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31.07.2008

Sarkozy et les intérêts vitaux

Plutôt que de pratiquer la politique de la chaise vide, ce qui est difficile quand on occupe la présidence de l’Europe, Nicolas Sarkozy a compliqué les négociations de l’OMC sur le commerce mondial, qui risquaient de remettre en cause les intérêts agricoles de la France. Le fait que le directeur général de l’OMC soit le Français Pascal Lamy n’y a rien changé. Le président français s’est montré intraitable vis-à-vis du commissaire européen Peter Mandelson qui a refusé de participer aux festivités de l’Union pour la Méditerranée et de venir s’expliquer à Paris. Encore faut-il reconnaitre que c’est le désaccord majeur entre l’Inde et les États-Unis qui a torpillé les négociations de l’OMC. Mais Sarko a toujours besoin d’un bouc émissaire, et quand ce n’est pas Trichet (le patron de la BCE), c’est Mandelson.

Si l’Allemagne n’a que très partiellement soutenu le président français dans cette démarche qui ne correspond pas à ses propres intérêts, car elle n’est pas une puissance agricole, Paris a obtenu le soutien de huit pays parmi lesquels l’Italie, la Pologne et l’Irlande. Au total, il a réalisé une opération de politique intérieure assez réussie puisque les syndicats agricoles ont salué dans sa démarche celle d’un digne héritier du chiraquisme. Le prestige international de la France est-il sorti grandi de ce prurit de nationalisme intransigeant ? À l’évidence non puisque le rôle de président de l’Europe est de parler au nom des 27, de favoriser des compromis plutôt que des clivages et qu’en l’occurrence le chef de l’État a affaibli la position du négociateur Mendelson dans la grande braderie du commerce mondial où il faut lâcher sur certains secteurs pour gagner sur d’autres. Du coup, Sarkozy risque d’encourager les tentations protectionnistes et d’affaiblir le système. Sans doute estimait-il qu’après son grand raout de l’UPM, qui vise à recentrer l’Europe autour de la Méditerranée, il en avait fait assez. Et que les intérêts vitaux du pays étant en jeu, l’angélisme d’un libre-échangisme incontrôlé n’était plus de mise. Par Hubert Coudurier

30.07.2008

Réduction des dépenses : tenir le cap

Le ministre du Budget, Eric Woerth, l’a laissé entendre. Tenir les comptes de la Nation ne sera pas, dans les prochains mois, un exercice difficile. Établir le budget devrait donc se révéler ardu. C’est que la présidence Sarkozy fonctionne aujourd’hui à deux niveaux. Il y a, d’un côté, la politique spectacle qui se traduit par une débauche d’énergie dans les domaines les plus divers. Au-delà de l’Union pour la Méditerranée, de la réforme constitutionnelle, de la loi de modernisation de l’économie ou du Grenelle de l’environnement, ce sont 150 projets de loi qui auront été déposés depuis octobre 2007. Soit, si l’on en croit l’Elysée, une activité législative intense comme on n’en pas connu depuis les débuts de la V e République. Reste que ces réformes sont souvent symboliques et visent, dans un cas, à moderniser nos institutions, dans l’autre, à replacer la France au centre de l’Europe, ou à intégrer des préoccupations environnementales essentielles pour l’avenir de nos enfants...

Mais elles n’auront pas de conséquences immédiates sur les préoccupations quotidiennes des citoyens et leur ressenti à l’égard du pouvoir d’achat. Pour relancer la croissance malgré un environnement mondial très perturbé (crise des subprimes, envolée des cours du pétrole. ..), il faut agir sur les fondamentaux de l’économie : réduction du déficit budgétaire, de l’endettement, retour à l’équilibre des comptes sociaux. Or, même s’il y a une ligne directrice qui se traduit notamment par la réduction du nombre de fonctionnaires, on voit bien la difficulté pour le gouvernement de contenir les dépenses face à de multiples demandes d’indemnisation ou de compensation. La volonté de taxer les mutuelles et les compagnies d’assurances, assortie d’une baisse du prix de certains médicaments génériques ou d’une moindre prescription de certains médicaments en fonction de contrat individuel passé entre les médecins et la Sécu, montre bien la complexité de la tâche. Pour l’heure, la revue générale des politiques publiques (RGPP) trace un cadre dont on ne pourra mesurer les résultats que dans quelques années. En réformant la carte judiciaire, hospitalière ou encore celle des implantations territoriales de l’armée, le gouvernement se heurte, on le voit, à de fortes oppositions. Cet assainissement des finances publiques est néanmoins nécessaire mais il dépendra de la capacité du gouvernement à tenir le cap.

25.07.2008

Hervé Morin le supplétif

Hervé Morin a eu l’intelligence ou l’opportunisme, selon le point de vue que l’on adopte, de négocier son ralliement à Nicolas Sarkozy quand François Bayrou s’enfermait dans une posture d’opposant intransigeant. « Soit tu soutiens Sarko, soit tu passes un accord avec le PS », a-t-il lancé au président de l’UDF qui ne voulait pas choisir. Et du coup, Morin a décidé d’incarner un groupe parlementaire issu de l’UDF alors que Bayrou n’a plus de troupes. Certes, c’est un dispositif d’appoint qui ne peut prétendre au rôle de parti charnière puisque l’UMP dispose de la majorité à elle seule. Mais Morin ne désespère pas d’influencer le parti majoritaire et dit à Fillon que tant qu’à avoir sauvé ce groupe centriste, autant le laisser exister. Ce rôle de supplétif, il l’exerce également à la tête du ministère qui est le sien puisque toutes les décisions se prennent à l’Elysée. Rien d’anormal d’ailleurs puisque le Président est chef des Armées même s’il laisse le soin au Premier ministre, responsable des arbitrages, de dévoiler les conséquences de la réforme qu’il avait soigneusement dessinée. Après quelques couacs de départ qui pouvaient faire douter de sa longévité au sein du gouvernement notamment sa phrase sur l’incapacité de Dassault à exporter son Rafale, le ministre, jugé un peu « dilettante », a trouvé son rythme de croisière et approfondi sa connaissance des dossiers. Cette réforme que les militaires attendaient se traduira par une économie de deux milliards d’euros par an, déduction faite des coûts de restructuration. On ne peut pas dire qu’elle ait été réalisée sur des critères politiques puisque l’Est, région à dominante sarkozyste lors du scrutin presidentiel, est la plus durement touchée tandis que des hauts responsables socialistes, tel François Hollande, sont épargnés dans leur circonscription. Et le gouvernement montre qu’en l’occurrence, l’aménagement du territoire n’est pas mort. Au total, le supplétif démontre qu’il est parfois plus efficace de rentrer dans le rang. Hubert Coudurier

24.07.2008

Pas de refuge pour les criminels

Avec l’arrestation de l’ultra-nationaliste serbe de Bosnie, Radovan Karadzic accusé de génocide et de crimes contre l’humanité, la justice internationale a de nouveau marqué des points. On se souvient de la saga du procès Pinochet, poursuivi et arrêté à Londres en octobre 1998, à la suite du mandat lancé par le juge espagnol Baltasar Garzon. En avril 2008, l’ancienne procureure internationale Carla Del Ponte accuse le premier ministre du Kosovo, Hashim Thaçi, de trafics d’organes sur des prisonniers serbes. Au Rwanda, la vérité sur le déclenchement du génocide résultant de l’affrontement entre les Tutsis et les Hutus a été en partie dévoilée par le tribunal installé à Arusha. Désormais, la Justice n’a plus de frontières et une Cour pénale internationale ne s’interdit aucune investigation. De surcroît les institutions étatiques ont du mal à s’y opposer. La preuve : un juge chargé de l’enquête sur la disparition du journaliste Guy-André Kieffer, à Abidjan en 2004, a saisi hier à l’Elysée un dossier le concernant. C’est que le magistrat souhaite entendre, comme témoin dans cette affaire, l’épouse du président ivoirien, Simone Gbagbo. Laquelle fut un temps soupçonnée de superviser des « escadrons de la mort » ayant éliminé des opposants au régime. Et d’avoir couvert des personnes de son entourage qui auraient commandité le meurtre du journaliste. Lequel enquêtait d’un peu trop près sur la corruption au sein de la filière cacao. Du coup, après avoir auditionné l’ancien conseiller Afrique de Jacques Chirac, Michel de Bonnecorse, le juge que l’on présente comme une sorte de « Don Quichotte », envisage de se rendre en Côte-d’Ivoire. La démarche est pour le moins incertaine mais la mondialisation prive aussi les criminels de refuge.

14.07.2008

Le grand communicateur

Le grand communicateur, c’était le surnom donné à Ronald Reagan. Il pourrait parfaitement s’appliquer à Nicolas Sarkozy qui a réussi au cours du week-end une belle opération de communication. Réunir 44 chefs d’Etat des deux rives de la Méditerranée à Paris, voilà qui ne manque pas d’allure et donne à notre pays le sentiment (l’illusion ?) d’être redevenu un acteur incontournable des relations internationales. Le fait de parrainer la relance du processus de paix au Proche-Orient et d’obliger la Syrie par l’ouverture d’une ambassade à reconnaître le Liban comme entité indépendante, ce n’est pas rien. Certes l’élection américaine a ouvert une fenêtre à la France pour se glisser dans un rôle traditionnellement dévolu aux Etats-Unis. Et l’on peut compter sur Damas pour continuer à peser de tout son poids sur le pays du Cèdre à travers ses multiples réseaux d’influence. Par ailleurs, ce projet d’Union pour la Méditerranée réintégré après le diktat allemand dans l’Union européenne, reste encore bien flou malgré le talent du conseiller Guaino et les arabesques qui en résultent. Enfin tout cela s’accompagne d’un retour à la Realpolitik consistant à pardonner à nos vieux dictateurs arabes, Assad le premier, que la France considérera toujours plus fréquentable que les islamistes qui déstabilisent les régimes laïcs. Mais l’on peut comprendre le désarroi de l’Armée française raillée par le Président pour son « amateurisme » et forcée de défiler ce matin devant l’héritier d’une dynastie alaouite qui n’a pas hésité à massacrer nos soldats qui s’étaient aventurés sur sa zone d’influence et accessoirement l’un de nos grands diplomates, Louis Delamare qui fut ambassadeur à Beyrouth. On savait depuis longtemps que morale et politique ne faisaient pas bon ménage. Le prestige de la France en sortira-t-il grandi ? C’est toute la question.

10.07.2008

Une diplomatie sur la voie du réalisme

En recevant l’ambassadeur de Chine à Paris pour lui rappeler que la France reste un pays indépendant et que le chef de l’Etat pourrait rencontrer le dalaï-lama à la mi-août lors de son passage en France, le ministre Bernard Kouchner a marqué pour Pékin la limite à ne pas dépasser. On est bien conscient à l’Elysée qu’en faisant traîner sa décision de se rendre ou non à Pékin pour l’ouverture des Jeux Olympiques, Nicolas Sarkozy offrait une prise à la Chine. Et que les Chinois ne se privaient pas d’appuyer sur la France, perçue comme le maillon faible en Europe contrairement à l’Allemagne forte de son commerce extérieur et du coup plus intransigeante sur les droits de l’Homme. C’est que l’encre des contrats négociés, en novembre dernier notamment avec Airbus, n’est pas sèche. Prudence donc à ne pas trop chatouiller le géant chinois. Il n’empêche. Si l’Elysée n’entend pas qu’on lui torde le bras outre mesure, pas question non plus de se laisser donner la leçon par les droits de l’hommistes. « La politique qui consiste à se donner bonne conscience en n’allant pas aux JO est pathétique. Ce n’est pas fait pour ça », note le conseiller spécial Henri Guaino. Et l’Elysée d’insister sur la reprise des négociations, véritable rideau de fumée, entre les autorités chinoises et tibétaines. Ou sur la détente sino-taiwanaise. Au vrai, il y a le sentiment désormais exprimé en haut lieu que la France n’y peut rien. Tout comme l’invitation du Syrien Bachar al-Assad à Paris est à la fois un constat d’impuissance et une manière de relancer les dés pour se réintroduire dans le processus de paix au Proche-Orient. La France semble abandonner une diplomatie de posture en se résignant à jouer les « honest brokers » (courtiers honnêtes).

09.07.2008

Institutions : la surenchère gaulliste

Le congrès du Parlement prévu pour la réforme des Institutions se rapproche et les compromis au sein de la majorité et avec les socialistes s’esquissent sérieusement. Une majorité des trois-cinquièmes est, on le sait, nécessaire pour l’adoption toujours incertaine de cette réforme dont Matignon craint de porter le chapeau en cas d’échec. Car le gouvernement a beau proclamer que les socialistes ne peuvent refuser d’endosser une réforme qui ne ferait qu’accroître les pouvoirs du Parlement, eux qui dénoncent régulièrement la monarchie présidentielle, rien n’y fait. Pas question de cautionner la droite de quelque manière que ce soit. Pour l’heure, faute d’obtenir la proportionnelle au sénat, le PS souhaite un décompte de la parole présidentielle dans l’audiovisuel, ce qui reviendrait à ancrer le chef de l’État à droite, alors que son rôle de garant des Institutions lui donne une dimension fédératrice. Même si Nicolas Sarkozy n’hésite pas régulièrement à réactiver le clivage droite-gauche. Sans doute un peu de grain à moudre sera-t-il donné aux socialistes sur les pouvoirs des commissions d’enquête parlementaires, mais cela ne suffira pas : le Bureau national du PS a décidé à l’unanimité, hier, de ne pas voter la réforme. Reste donc pour le gouvernement à sécuriser le groupe UMP au sein duquel les députés gaullistes s’agitent depuis quelques semaines. Un compromis a été obtenu sur le maintien du référendum en cas d’élargissement (en particulier la Turquie) sauf saisine de trois-cinquièmes des parlementaires dans les deux chambres. Mais là aussi, ça coince. D’où les coups de fil répétés de Catherine Pégard, la responsable du pôle politique et parlementaire à l’Élysée, envers les députés récalcitrants dont l’approbation est absolument nécessaire afin de faire passer le texte. Sauf que certains d’entre eux, dont le Finistérien Jacques Le Guen, font monter les enchères par leur refus de l’ordre du jour partagé et de la suppression d’une partie de l’article 49-3 qui permet le vote bloqué. Le suspense devrait donc durer jusqu’au bout c’est-à-dire le 21 juillet.

08.07.2008

Du risque d’humilier

Privé de Carla Bruni, retenue à Paris pour assurer la promotion de son disque qui sort le 11 juillet, Nicolas Sarkozy ne semble guère enthousiaste à l’idée d’être bloqué pendant trois jours dans une île du Japon. Et pourtant, la tornade déclenchée par le Président dans l’Hexagone depuis huit jours mérite bien qu’il prenne un peu de distance. Sur trois dossiers essentiels, son style est en effet contesté. La sanction ayant frappé le chef d’état-major de l’armée de Terre est-elle réellement choquante ? Certes, l’institution paie à travers son premier responsable le dysfonctionnement de Carcassonne qui a frôlé la tragédie. La sanction est néanmoins symbolique car le général Cuche s’apprêtait à partir en retraite. Mais cette décision « à la japonaise » (*) s’est accompagnée de propos maladroits sur l’amateurisme d’une armée dont l’expertise est reconnue. Parfois même en dépit de matériels défectueux, comme l’a montré la libération des otages du Ponant. Au moment où les moyens de cette institution sont drastiquement réduits, quoi qu’on en dise pour des questions strictement budgétaires, il était inutile d’en rajouter. Même chose pour la télévision publique. La décision présidentielle de priver France Télévisions de recettes publicitaires n’est pas dénuée de logique. Fallait-il pour autant harceler ses dirigeants qui n’ont pas démérité dans une démarche programmatique où la qualité reste encore le maître mot du service public ? Exaspéré, Patrick de Carolis a qualifié sur RTL l’attitude présidentielle de « stupide » et « injuste ». Ses propos lui vaudront probablement d’être remplacé par Michel Drucker, Jean-Marie Colombani ou un autre. Même comportement, enfin, à l’égard du monde syndical. Sur les régimes spéciaux de retraite ou les 35 heures, le chef de l’Etat a fini par avoir gain de cause. Etait-il pour autant nécessaire de provoquer les syndicats en déclarant que leurs grèves n’ont plus aucun impact ? En tant que président de la République, Nicolas Sarkozy estime pouvoir intervenir sur tout. Toutefois, après avoir humilié ses principaux collaborateurs, il s’en prend à des institutions qui lui opposeront plus de résistance que ses interlocuteurs habituels.
* Contrairement à la France, il est fréquent dans l’Empire du Soleil levant qu’un patron démissionne en cas de faute grave d’un de ses subordonnés.

03.07.2008

L'audiovisuel public dans la tourmente

« Carolis a un mandat jusqu’en août 2010 dont la seule interruption ne pourrait venir que de son fait », m’assurait il y a quelques semaines un haut responsable de France Télévisions. Beaucoup moins sûr de lui, il me confiait en début de semaine : « Nous allons être laminés ».

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La victoire de la fermeté

La libération d'Ingrid Betancourt apparaît d'abord comme un formidable soulagement pour une famille qui craignait le pire. Le dernier témoignage de cette prisonnière de la jungle était, en effet, poignant.

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