21.09.2006

Une amitié embarassante

« Quand je suis en tête à tête avec Nicolas Sarkozy, il ne me reproche rien », confie en privé Dominique de Villepin à propos du scandale Clearstream. Est-ce la raison pour laquelle le ministre de l’Intérieur observe désormais un profil bas sur cette affaire, convaincu qu’une victimisation outrancière le desservirait ? L’Hôtel Matignon n’hésite d’ailleurs plus à dire que la première victime de cette saga, digne d’un roman policier, est en l’occurrence le Premier ministre. « Tout le monde connaît désormais tout. Il n’y a plus de zones d’ombre », confie son entourage. En déduire que cette affaire ressort à la une des médias parce que Dominique de Villepin reprend du poil de la bête serait néanmoins exagéré. Car la procédure judiciaire se déroule à son rythme, et la convocation du chef du gouvernement devant les juges apparaît inéluctable... après tant d’autres ! Quoi de neuf donc sur le fond ? Une note de la DGSE aurait établi la manipulation dès la publication d’un article du Point sur l’affaire en juillet 2004. Dominique de Villepin n’en aurait pas tenu compte, pas plus que des mises en garde du général Rondot, et aurait commandé une enquête à la DST, comme s’il s’entêtait à établir la culpabilité de Nicolas Sarkozy.
Or, cet excès de vérification n’a rien d’anormal. D’autant que Villepin, alors en poste place Beauvau, était à l’époque le ministre de tutelle de la DST, pas de la DGSE (qui relève du ministère de la Défense). De surcroît, la rivalité traditionnelle existant entre les deux services de renseignements fait qu’ils ne se communiquent pas toujours leurs informations. Il n’en demeure pas moins que Jean-Louis Gergorin semble avoir orchestré une manipulation pour accréditer sa thèse (un complot russe à l’origine de la mort de Jean-Luc Lagardère), déstabiliser ses rivaux (dans la bagarre pour la présidence d’EADS), tout en croyant peut-être servir un ami de longue date. Une amitié fort embarrassante que le Premier ministre ne peut renier mais qui n’en fait pas pour autant un coupable.

08:45 Publié dans De Villepin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : De Villepin, Hubert Coudurier