28.02.2007

Critiquer en toute indépendance

Quelques précisions sur le billet « Sarko prie pour Ségo », qui ne me semble pas avoir été bien compris par certains. Le titre, un peu elliptique, voulait dire Sarko prie Ségo de reprendre du poil de la bête, car la perspective d’un deuxième tour avec Bayrou pourrait être beaucoup plus dangereuse pour lui. Depuis, Nicolas Sarkozy a été entendu au-delà de toute espérance puisque la candidate socialiste, boostée par son passage à TF1, fait désormais jeu égal avec lui, tandis que François Bayrou ne faiblit pas. Ce dont je n’ose me féliciter depuis la suspension injuste d’Alain Duhamel, qui a été une fois de plus l’occasion de faire le procès d’un grand pro.
Je n’entrerai pas dans la critique habituelle des journalistes et, selon les clichés en vogue, de leur connivence supposée avec le pouvoir (la réciproque n’étant pas vraie puisque les politiques détestent les journalistes), de la finance et les élites en général, éloignés qu’ils seraient des gens modestes et de leurs préoccupations. Tout d’abord, les citoyens des pays démocratiques ne réalisent pas toujours que la liberté de la presse est un bien précieux (il suffit de lire le rapport de Reporters sans frontières sur leur élimination systématique dans les dictatures). Un professionnalisme accru, une réelle diversité malgré la constitution de grands groupes (dont le Télégramme ne fait pas partie) ont permis, en faisant circuler l’information, de développer un sens critique, une conscientisation, un niveau d’éveil qui n’existaient pas du temps où les lecteurs se contentaient d’affirmer : « C’est vrai parce que c’est écrit dans le journal ».
Pour autant, ne jetons le bébé avec l’eau du bain au nom de la transparence et de règlements de compte à courte vue motivés par la jalousie. Le développement des blogs est une avancée supplémentaire de la démocratie d’opinion, mais il faut bien reconnaître que l’on y côtoie le meilleur comme le pire.
Pour ma part, je n’ai déjeuné qu’une seule fois à l’Élysée en douze ans de mandats chiraquiens, à l’égard desquels je me suis efforcé, tout en restant à la distance qui s’impose, d’en souligner les bons et les mauvais côtés. De même que j’ai toujours encouragé les journalistes du Télégramme à prendre du recul à l’égard des institutions qui les abreuvent régulièrement de leurs communiqués et sollicitations. Je ne suis pas un porte-parole de l’UMP, mais je dois bien constater, selon les sondages, que le PS n’a plus le monopole du vote populaire (je vous renvoie à l’article inattendu de Laurent Joffrin dans Libération sur ce sujet).
25 ans de socialisme (de Mitterrand à Chirac avouant son admiration pour son prédécesseur dans le livre de Pierre Péan) ont brouillé les repères, engendré une certaine confusion dans les valeurs et appauvri la société française, qui a reculé en terme de pouvoir d’achat et de PNB par habitant. La révolution culturelle des années soixante en Occident et la mondialisation se sont conjugués pour déstructurer le corps social. Une sérieuse remise à plat s’impose alors que l’actuel président, dont la sensibilité humaniste est volontiers affichée, a plutôt privilégié le statu quo à l’audace politique.
Ségolène Royal a eu spontanément l’intuition de cette mutation, puisqu’elle s’est déportée dans un premier temps vers les valeurs de droite (reprises dans son discours de Villepinte) avant de faire revenir les éléphants pour obtenir l’appui d’un parti qu’elle tenait en lisière de sa campagne. Nicolas Sarkozy a eu le mérite de déculpabiliser la droite, qui était devenue l’ombre d’elle-même. On verra à l’arrivée s’il a fait ou non baisser le Front National, qui était en grande partie la conséquence de la vacuité de cette formation politique.
Approuver certaines initiatives du président de l’UMP ne m’a pas empêché de critiquer ses erreurs, comme son maintien prolongé place Beauvau et sur les dangers que cela faisait peser sur les libertés publiques. Tout en ironisant sur les Chiraquiens, qui allaient à la soupe. Enfin, j’ai salué la bonne campagne de François Bayrou, en rappelant que c’est sa démarche qui se rapprochait le plus de celle de Chirac en 1995, alors que, paradoxalement, le président de l’UDF restait le seul candidat issu de la droite ayant réellement rompu avec le chef de l’État.
Si le Télégramme et les journalistes qui le font n’étaient pas aussi indépendants que certains propos militants le sous-entendent, nous ne serions pas l’un des rares quotidiens régionaux dont la diffusion continue à progresser.

 

11:00 Publié dans Débat | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Hubert Coudurier, Ségolène Royal, François Bayrou, UMP, PS, UDF

15.11.2006

Sarko cadre la relation franco-algérienne

Après son voyage controversé outre-Atlantique, Nicolas Sarkozy a fait un sans-faute en Algérie. Un geste pour les visas d’un côté, une petite phrase de l’autre pour bien montrer que la repentance n’est toujours pas sa tasse de thé, « on ne peut demander aux enfants de s’excuser pour les fautes (éventuelles) des pères », une escale au monastère de Tibéhirine où furent assassinés sept moines trappistes, drame pour lequel la responsabilité de la Sécurité militaire algérienne fut évoquée, tout était parfaitement dosé. Jusqu’à la mention en termes choisis, qu’après tout un traité d’amitié n’était sans doute pas nécessaire. Une manière subtile d’indiquer aux autorités algériennes si ombrageuses et à leur Président qui pourfend régulièrement la France pour des raisons de politique intérieure, les limites à ne pas dépasser. Au passage, le ministre de l’Intérieur a interrogé son homologue sur ce noyau dur du groupement salafiste (GSPC) qui ne varie guère mais semble régulièrement réalimenté malgré des départs moins nombreux de djihadistes vers l’Irak. Un sujet de sécurité intérieure à suivre de près, tant il est vrai qu’un attentat terroriste en France pourrait surgir de ses rangs. Apaisement donc dans les relations franco-algériennes qui s’est traduit par un entretien du ministre de l’Intérieur avec un président Bouteflika apparemment requinqué après de nombreuses supputations sur son état de santé.
A l’heure où nos pandores semblent être devenus la cible quotidienne des bandes, fait quasi unique dans un pays occidental, il est peu probable que Sarko soit venu à Alger prendre des leçons de maintien de l’ordre. En revanche, à l’heure ou la croissance s’effondre, le programme d’inspiration libérale que vient de concocter l’UMP apparaîtra sans doute nécessaire au cours des prochains mois pour relancer l’économie. Là aussi les Algériens ont quelques longueurs d’avance sans pour autant constituer un modèle à suivre.

08:55 Publié dans Débat | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hubert Coudurier, Sarkozy, Algérie