet pas, et ils ont des problèmes intérieurs. En revanche, nous allons vers une nouvelle confrontation, pas nécessairement militaire mais politique, assortie de manifs et d'assassinats. Le Liban vit dans l'atmosphère d'un pays en guerre sans y être vraiment », me confiait, quarante-huit heures auparavant, l'un des proches de la famille Gemayel. Il ne croyait pas si bien dire. Mais, paradoxalement, ce nouvel assassinat pourrait conforter le gouvernement Siniora, qui n'entend pas se « laisser terroriser » et devrait poursuivre dans la voie du « Printemps libanais » avec l'appui d'un vote du Conseil de sécurité, qui semble affoler le régime syrien. « Nous ne sommes quand même pas le Kosovo. Il n'y a pas eu de massacres ethniques au Liban », nous confiait, hier, le président Lahoud.

16.08.2006

La France entre le marteau et l'enclume

Philippe Douste-Blazy a débarqué pour un quatrième séjour éclair à Beyrouth, la capitale libanaise, désormais interdite à Condoleezza Rice. Ainsi la France s'est-elle imposée dans le processus de paix au Proche-Orient, en tâchant désormais d'incarner un point d'équilibre entre, d'un côté, les intérêts américano-israéliens, de l'autre, libanais, avec leurs deux tuteurs bien encombrants que sont Damas et Téhéran. Au vrai, la position du ministre des Affaires étrangères, qui renoue avec la navette initiée dix ans auparavant par l'un de ses prédécesseurs (Hervé de Charette), est inconfortable. Le cessez-le-feu reste éminemment fragile, comme le confirme le général Pellegrini, patron de la Finul au Sud-Liban. L'acceptation d'Israël semble purement tactique, pour complaire à la communauté internationale, choquée par le nombre élevé de victimes civiles. Mais les experts estiment que la guerre ne sera pas terminée tant que le Hezbollah refusera de désarmer ses milices (*). Le conflit peut donc reprendre à tout moment. Le gouvernement libanais, qui doit déployer ses troupes à la frontière, a mis trois jours pour se réunir, signe évident de dissensions en son sein, où siègent des représentants du Hezbollah. L'Iran attend pour sa part les décisions de la communauté internationale sur le nucléaire, prévues pour la fin du mois. Des mesures de rétorsion pourraient l'inciter à rallumer la flamme dans une région au bord de l'embrasement. La Syrie, elle, n'a pas renoncé à revenir au Liban et les propos très durs du président Bachar el-Assad sur le rôle de la France n'augurent rien de bon. C'est pourquoi Philippe Douste-Blazy est prudent et insiste sur l'adjonction de soldats musulmans aux Français et autres Occidentaux de la future force multinationale. D'autant qu'un rapport de la DGSE dénonce cette perspective comme un piège tant que la situation ne sera pas stabilisée. Les propos du ministre des Affaires étrangères quant au rôle stabilisateur de l'Iran ont suscité en leur temps une certaine ironie. Il n'empêche, Jacques Chirac ayant fait une croix sur ses rapports avec la Syrie, dont il estime qu'elle l'a trahi, la France ne peut jouer sa partition qu'à travers un axe Paris-Téhéran qui oblige déjà Philippe Douste-Blazy à adoucir ses propos initiaux, jugés « atlantistes » sur le nucléaire iranien.

(*) Si le Hezbollah a accepté le cessez-le-feu, c'est qu'il est fortement affaibli, juge le patron d'une grande société d'armement. Le déploiement de l'armée libanaise apparaît ainsi comme une première étape essentielle.