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20.11.2008

Presse, créativité et déontologie

La spécificité du congrès de la profession, qui se tient cette année à Lyon, réside dans le fait qu’il intervient à mi-parcours des Etats généraux de la presse, censés rendre leur conclusion fin 2008.


Curieusement, il s’est ouvert sur un exposé des raisons pour lesquelles le groupe allemand Springer n’avait pu implanter en France un grand quotidien populaire tiré à un million d’exemplaires. Il semble que notre système de diffusion centralisé autour des NMPP (hormis pour les quotidiens régionaux) ait servi de ligne Maginot. Cela ne doit pas nous dispenser de faire un examen de conscience sur les raisons pour lesquelles la presse française reste si peu performante. À mon sens, cette désaffection des lecteurs, qui nous laisse à la traîne dans le classement mondial des taux de lecture, s’explique de façon évidente. Les quotidiens, contrairement aux magazines qui ont fait de réels efforts de contenu et de marketing, ne sont pas au niveau. Même si la presse de l’Ouest fait encore figure d’exception, trop d’idéologies, trop de connivences avec les pouvoirs (politique ou économique), pas assez d’investigations et de créativité ont peu à peu érodé la confiance des Français dans leurs titres traditionnels. Cela est d’autant plus dommage que les nouveaux médias que sont l’internet ou les télévisions sur la TNT ont largement besoin de la presse écrite qui conserve un formidable réseau d’information. Cette préoccupation nécessaire du contenu et de la qualité éditoriale ne ressort pas suffisamment des Etats généraux lancés à l’initiative du président de la République. Encore une spécialité bien française car il eut mieux valu que la profession les organise elle-même plutôt que de s’en remettre au soutien pour le moins intéressé de l’État. Surtout quand il prétend lier des aides à la presse aux journaux qui respecteront la déontologie. Laquelle ? Celle de ne pas critiquer l’action gouvernementale ? On peut comprendre l’agacement des journalistes de ne pas être mieux associés à ces Etats généraux qui, pour l’heure, coulent comme un robinet d’eau tiède.

19.11.2008

Afghanistan : La France pourrait faire école

La diffusion par la chaîne Al-Arabiya d'une cassette datée de quelques mois et comportant des menaces d'un groupe taliban contre la France, si elle persistait à se maintenir en Afghanistan, ne devrait pas relancer le débat sur l'opportunité de sa présence militaire. Lequel a déjà eu lieu l'été dernier après la mort de dix soldats dans une embuscade. Notre pays, dont les forces sur place sont les moins nombreuses de la coalition occidentale, ne peut s'extraire d'une légitime solidarité dans la lutte contre le terrorisme international. Mais, à l'heure où la situation se dégrade sur le terrain, comme l'indique l'envoyé spécial de l'Onu, la perspective d'un enlisement analogue à celui de l'Armée rouge du temps de l'Union soviétique se profile. Le nouveau président américain a d'ailleurs indiqué son intention d'accélérer le retrait des troupes d'un Irak en voie de stabilisation afin de les concentrer sur l'Afghanistan. Durement touchée par le terrorisme iranien durant la période 1986-88 pour sa cobelligérance avec l'Irak auquel elle fournissait du matériel militaire, puis à partir de 1995 par les islamistes algériens pour son soutien au régime des généraux, la France a appris la prudence. Elle connaît beaucoup mieux le monde arabe que les États-Unis et n'a pas commis l'erreur, grâce à la lucidité de Jacques Chirac, de les suivre en Irak. Du même coup, la France a été transformée, temporairement du moins, en sanctuaire. Épargnée contrairement à Madrid et Londres, Paris ne pouvait néanmoins rester indéfiniment à l'écart de ce conflit dont elle veut éviter qu'il ne dégénère en guerre de civilisations. D'autant que les Américains se sont inspirés du « savoir-faire » de l'armée française durant la guerre d'Algérie pour inverser le cours de la guerre en Irak en ralliant les tribus sunnites hostiles à al Qaida. En Afghanistan aussi, la France pourrait faire école.

18.11.2008

PS : deux conceptions de la politique

Passons d’abord sur les commentaires apitoyés de certains députés UMP, tel Frédéric Lefebvre, ou même de ministres, comme Michèle Alliot-Marie, qui s’inquiètent d’une disparition prochaine du PS.

C’est de bonne guerre mais cette hypothèse improbable n’est, de surcroît, pas souhaitable dans une démocratie moderne caractérisée par l’alternance. Les faux semblants de l’ouverture ne doivent pas plus priver le pays d’une formation d’opposition que d’une presse indépendante. Que le PS étale le spectacle de ses divisions traduit sans doute un certain masochisme mais procède également d’une volonté de transparence. Au fond, le débat pour l’essentiel porté par deux femmes, Benoît Hamon oscillant entre une force d’appoint ou de résistance, n’est pas médiocre. Il incarne deux conceptions de la politique. L’une traditionnelle pour Martine Aubry, à laquelle Bertrand Delanoë a fini par se rallier à contrecœur, visiblement amer de son échec. L’autre, plus moderne, mais pas forcément meilleure pour Ségolène Royal, qui dérange sans convaincre tout à fait. Résumons, la première incarne l’union de la gauche, qui ne peut plus être majoritaire dans le pays du fait de l’effondrement des communistes. La seconde, qui fut la première à revendiquer l’alliance avec le centre, remet, du même coup, en selle un MoDem bien isolé. Et François Bayrou de surenchérir en expliquant aux socialistes que le refus d’une alliance avec lui installerait Sarkozy au pouvoir pour dix ans. Face aux élites traditionnelles un peu usées, Ségolène Royal, quoiqu’en position de challenger, apparaît en phase avec le rajeunissement de la base militante, la montée en puissance des barons régionaux et une nouvelle manière de faire de la politique que contestent ses adversaires. Lesquels se disent hostiles à un parti de supporters à l’américaine flirtant avec une conception très show-biz de la politique dont Nicolas Sarkozy aura été l’initiateur. Mais n’ont-ils pas envie de voir se rejouer le match de 2007 ? A l’évidence, les militants choisiront celle qui a le plus de chances de l’emporter à la présidentielle.

 

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