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10.07.2008

Une diplomatie sur la voie du réalisme

En recevant l’ambassadeur de Chine à Paris pour lui rappeler que la France reste un pays indépendant et que le chef de l’Etat pourrait rencontrer le dalaï-lama à la mi-août lors de son passage en France, le ministre Bernard Kouchner a marqué pour Pékin la limite à ne pas dépasser. On est bien conscient à l’Elysée qu’en faisant traîner sa décision de se rendre ou non à Pékin pour l’ouverture des Jeux Olympiques, Nicolas Sarkozy offrait une prise à la Chine. Et que les Chinois ne se privaient pas d’appuyer sur la France, perçue comme le maillon faible en Europe contrairement à l’Allemagne forte de son commerce extérieur et du coup plus intransigeante sur les droits de l’Homme. C’est que l’encre des contrats négociés, en novembre dernier notamment avec Airbus, n’est pas sèche. Prudence donc à ne pas trop chatouiller le géant chinois. Il n’empêche. Si l’Elysée n’entend pas qu’on lui torde le bras outre mesure, pas question non plus de se laisser donner la leçon par les droits de l’hommistes. « La politique qui consiste à se donner bonne conscience en n’allant pas aux JO est pathétique. Ce n’est pas fait pour ça », note le conseiller spécial Henri Guaino. Et l’Elysée d’insister sur la reprise des négociations, véritable rideau de fumée, entre les autorités chinoises et tibétaines. Ou sur la détente sino-taiwanaise. Au vrai, il y a le sentiment désormais exprimé en haut lieu que la France n’y peut rien. Tout comme l’invitation du Syrien Bachar al-Assad à Paris est à la fois un constat d’impuissance et une manière de relancer les dés pour se réintroduire dans le processus de paix au Proche-Orient. La France semble abandonner une diplomatie de posture en se résignant à jouer les « honest brokers » (courtiers honnêtes).

09:09 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, Paris, Jeux Olympiques, Tibet

09.07.2008

Institutions : la surenchère gaulliste

Le congrès du Parlement prévu pour la réforme des Institutions se rapproche et les compromis au sein de la majorité et avec les socialistes s’esquissent sérieusement. Une majorité des trois-cinquièmes est, on le sait, nécessaire pour l’adoption toujours incertaine de cette réforme dont Matignon craint de porter le chapeau en cas d’échec. Car le gouvernement a beau proclamer que les socialistes ne peuvent refuser d’endosser une réforme qui ne ferait qu’accroître les pouvoirs du Parlement, eux qui dénoncent régulièrement la monarchie présidentielle, rien n’y fait. Pas question de cautionner la droite de quelque manière que ce soit. Pour l’heure, faute d’obtenir la proportionnelle au sénat, le PS souhaite un décompte de la parole présidentielle dans l’audiovisuel, ce qui reviendrait à ancrer le chef de l’État à droite, alors que son rôle de garant des Institutions lui donne une dimension fédératrice. Même si Nicolas Sarkozy n’hésite pas régulièrement à réactiver le clivage droite-gauche. Sans doute un peu de grain à moudre sera-t-il donné aux socialistes sur les pouvoirs des commissions d’enquête parlementaires, mais cela ne suffira pas : le Bureau national du PS a décidé à l’unanimité, hier, de ne pas voter la réforme. Reste donc pour le gouvernement à sécuriser le groupe UMP au sein duquel les députés gaullistes s’agitent depuis quelques semaines. Un compromis a été obtenu sur le maintien du référendum en cas d’élargissement (en particulier la Turquie) sauf saisine de trois-cinquièmes des parlementaires dans les deux chambres. Mais là aussi, ça coince. D’où les coups de fil répétés de Catherine Pégard, la responsable du pôle politique et parlementaire à l’Élysée, envers les députés récalcitrants dont l’approbation est absolument nécessaire afin de faire passer le texte. Sauf que certains d’entre eux, dont le Finistérien Jacques Le Guen, font monter les enchères par leur refus de l’ordre du jour partagé et de la suppression d’une partie de l’article 49-3 qui permet le vote bloqué. Le suspense devrait donc durer jusqu’au bout c’est-à-dire le 21 juillet.

09:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : réforme des institutions

08.07.2008

Du risque d’humilier

Privé de Carla Bruni, retenue à Paris pour assurer la promotion de son disque qui sort le 11 juillet, Nicolas Sarkozy ne semble guère enthousiaste à l’idée d’être bloqué pendant trois jours dans une île du Japon. Et pourtant, la tornade déclenchée par le Président dans l’Hexagone depuis huit jours mérite bien qu’il prenne un peu de distance. Sur trois dossiers essentiels, son style est en effet contesté. La sanction ayant frappé le chef d’état-major de l’armée de Terre est-elle réellement choquante ? Certes, l’institution paie à travers son premier responsable le dysfonctionnement de Carcassonne qui a frôlé la tragédie. La sanction est néanmoins symbolique car le général Cuche s’apprêtait à partir en retraite. Mais cette décision « à la japonaise » (*) s’est accompagnée de propos maladroits sur l’amateurisme d’une armée dont l’expertise est reconnue. Parfois même en dépit de matériels défectueux, comme l’a montré la libération des otages du Ponant. Au moment où les moyens de cette institution sont drastiquement réduits, quoi qu’on en dise pour des questions strictement budgétaires, il était inutile d’en rajouter. Même chose pour la télévision publique. La décision présidentielle de priver France Télévisions de recettes publicitaires n’est pas dénuée de logique. Fallait-il pour autant harceler ses dirigeants qui n’ont pas démérité dans une démarche programmatique où la qualité reste encore le maître mot du service public ? Exaspéré, Patrick de Carolis a qualifié sur RTL l’attitude présidentielle de « stupide » et « injuste ». Ses propos lui vaudront probablement d’être remplacé par Michel Drucker, Jean-Marie Colombani ou un autre. Même comportement, enfin, à l’égard du monde syndical. Sur les régimes spéciaux de retraite ou les 35 heures, le chef de l’Etat a fini par avoir gain de cause. Etait-il pour autant nécessaire de provoquer les syndicats en déclarant que leurs grèves n’ont plus aucun impact ? En tant que président de la République, Nicolas Sarkozy estime pouvoir intervenir sur tout. Toutefois, après avoir humilié ses principaux collaborateurs, il s’en prend à des institutions qui lui opposeront plus de résistance que ses interlocuteurs habituels.
* Contrairement à la France, il est fréquent dans l’Empire du Soleil levant qu’un patron démissionne en cas de faute grave d’un de ses subordonnés.

09:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Carla Bruni, Nicolas Sarkozy, syndicat

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