19.11.2008

Afghanistan : La France pourrait faire école

La diffusion par la chaîne Al-Arabiya d'une cassette datée de quelques mois et comportant des menaces d'un groupe taliban contre la France, si elle persistait à se maintenir en Afghanistan, ne devrait pas relancer le débat sur l'opportunité de sa présence militaire. Lequel a déjà eu lieu l'été dernier après la mort de dix soldats dans une embuscade. Notre pays, dont les forces sur place sont les moins nombreuses de la coalition occidentale, ne peut s'extraire d'une légitime solidarité dans la lutte contre le terrorisme international. Mais, à l'heure où la situation se dégrade sur le terrain, comme l'indique l'envoyé spécial de l'Onu, la perspective d'un enlisement analogue à celui de l'Armée rouge du temps de l'Union soviétique se profile. Le nouveau président américain a d'ailleurs indiqué son intention d'accélérer le retrait des troupes d'un Irak en voie de stabilisation afin de les concentrer sur l'Afghanistan. Durement touchée par le terrorisme iranien durant la période 1986-88 pour sa cobelligérance avec l'Irak auquel elle fournissait du matériel militaire, puis à partir de 1995 par les islamistes algériens pour son soutien au régime des généraux, la France a appris la prudence. Elle connaît beaucoup mieux le monde arabe que les États-Unis et n'a pas commis l'erreur, grâce à la lucidité de Jacques Chirac, de les suivre en Irak. Du même coup, la France a été transformée, temporairement du moins, en sanctuaire. Épargnée contrairement à Madrid et Londres, Paris ne pouvait néanmoins rester indéfiniment à l'écart de ce conflit dont elle veut éviter qu'il ne dégénère en guerre de civilisations. D'autant que les Américains se sont inspirés du « savoir-faire » de l'armée française durant la guerre d'Algérie pour inverser le cours de la guerre en Irak en ralliant les tribus sunnites hostiles à al Qaida. En Afghanistan aussi, la France pourrait faire école.

18.11.2008

PS : deux conceptions de la politique

Passons d’abord sur les commentaires apitoyés de certains députés UMP, tel Frédéric Lefebvre, ou même de ministres, comme Michèle Alliot-Marie, qui s’inquiètent d’une disparition prochaine du PS.

C’est de bonne guerre mais cette hypothèse improbable n’est, de surcroît, pas souhaitable dans une démocratie moderne caractérisée par l’alternance. Les faux semblants de l’ouverture ne doivent pas plus priver le pays d’une formation d’opposition que d’une presse indépendante. Que le PS étale le spectacle de ses divisions traduit sans doute un certain masochisme mais procède également d’une volonté de transparence. Au fond, le débat pour l’essentiel porté par deux femmes, Benoît Hamon oscillant entre une force d’appoint ou de résistance, n’est pas médiocre. Il incarne deux conceptions de la politique. L’une traditionnelle pour Martine Aubry, à laquelle Bertrand Delanoë a fini par se rallier à contrecœur, visiblement amer de son échec. L’autre, plus moderne, mais pas forcément meilleure pour Ségolène Royal, qui dérange sans convaincre tout à fait. Résumons, la première incarne l’union de la gauche, qui ne peut plus être majoritaire dans le pays du fait de l’effondrement des communistes. La seconde, qui fut la première à revendiquer l’alliance avec le centre, remet, du même coup, en selle un MoDem bien isolé. Et François Bayrou de surenchérir en expliquant aux socialistes que le refus d’une alliance avec lui installerait Sarkozy au pouvoir pour dix ans. Face aux élites traditionnelles un peu usées, Ségolène Royal, quoiqu’en position de challenger, apparaît en phase avec le rajeunissement de la base militante, la montée en puissance des barons régionaux et une nouvelle manière de faire de la politique que contestent ses adversaires. Lesquels se disent hostiles à un parti de supporters à l’américaine flirtant avec une conception très show-biz de la politique dont Nicolas Sarkozy aura été l’initiateur. Mais n’ont-ils pas envie de voir se rejouer le match de 2007 ? A l’évidence, les militants choisiront celle qui a le plus de chances de l’emporter à la présidentielle.

 

14.11.2008

L'affrontement nécessaire

« Il est ahurissant que les gauches européennes n'aient pas réussi à organiser un sommet face à la crise financière mondiale », note l'ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine. Moyennant quoi, c'est Nicolas Sarkozy qui va se poser en refondateur du capitalisme à Washington alors que les socialistes étaient jusqu'alors les champions de la régulation. Au fond, le drame du PS est de n'être jamais sorti de l'ambiguïté de François Mitterrand, alors que le nouveau Président semble aujourd'hui s'inspirer de ses méthodes, qui consistaient à brouiller les cartes en permanence tout en étant d'un pragmatisme à toute épreuve. Faute d'avoir acté le tournant de la social-démocratie comme le SPD allemand à Bad-Godesberg, le PS a préféré les synthèses de circonstance aux affrontements idéologiques qui auraient permis de clarifier sa ligne. Ainsi, le Premier secrétaire, François Hollande, qui aura tenté durant une décennie de se maintenir en équilibre au sein du parti, paie pour ne pas avoir tranché dans le vif. A force d'attentisme, de parenthèses et de débats trop théoriques, le PS n'a pas su se définir par rapport à certains enjeux de société comme la délinquance. Surtout, il s'est montré incapable d'appréhender la mondialisation et les contraintes qu'elle impose en termes de redistribution du pouvoir et des richesses à l'échelle mondiale. En privilégiant l'alliance avec le centre, même si elle estime désormais que le MoDem est un faux problème qu'on lui oppose pour la discréditer, Ségolène Royal a eu le mérite de choisir un cap. Car, c'est d'un compas dont les socialistes ont aujourd'hui besoin pour naviguer. Et beaucoup en viennent à souhaiter à Reims un affrontement salutaire comme au congrès d'Epinay, qui permette au parti de sortir de ses contradictions.