16.12.2008

De l'art du compromis et du passage en force

Xavier Darcos, ministre de l'Education, s'inquiète de la situation « dans une certaine mesure inacceptable et dangereuse » à Gaza où les Israéliens ont accru le blocus. Cette prise de distance à l'égard de l'Etat hébreu est fort intéressante, mais on attendait sa parole sur la scène hexagonale où il devait présenter aujourd'hui sa réforme de la seconde. Or, la montée en puissance des mouvements lycéens a conduit l'Elysée à suspendre provisoirement la réforme qui devait entrer en vigueur à la rentrée 2009. Pas assez bien expliquée, a jugé le Premier ministre François Fillon ayant estimé que le gouvernement n'était pas à « trois mois près ». « Je n'aime pas avoir des lycéens dans la rue, ils peuvent faire n'importe quoi. Aujourd'hui, il n'y a pas de coordination ni d'interlocuteurs. Ce qui est demandé est extrêmement vague », nous confiait, hier, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, sans doute alertée de la situation en Grèce. Ainsi, le président de la République a joué la prudence même si, selon les confidences de Bruno Julliard, ancien président de l'Unef devenu secrétaire national du PS à l'Education, Nicolas Sarkozy avait clairement manqué à la solidarité gouvernementale durant la crise du CPE en soutenant les syndicats qui s'opposaient au Premier ministre Dominique de Villepin. Une reculade rapide et sans bavures vaut mieux qu'une retraite après des semaines de résistance, juge l'Elysée qui joue constamment sur la réactivité et la mobilité. Il reste qu'un retrait définitif serait désastreux pour les lycéens dont beaucoup n'ont pas forcément compris le sens de la réforme. D'autant qu'il ne s'agit que du début d'un processus visant à mieux adapter l'école à son environnement. Autrement dit, ce n'est pas leur rendre service que de céder constamment. Contesté sur le dossier de l'audiovisuel public où il a montré sa nature autoritaire en affaiblissant le CSA, le pouvoir a donc besoin d'un succès sur le travail du dimanche. Voire même d'un passage en force qui laisse peu de chances au compromis, à vrai dire bancal, de Jean-François Copé.

12.12.2008

Présidence française. L'illusion d'être au centre de l'Union

C'est déjà l'heure du bilan de la présidence européenne de Nicolas Sarkozy. Ses initiatives ont-elles permis à la France de revenir au tout premier plan de l'Europe ?

Il est convenu de dire que la présidence européenne de Nicolas Sarkozy, qui s'achève symboliquement aujourd'hui par le sommet de Bruxelles, va le contraindre à se recentrer sur la scène intérieure avec le cortège de difficultés économiques et sociales qui l'attendent. Mais peut-on d'ores et déjà dresser le bilan de ces six mois entamés en fanfare avec le lancement de l'Union pour la Méditerranée en présence du dictateur syrien Bachar el Assad ? « Quel Européen est Nicolas Sarkozy ? Sauveur du traité constitutionnel ou suiveur d'Angela Merkel ? Matamore d'un jour à l'assaut de la BCE (Banque centrale européenne) ? Élève insolent affichant son déficit ? Inventeur d'une Union méditerranéenne vite rentrée dans le rang européen ? Pourfendeur des spéculateurs ou observateur consentant des excès du capitalisme financier ? », s'interroge notre correspondante à Bruxelles, Florence Autret dans un brillant essai (1). Visiblement moins sensible aux sirènes du show sarkozyste que les journalistes politiques qui suivent au quotidien le président français, elle estime que l'histoire européenne avance dans une réalité qui, elle, n'a rien de virtuelle.

Constamment en initiative
L'activisme de Nicolas Sarkozy n'en a pas moins permis à la France de marquer quelques points. D'abord, en faisant oublier l'épisode calamiteux du référendum européen qui nous stigmatisait comme « l'homme malade de l'Europe ». Ensuite, en bousculant l'Allemagne et sa chancelière impavide qui installait une domination sans partage dans laquelle le couple franco-allemand n'était plus qu'un lointain souvenir. En multipliant les coups comme la libération des infirmières bulgares, en nouant une alliance de revers avec la Grande-Bretagne, en mobilisant les Européens et les pays émergents pour la tenue d'un G20 à Washington, le président français est apparu constamment en initiative, laissant Angela Merkel quelque peu isolée durant la crise financière. De surcroît, la Commission européenne s'est trouvée marginalisée dans cette gestion de crise qui a amplifié une tendance à la renationalisation des politiques communes, du moins dans la gestion politique.

Inflation de dépenses
Hostiles au « keynésianisme (2) grossier » des Britanniques, passés d'une « prudence financière à un endettement élevé », les Allemands, qui ont beaucoup donné lors de la réunification, restent circonspects face à cette inflation de dépenses. Mais pour la Grande-Bretagne, dont l'économie repose en grande partie sur la finance, c'était vital. La France conserve pour sa part un endettement élevé et un problème de compétitivité. Toutefois, en quelques mois, le chef de l'État a créé l'illusion qu'elle était redevenue le centre de l'Europe.

1. « Sarkozy à Bruxelles » par Florence Autret. Editions du Seuil. 15 euros. 2. Doctrine de Keynes qui préconise la relance.

11.12.2008

Des icônes médiatiques malmenées

Il y a quelque chose d'assez fascinant chez Bernard Kouchner, homme fort sympathique et apprécié des Français : sa propension aux gaffes, qui rappellent le parler-vrai de Michel Jobert, assez peu compatible avec la parole politique. Dire que la création d'un secrétariat d'Etat aux droits de l'Homme était une erreur apparaît carrément paradoxal de la part d'un homme dont ce fut le fonds de commerce et qui souffre de voir Nicolas Sarkozy pratiquer, comme tous les chefs d'Etat, la realpolitik en fréquentant allègrement des dictateurs. Même si la récente rencontre du président français avec le dalaï-lama était devenue incontournable pour se faire respecter du régime chinois. De surcroît, dans son interview au Parisien, le ministre des Affaires étrangères semble vouloir « flinguer » celle à qui Nicolas Sarkozy a donné une leçon d'éducation politique en lui expliquant qu'elle devait mouiller sa chemise et ne pas se comporter en enfant gâtée du gouvernement. Refusant d'être tête de liste aux élections européennes et revendiquant le poste de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Rama Yade faisait preuve d'une certaine désinvolture à l'égard de ses patrons que son charme et son intelligence ne pouvaient totalement excuser. Alibi au sein du gouvernement, elle fut d'ailleurs écartée du voyage en Chine et réduite au silence en Tunisie. Rama Yade n'en est pas moins passée du stade de la créature présidentielle à celle de figure emblématique (*) au même titre que Rachida Dati. Ses propos sur Kadhafi feront date. Mais la diversité semble désormais moins d'actualité qu'au lendemain de la présidentielle. Si Rachida Dati s'est fait corriger coup sur coup par le Président (à propos de l'arrestation du journaliste de Libération) et le Premier ministre (sur l'incarcération des enfants de douze ans), c'est un signe. Elles ne seront plus considérées comme des icônes intouchables et continueront à prendre des coups en fonction des nécessités politiques du moment quand les grands chefs devront corriger le tir. Ce qui est finalement la meilleure chose qui puisse leur arriver. (*) Rama Yade : « Les droits de l'Homme expliqués aux enfants de 7 à 77 ans ». Editions Seuil (7 euros).