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03.11.2008

L'Onu retrouve des couleurs

Condamnée par les républicains, si Barack Obama était élu président des Etats-Unis, l'Onu pourrait, grâce aux démocrates, retrouver toute son influence.


Les moteurs de l'A 340 qui traverse l'Atlantique ronronnent doucement. Mon voisin, Howard, rentre d'une mission au Caire. Fonctionnaire à l'Onu depuis treize ans, il était en poste à Moscou lors du coup d'état contre Gorbatchev, à Pékin durant les événements de Tien an Men et à Tel-Aviv quand Rabin fut assassiné. Howard était même à New York lors des attentats du 11-Septembre. L'homme ne tarit pas d'éloges sur sa maison, cette immense tour de Babel sur les bords de l'Hudson River dont il ne méconnaît pas les méandres : « C'est une bureaucratie très complexe qui charrie le meilleur et le pire. D'énormes efforts ont été faits pour la réformer, beaucoup d'argent a été gaspillé. Mais l'Onu est seule au Darfour, au Timor et au Liban. Elle réalise des choses que personne ne pourrait faire à sa place », souligne Howard. Vingt missions d'opération de la paix sont actuellement conduites avec 120.000 hommes. Alors que l'administration républicaine pourrait céder la place aux démocrates, cette institution emblématique du multilatéralisme devrait reprendre des couleurs.

Bush avait compris la nécessité de l'Onu

Malgré la vision unilatéraliste des néoconservateurs, George W. Bush, lui-même, commençait à intégrer sa nécessité compte tenu de ses déboires en Irak et en Afghanistan. Dans l'intervalle, son représentant à l'Onu, John Bolton, s'était néanmoins comporté comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. « Bolton a empêché le processus de réforme des Nations Unies, qui était l'oeuvre de Kofi Annan, en imposant l'idée qu'il fallait nationaliser le secrétariat général et condamner le principe : un État égale une voix. Enfin, c'est désormais la mission qui détermine la coalition, en parfaite contradiction avec les principes fondateurs », constate Jean-Maurice Ripert, dont le bureau dispose d'une vue magnifique sur New York. Ambassadeur auprès des Nations Unies et proche de Bernard Kouchner, Ripert fut conseiller diplomatique de Lionel Jospin.

Ban Ki-Moon taxé d'homme des Américains

Par sa brutalité verbale et ses mauvaises relations avec les pays de l'Est et du Sud, John Bolton n'a pas eu l'influence qu'il aurait pu avoir. « Les diplomates ne se mènent pas à la trique », note Howard. Le successeur de Bolton, Zalmay Khalilzad, y met plus de formes. Toutefois, le nouveau secrétaire général, le Coréen Ban Ki-Moon, reste accusé, contrairement à son prédécesseur, d'être l'homme des Américains. Tous les proches de Kofi Annan qui voulaient jouer un rôle « politique » ont donc été débarqués au profit d'une équipe réputée besogneuse et qui ne prend guère de risques. « L'heure est venue d'avoir une voix charismatique, un Jean-Paul II ou un Nelson Mandela de la diplomatie mondiale », écrit même le quotidien espagnol El Pais. Ayant payé leurs arriérés et finançant l'institution à hauteur de 22 %, les Américains n'en resteront pas moins très influents même si l'Europe demeure le premier contributeur (40 %). En cas d'élection de Barack Obama, la nomination de Bill Richardson au poste de secrétaire d'État serait jugée favorablement par la « maison de verre ». Après Jacques Chirac, respecté pour son engagement multilatéral, Nicolas Sarkozy, qui vient régulièrement à l'assemblée générale à New York, estime non seulement réformer le processus de Bretton Woods mais prendre en compte les puissances émergentes (Inde, Brésil...) au sein des Nations Unies.

L'aide aux pays du Sud

Pour bon nombre de pays du Sud qui traversent des crises alimentaires (le coût du riz a augmenté de 500 % en Afrique), le maintien des flux financiers est essentiel dans le contexte actuel. « On s'est aperçu que les objectifs du millénaire pour diminuer la pauvreté ne se feraient pas uniquement par l'aide publique au développement », constate Philippe Douste-Blazy, secrétaire général adjoint de l'Onu en charge des financements innovants. L'ancien ministre des Affaires étrangères, qui a créé, avec l'appui de Bill Gates et Bill Clinton, l'Unitaid, réunissant dix pays, s'est lancé dans un vaste combat contre la misère planétaire. Avec son budget, Douste à fait baisser de 50 % les prix des laboratoires pharmaceutiques. Il favorise aussi le développement de médicaments jusqu'alors inexistants pour traiter les enfants atteints du sida. Et l'ancien médecin a mis au point la première contribution de solidarité citoyenne à travers une taxe volontaire sur les billets d'avion qui devrait rapporter un milliard de dollars par an. C'est aussi cela l'Onu.

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