25.11.2008

Le soupçon d’une reprise en main

Vu l’état qui est celui de leur parti, les députés socialistes auront peut-être du mal à faire un « Vietnam parlementaire » du débat sur la réforme de l’audiovisuel public qui s’ouvre aujourd’hui. Il n’empêche, l’enjeu est d’importance et n’est pas sans rappeler le bras de fer de Silvio Berlusconi avec la RAI dont le président du Conseil italien dit ne plus supporter les constantes « railleries » et « outrages » dans lesquels il voit la main de l’opposition. Peut-on, pour autant, parler en France d’une « grande braderie de l’audiovisuel public », doublée d’une volonté de « mise à mort au profit du privé », comme l’affirment les syndicats ? Il est clair que la réduction, pour cause de crise financière, du montant des taxes sur les recettes publicitaires des chaînes privées et les opérateurs de télécommunications tombe mal et va rendre son financement aléatoire. Elle vient contredire la promesse faite par le chef de l’Etat de compenser « euro pour euro » le manque à gagner de 450 millions d’euros résultant pour France-Télévisions de la suppression de la publicité. Or, cette réforme qui va permettre à Nicolas Sarkozy de nommer le président de France-Télévisions, pouvoir jusqu’alors conféré au Conseil supérieur de l’audiovisuel, fait naître le soupçon d’une volonté de reprise en main politique, toujours selon l’exemple italien. Or, comme le souligne François Bayrou, « la télévision publique n’appartient pas à l’Etat, encore moins au pouvoir. Elle appartient aux téléspectateurs qui en assurent la charge par la redevance ». A l’heure ou les procédures judiciaires se multiplient contre les journalistes pour les contraindre à révéler leurs sources, afin de leur « mettre la pression » et les inciter à plus de mesure dans leurs critiques et leurs investigations, la guérilla parlementaire autour du projet de réforme de l’audiovisuel public fera figure de test. Le jugement en appel en fin de semaine de la plainte de Nicolas Sarkozy sur les poupées vaudous, qui fixera les bornes de la liberté d’expression, en sera un autre.

24.11.2008

Sarkozy sur un champ de ruines

Une opposition complètement déstabilisée, Villepin occupé avec la Justice, MAM muette... Le président de la République ne se plaindra pas d’être actuellement privé d’adversaires politiques. Quels que soient les discours sur la refondation du capitalisme qu’on entend ici et là, l’américanisation de la vie politique française se poursuit. La bataille des chiffres au sein du PS rappelle furieusement le « recount » (recomptage des voix) de Floride qui avait finalement permis à George W. Bush de l’emporter avec moins de voix qu’Al Gore. Elle jette, par ailleurs, un éclairage sur des pratiques de tripatouillage électoral qu’on croyait révolues.

Villepin neutralisé
Certes, l’implosion prévisible du Parti socialiste marque la fin d’un cycle, d’une génération mais aussi d’une certaine manière de faire de la politique. Ségolène Royal, qui n’a rien d’une oie blanche, tente, comme Sarkozy l’a fait dans son camp, d’incarner le renouvellement au sein d’un parti dont les caciques ont vieilli. D’autant que son idéologie n’a pas résisté à l’épreuve de la réalité. François Bayrou a raison de s’étonner qu’un rapprochement du PS avec son MoDem fasse l’objet d’une polémique alors qu’un tel axe semble évident pour reconquérir le pouvoir. Mais pour l’heure, Nicolas Sarkozy règne sur un champ de ruines, quasiment privé d’adversaires. L’opposition, déjà déstabilisée par l’ouverture, n’existe plus, et hormis Bayrou qui a approuvé le Président lors de la crise financière, il n’y a plus personne pour le contrer. Renvoyé en correctionnelle, Villepin semble neutralisé pour de longs mois par l’affaire Clearstream. MAM est silencieuse, sans doute par peur de perdre son ministère que convoite Brice Hortefeux, et Juppé s’est replié dans son donjon bordelais.

En première ligne face à la rue
Servi par les circonstances, Nicolas Sarkozy a marqué d’incontestables points en politique étrangère lors de la crise géorgienne et à l’occasion du G 20 à Washington. Il doit néanmoins affronter une redoutable crise économique qui n’a pas encore produit ses effets. Or, certaines de ses rodomontades qui ressemblent à des communiqués de victoire dans une situation mouvante finissent par inquiéter. Faute de relais parmi les corps intermédiaires, notamment les syndicats déçus, la presse se montrant partagée, le Président se retrouve en première ligne face à la rue. Un risque qu’il semble juger négligeable, comme si la démocratie traditionnelle avait vécu.

20.11.2008

Presse, créativité et déontologie

La spécificité du congrès de la profession, qui se tient cette année à Lyon, réside dans le fait qu’il intervient à mi-parcours des Etats généraux de la presse, censés rendre leur conclusion fin 2008.


Curieusement, il s’est ouvert sur un exposé des raisons pour lesquelles le groupe allemand Springer n’avait pu implanter en France un grand quotidien populaire tiré à un million d’exemplaires. Il semble que notre système de diffusion centralisé autour des NMPP (hormis pour les quotidiens régionaux) ait servi de ligne Maginot. Cela ne doit pas nous dispenser de faire un examen de conscience sur les raisons pour lesquelles la presse française reste si peu performante. À mon sens, cette désaffection des lecteurs, qui nous laisse à la traîne dans le classement mondial des taux de lecture, s’explique de façon évidente. Les quotidiens, contrairement aux magazines qui ont fait de réels efforts de contenu et de marketing, ne sont pas au niveau. Même si la presse de l’Ouest fait encore figure d’exception, trop d’idéologies, trop de connivences avec les pouvoirs (politique ou économique), pas assez d’investigations et de créativité ont peu à peu érodé la confiance des Français dans leurs titres traditionnels. Cela est d’autant plus dommage que les nouveaux médias que sont l’internet ou les télévisions sur la TNT ont largement besoin de la presse écrite qui conserve un formidable réseau d’information. Cette préoccupation nécessaire du contenu et de la qualité éditoriale ne ressort pas suffisamment des Etats généraux lancés à l’initiative du président de la République. Encore une spécialité bien française car il eut mieux valu que la profession les organise elle-même plutôt que de s’en remettre au soutien pour le moins intéressé de l’État. Surtout quand il prétend lier des aides à la presse aux journaux qui respecteront la déontologie. Laquelle ? Celle de ne pas critiquer l’action gouvernementale ? On peut comprendre l’agacement des journalistes de ne pas être mieux associés à ces Etats généraux qui, pour l’heure, coulent comme un robinet d’eau tiède.