10.12.2008

L'UMP, un parti qui doute

La scène se passe dans un grand hôtel parisien réunissant de nombreux représentants de professions libérales et de Chambres des métiers en présence des conseillers de Paris du groupe UMP. L'atmosphère n'est pas vraiment à la fête, elle est même franchement hostile au président de la République. « On en était revenu à l'ancien RPR, structurellement et intellectuellement hostile à Nicolas Sarkozy », note un observateur sur le thème « si on avait su, on n'aurait pas voté pour lui ». Et notre interlocuteur de déplorer l'abscence d'un parti du président pour accompagner les réformes plus que jamais nécessaires en période de crise, l'UMP étant, selon lui, resté un parti de colleurs d'affiches. Pour caricaturale qu'elle soit, cette analyse dénote un état d'esprit. Et l'on peut comprendre que, face à l'obstruction des députés socialistes qui retarde l'adoption de la réforme sur l'audiovisuel public, le président de l'UMP, Jean-François Copé, préfère passer à la loi sur le logement, bottant en touche sur le travail du dimanche, qui mobilise contre lui une soixantaine de députés UMP sous la houlette de l'élu des Côtes-d'Armor, Marc Le Fur. On avait vu comment le gouvernement avait capitulé lors de la grogne des taxis. Comme si le parti majoritaire restait fondamentalement hostile à la réforme et n'avait pas intégré la dynamique portée par les nouveaux adhérents lors de la vague ayant permis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Or, le danger d'une période difficile comme celle que nous traversons, serait le repli sur soi, le retour aux fondamentaux de la soi-disant « exception française » qui enferme le pays dans l'immobilisme, les députés étant tétanisés par l'échéance législative qui dépend de la réélection du Président. C'est en cela que la nomination de Xavier Bertrand au poste de secrétaire général de l'UMP vise à redynamiser la droite. Tant il est vrai que la récession peut être une opportunité pour accélérer le mouvement lancé il y a dix-huit mois.

09.12.2008

Sarko ou le retour en son royaume

A l’issue d’une présidence européenne brillante qui lui a permis de donner toute la mesure de son talent politique, Nicolas Sarkozy doit préparer son atterrissage sur la scène intérieure française. Son plan de relance ciblé sur l’investissement ne sera pas la panacée, vu l’ampleur de la crise, mais il a au moins le mérite d’exister. En réalité, cette tourmente financière, qui débouche sur une récession, donne au chef de l’Etat, outre l’abandon de ses promesses de campagne, l’opportunité d’une véritable pédagogie de la mondialisation à laquelle ses prédécesseurs se sont toujours refusés. Mais pour ce faire, il lui faut un dispositif gouvernemental en ordre de bataille sur le terrain essentiel de la communication. En intronisant Xavier Bertrand comme animateur en chef de l’UMP, Nicolas Sarkozy fait de cet assureur rassurant, qui a réformé les régimes spéciaux de retraite, son dauphin. Il ne lui livre évidemment pas le parti pour lequel Bertrand fera, dans un premier temps, office de courroie de transmission ce que Patrick Devedjian n’avait pas voulu comprendre. Mais nul doute qu’à un poste aussi stratégique, qui visera aussi à contenir les ambitions présidentielles de Jean-François Copé, Xavier Bertrand, bon communicant, saura s’imposer. Les critiques sur son style très « perso », derrière son énergie et les sourires de circonstance, n’ont pas ébranlé la volonté du chef de l’Etat, qui se retrouve assez bien en lui. D’autant que Brice Hortefeux ne voulait pas du poste, souhaitant rester au gouvernement où, à défaut de l’Intérieur, il pourrait obtenir un grand ministère des Affaires sociales englobant l’actuel portefeuille de Bertrand, comme une étape vers Matignon. Qui de Bruno Le Maire, villepiniste bon teint, ou de Rama Yade, autre « chouchou » (*) avec Bertrand du chef de l’Etat, succèdera aux Affaires européennes à Jean-Pierre Jouyet ? L’important, dès lors que le PS continue à se déchirer, étant que le gouvernement aborde l’année 2009, très délicate au plan social, en position de force.

(*) Lire « Le chouchou, le fabuleux destin de Xavier Bertrand », par Christophe Jakubyszyn et Muriel Pleynet (Anne Carrière)

05.12.2008

Réforme de l'audiovisuel. Copé en bon soldat du sarkozysme

Jean-François Copé « joue le jeu » en défendant la réforme de l’audiovisuel voulue par Nicolas Sarkozy. Le candidat autodésigné à la présidentielle de 2017 lâche du lest pour ne pas exacerber les tensions au sein de la droite. Provisoirement.

Le Parlement donne depuis quarante-huit heures l’image d’un combat droite-gauche revivifié. L’élection de Martine Aubry a regonflé les députés d’opposition dont la majorité conteste l’obstruction sur la réforme de l’audiovisuel public. Accusant le président du CSA, Michel Boyon, d’être aux ordres pour avoir accepté de se laisser amputer du pouvoir de nomination du président de France Télévisions, le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, a qualifié Michel Boyon de « militant ». Lequel a immédiatement reçu le soutien du député UMP Frédéric Lefebvre, jugeant cette attaque « intolérable ».

Un plus grand verrouillage

Pour autant, le gouvernement n’entend pas passer en force par le 49-3 (vote bloqué). Et l’hypothèse d’une suppression de la publicité sur les chaînes publiques par décret n’est pour l’instant qu’une éventualité. Le président du groupe UMP, Jean-François Copé, qui présidait une commission audiovisuelle dont les avis n’ont guère été suivis, faisait, hier, un peu de pédagogie auprès des éditorialistes de la presse régionale dont il était l’invité. Copé entend tirer les leçons de cette obstruction, somme toute assez classique et qui rappelle les grandes heures de la droite après l’élection de Mitterrand. Bref, la modification du règlement est à l’ordre du jour dans le sens d’un plus grand verrouillage. Sur le fond du dossier, Copé constate que la suppression de la publicité permettra aux téléspectateurs d’avoir des programmes à partir de 20 h 30 et de bénéficier d’une deuxième partie de soirée pas trop tardive. Le responsable du groupe UMP salue à cet égard la réactivité du président Patrick de Carolis qui vient de présenter sa nouvelle grille.

En service commandé

Sur le plan financier, le président du groupe majoritaire estime que l’effondrement du marché publicitaire donne raison au gouvernement qui compensera intégralement le manque à gagner (450 millions d’euros). Sans parler du passage au numérique permettant de récupérer 100 millions d’euros supplémentaires à partir de 2011. En réalité, Copé, qui s’exprime ainsi en service commandé tel un bon soldat du sarkozysme, semble parfois en position délicate. L’Elysée ne l’aime guère pour sa propension à l’autonomie avec cette fameuse coproduction législative qui vise à sortir enfin le Parlement français de son rôle de godillot. Or, c’est paradoxalement Nicolas Sarkozy qui a créé les conditions de cette émancipation. Laquelle nous rapproche des grandes démocraties occidentales où le Parlement joue un rôle de contre-pouvoir.

Une soumission refusée

L’homme, qui veut être candidat à la présidentielle en 2017, à l’âge où Sarkozy fut élu président, a refusé la soumission que se sont imposés pour durer à leurs postes respectifs François Fillon et Patrick Devedjian. Mais Jean-François Copé donne aujourd’hui des gages afin de ne pas exacerber les tensions au sein de la droite, avivées par le travail du dimanche. Néanmoins, tout cela n’aura qu’un temps.