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05.12.2008

Réforme de l'audiovisuel. Copé en bon soldat du sarkozysme

Jean-François Copé « joue le jeu » en défendant la réforme de l’audiovisuel voulue par Nicolas Sarkozy. Le candidat autodésigné à la présidentielle de 2017 lâche du lest pour ne pas exacerber les tensions au sein de la droite. Provisoirement.

Le Parlement donne depuis quarante-huit heures l’image d’un combat droite-gauche revivifié. L’élection de Martine Aubry a regonflé les députés d’opposition dont la majorité conteste l’obstruction sur la réforme de l’audiovisuel public. Accusant le président du CSA, Michel Boyon, d’être aux ordres pour avoir accepté de se laisser amputer du pouvoir de nomination du président de France Télévisions, le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, a qualifié Michel Boyon de « militant ». Lequel a immédiatement reçu le soutien du député UMP Frédéric Lefebvre, jugeant cette attaque « intolérable ».

Un plus grand verrouillage

Pour autant, le gouvernement n’entend pas passer en force par le 49-3 (vote bloqué). Et l’hypothèse d’une suppression de la publicité sur les chaînes publiques par décret n’est pour l’instant qu’une éventualité. Le président du groupe UMP, Jean-François Copé, qui présidait une commission audiovisuelle dont les avis n’ont guère été suivis, faisait, hier, un peu de pédagogie auprès des éditorialistes de la presse régionale dont il était l’invité. Copé entend tirer les leçons de cette obstruction, somme toute assez classique et qui rappelle les grandes heures de la droite après l’élection de Mitterrand. Bref, la modification du règlement est à l’ordre du jour dans le sens d’un plus grand verrouillage. Sur le fond du dossier, Copé constate que la suppression de la publicité permettra aux téléspectateurs d’avoir des programmes à partir de 20 h 30 et de bénéficier d’une deuxième partie de soirée pas trop tardive. Le responsable du groupe UMP salue à cet égard la réactivité du président Patrick de Carolis qui vient de présenter sa nouvelle grille.

En service commandé

Sur le plan financier, le président du groupe majoritaire estime que l’effondrement du marché publicitaire donne raison au gouvernement qui compensera intégralement le manque à gagner (450 millions d’euros). Sans parler du passage au numérique permettant de récupérer 100 millions d’euros supplémentaires à partir de 2011. En réalité, Copé, qui s’exprime ainsi en service commandé tel un bon soldat du sarkozysme, semble parfois en position délicate. L’Elysée ne l’aime guère pour sa propension à l’autonomie avec cette fameuse coproduction législative qui vise à sortir enfin le Parlement français de son rôle de godillot. Or, c’est paradoxalement Nicolas Sarkozy qui a créé les conditions de cette émancipation. Laquelle nous rapproche des grandes démocraties occidentales où le Parlement joue un rôle de contre-pouvoir.

Une soumission refusée

L’homme, qui veut être candidat à la présidentielle en 2017, à l’âge où Sarkozy fut élu président, a refusé la soumission que se sont imposés pour durer à leurs postes respectifs François Fillon et Patrick Devedjian. Mais Jean-François Copé donne aujourd’hui des gages afin de ne pas exacerber les tensions au sein de la droite, avivées par le travail du dimanche. Néanmoins, tout cela n’aura qu’un temps.

04.12.2008

Un bouc émissaire commode

La garde des Sceaux, Rachida Dati, dont la rumeur journalistique laisse entendre qu'elle ne serait plus en cour, est de nouveau l'objet d'attaques convergentes qui en font dans cette période de crise un bouc émissaire commode. Passe encore qu'elle n'appartienne plus au fameux G7, le groupe des sept « chouchous » du Président ou qu'elle ait commis l'erreur de déclarer que la procédure ayant entraîné l'arrestation de l'ancien président de Libération était parfaitement régulière avant d'être désavouée par Nicolas Sarkozy en personne. Mais voilà que la ministre de la Justice, dont on annonce régulièrement le prochain remplacement, quitte à lui trouver un poste de compensation pour ne pas trop écorner ce symbole de la diversité, déclare, en recevant le rapport Varinard, que la sanction pénale est une « mesure de bon sens » pour les mineurs, dès l'âge de 12 ans. Elle ne dit pas qu'il faut les enfermer mais disposer d'une palette de réponses adaptées qui vont jusqu'à l'incarcération. Notons que, parmi les 70 propositions du rapport, cette disposition ne vise qu'à abaisser d'un an un âge déjà fixé à 13 ans. On peut donc s'étonner qu'une telle mesure suscite autant de récriminations, sauf à découvrir que la délinquance des mineurs est en forte augmentation et qu'il faut lui trouver des réponses appropriées. Tout comme il paraît vain de dénoncer le tournant sécuritaire dans lequel s'engagerait le chef de l'État à l'égard des hôpitaux psychiatriques alors que l'opinion demande une répression accrue à l'égard des individus dangereux. En l'occurrence, il n'y a pas de solution miracle, mais sans contester le dévouement des éducateurs, il y a des limites à apporter à des situations qui se sont terriblement dégradées. Sans doute parce qu'elle affronte courageusement le « politiquement correct », Rachida Dati est une cible. Le Canard Enchaîné rappelait d'ailleurs, hier matin, qu'elle en était à son troisième « dircab » et que 16 collaborateurs l'avaient déjà quittée. Alors que le chef de l'État semble craindre une crise sociale et s'interroge sur le comportement à adopter, il dispose en Rachida Dati d'un caractère à la Thatcher, dont on verra l'utilité à l'usage.

03.12.2008

Une révolution conservatrice

En ouvrant la possibilité du travail le dimanche et en suggérant l'hypothèse d'une loi dépassant l'âge légal de la retraite, voire même le prolongeant jusqu'à 70 ans, le gouvernement retrouve ses marqueurs libéraux que la crise financière et le plan de relance de l'activité que Nicolas Sarkozy présentera demain à Douai avaient presque fait oublier. D'autant que la nécessité de « travailler plus pour gagner plus », selon le slogan de campagne, n'a pas disparu. Le déficit du commerce extérieur résulte directement du manque de compétitivité de l'entreprise France dans le monde. Après une première année placée sous le signe de « Sarko l'Américain », puis un virage étatiste lors du discours de Toulon, en septembre dernier, l'identité attrape-tout du sarkozysme commençait à en déconcerter plus d'un. La presse américaine, qui l'avait jusqu'alors fermement soutenu, prenait ses distances au vu de sa prétention à refonder le capitalisme mondial. L'éventualité d'envoyer en prison des enfants à l'âge de douze ans, tout comme le tour de vis à l'égard de la presse sur laquelle la réforme de France Télévisions et l'arrestation maladroite de l'ancien président de Libération ont attiré l'attention, participent de cette révolution conservatrice que portait en germe le score de Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle. Ce n'est pas un hasard si le cinéma français produit aujourd'hui des films comme « Mesrine » ou « La bande à Baader », qui rappellent les années 70. Le thème du retour à l'autorité est désormais bien installé dans la vie politique du pays avec un Premier ministre et un gouvernement aux ordres sans oublier le patron de l'UMP et les préfets qui font désormais prévaloir la départementalisation au détriment des régions socialistes. La crise, qui suscite la peur, favorise ce mode de gouvernance hyper centralisée de nature à remettre en cause les acquis des vingt dernières années. Le rideau de fumée de l'ouverture ne vise qu'à étouffer l'opposition alors que les ministres recrutés dans ce but n'ont aucun pouvoir. Des résistances continueront à se manifester mais la ligne est bien tracée. Comme si la mondialisation ne laissait pas d'alternative au pouvoir.

02.12.2008

Les médias en ligne de mire

Nicolas Sarkozy a fini par comprendre l'émotion suscitée par l'interpellation du journaliste de « Libération » Vittorio de Filippis que rien ne justifiait. Et il a même lancé une mission pour y réfléchir. Le président de la République contredit ainsi l'attitude de ses deux ministres, Rachida Dati, garde des Sceaux, et MAM, en charge de la Défense, qui n'y trouvaient rien à redire. Sans aucun doute, le tollé engendré par cette arrestation arbitraire dans l'ensemble de la profession mais aussi au sein du syndicat de la magistrature a-t-il fait réfléchir le chef de l'État. Tout comme la demande d'enquête administrative du président de la Cour d'appel. « Nous savons qu'aujourd'hui il y a une chasse engagée contre les journalistes », a même avancé le député des Verts, Noël Mamère. Alors que l'Assemblée examine désormais en seconde lecture le projet de loi sur la protection des sources, plusieurs affaires récentes traduisent un retour en arrière. Cette garantie traditionnelle de l'exercice du métier de journaliste est en effet menacée par la multiplication des procédures judiciaires. De même que la réforme de France Télévisions traduit une volonté de reprise en main du service public. À l'heure des Etats généraux de la Presse, quelque chose semble avoir changé dans le climat du pays. Comme une peur subtile ou du moins une prudence excessive qui se serait insidieusement infiltrée dans l'esprit des journalistes. Lesquels exerçaient jusqu'alors leur métier en toute liberté. Certes, nous n'en sommes pas encore à la Russie de Poutine. Et l'affaire de la bague de Rachida Dati nous a plutôt attristés pour ce grand quotidien du matin qui avait su retrouver une place éminente dans la vie intellectuelle du pays. Il ne faudrait pas que la crise économique induise la répétition de comportements liberticides dont les journalistes ne seront évidemment pas les seules cibles. C'est donc le rôle du président de la République de calmer le zèle intempestif de ceux qui se croient tout permis.

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