13.11.2008

Sarkozy en équilibre sur un fil

Les craintes de récession engendrent l'inquiétude et favorisent paradoxalement le pouvoir en place. Du moins pour l'instant. Surtout quand il cherche des boucs émissaires comme les pétroliers ou les banquiers que l'État estime avoir sortis d'un mauvais pas, et dont on attend désormais qu'ils jouent leur rôle en injectant des crédits dans l'économie. « Au départ, il y a eu une fuite en avant qui tenait du casino. Puis, les banques ont bloqué le système; c'était comme un corps où le sang ne circulerait plus », note un proche de Nicolas Sarkozy. Dans cette période d'attentisme face à une crise dont on ne mesure pas encore l'ampleur, la stratégie du « pilote dans l'avion » a bien fonctionné. Pour l'Élysée, la reconquête de l'opinion avait été entamée au printemps dernier par l'émission du Président sur TF1. La présidence de l'Europe et la crise géorgienne ont permis au chef de l'État de se représidentialiser après les dérives de la première année de règne, marquée par une forme d'ivresse du pouvoir. Mais la crise financière est venue montrer la fragilité, sinon l'impuissance, des politiques face à la mondialisation. Difficile à accepter dans un pays où la culture d'un État, qui règle tout, est si prégnante. D'où l'énergie de Sarkozy, qui sera ce week-end au sommet de Washington pour démontrer que le volontarisme a encore un sens. Certes, la fin du mandat de George Bush lui a permis d'occuper le terrain. Ce qui sera moins facile avec Barack Obama. Et l'avènement d'un nouveau leader au PS, quel qu'il soit, va marquer le retour d'une opposition digne de ce nom. Au total, le chef de l'État, qui peut se targuer d'une remontée spectaculaire dans l'opinion, au point d'égaliser quasiment son score avec celui du Premier ministre, jusqu'alors plus populaire, sait combien ce regain est fragile. La hausse du chômage programmée pour les prochains mois, et qu'il a eu l'intelligence d'anticiper, reste son pire ennemi. Tandis que le gouvernement lève le pied sur les déficits pour ne pas aggraver la récession, peut-il encore poursuivre la politique de réformes qui fondait sa légitimité ?

12.11.2008

Ségo sort du frigo

Ce ne sera sans doute ni Vincent Peillon ni Julien Dray et encore moins François Rebsamen. C’est tout simplement Ségolène Royal qui devrait revendiquer le poste de premier secrétaire du PS. À moins qu’elle ne s’attribue un titre de présidente, si l’on en croit désormais « Le Monde », chapeautant par là-même un premier secrétaire délégué. La mise au « frigidaire » de sa candidature pourrait ainsi apparaître purement tactique. Même si le front uni, qui risque de se dessiner contre elle, l’oblige à monter en première ligne. Ce qui n’est pas encore totalement acquis. Mais, forte du soutien des barons régionaux (notamment des Bouches-du-Rhône et de l’Hérault), la madone du PS tente de jouer la base et les jeunes contre les cadres qui tiennent l’appareil. Toutefois, même si elle apparaît en tête du peloton, Ségolène Royal est loin d’être majoritaire. Or, échaudés par la présidentielle, la plupart des barons du parti n’ont aucunement l’intention de lui faire la courte échelle. Pas plus Bertrand Delanoë que Martine Aubry. Quant à Benoît Hamon, vu leur positionnement réciproques, lui radical, elle centriste, ce serait l’alliance de la carpe et du lapin. On s’achemine donc vers un congrès de Reims qui pourrait fort bien ressembler à celui de Rennes, de sinistre mémoire. D’ici là, la présidente du Poitou-Charentes trouvera-t-elle des alliés ? Saura-t-elle rallier à sa cause une partie de ceux qui l’accusent toujours de jouer trop perso et rejettent son style résolument « télévangéliste » ? Beaucoup pourraient être tentés par la politique du pire à travers un TSS (Tout Sauf Ségolène). En faisant du même coup l’impasse sur la prochaine présidentielle. Après tout, me confiait récemment un cacique : « Le calendrier qui prévoit une sortie de crise en 2010 est favorable à Sarkozy ». C’est oublier que les Français voudront peut-être rejouer le match de 2007 entre Sarko et Ségo.

10.11.2008

Edition. Embarquement sur « Air Sarko »

Véritable « Lapin Duracell », Nicolas Sarkozy ne tient pas en place. Surtout aujourd’hui, en période de crise, où on le voit courir d’un bout à l’autre de la planète. Elle est bien loin la période où De Gaulle pouvait séjourner trois semaines en Amérique Latine lorsqu’il fit son fameux discours sur « la mano en la mano ».

Un Phileas Fogg moderne
Éditorialiste à Sud-Ouest, Bruno Dive suit depuis longtemps ces voyages officiels dont le tempo s’est singulièrement accéléré depuis l’élection de mai 2007. « Embedded », comme disent les Américains, c’est-à-dire embarqué dans « Air Sarko », Dive nous conte avec moult anecdotes ses cinq tours du monde en 280 jours, ses visites écourtées au risque de froisser les pays hôtes, ses accolades aux chefs d’État comme s’il était toujours en campagne électorale. Avec Dive, qui nous décrit ce moderne Phileas Fogg, le héros de Jules Verne, nous pénétrons au Vatican lors de la rencontre avec Benoît XVI, qui lui confie avoir appris le français dans son lycée de Bavière. Auparavant, nous étions au dîner officiel avec le Président chinois, Hu Jintao, auquel Nicolas Sarkozy présente son fils, Pierre, en disant :  « Ce garçon va bientôt venir en Chine car il doit commencer à travailler et surtout apprendre à obéir ».
Une multitude de détails
Nous nous transportons également en Roumanie lorsqu’il « pique » le stylo ayant servi à la signature d’accords bilatéraux, en Pologne où il offre, par mégarde, à ses homologues du Cognac frelaté. Une multitude de petits détails qui indiquent parfois un certain manque de savoir-vivre auquel son épouse, Carla, essaie de remédier. Au total, la seule qui lui résiste vraiment, en le traitant de « Roi-soleil », est Angela Merkel qu’il s’ingénie régulièrement à contourner. De même, la complicité instaurée avec les journalistes durant la campagne présidentielle ne doit pas faire illusion. Et notamment avec la gent féminine dont il se lasse volontiers après l’avoir courtisée, affirmant, selon l’auteur : « Elles sont moches, il va falloir les changer ». « Air Sarko, chronique des voyages présidentiels », par Bruno Dive.
Editions Jacob-Duvernet. 17,90 €.