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25.03.2008

Mai-68 : l'héritage contesté

La mémoire de Mai-68 donne lieu depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à d'interminables débats pour savoir si l'actuel Président a pour objectif de liquider cet héritage glorieux de notre histoire. C'est lui accorder beaucoup d'importance, même si le chef de l'État a focalisé certains discours sur ce thème à la fin de sa campagne. Plusieurs ouvrages, comme celui qu'André Glucksmann cosigne avec son fils pour faire la leçon au Président, nagent dans un verbiage délirant, à l'image de l'époque qu'ils prétendent éclairer. Quant à Nicolas Sarkozy lui-même, il n'est peut-être pas autant détaché que l'on croit de cette culture issue de la révolution américaine des années 60, celle de la « flower Generation ». Il lui faut encore sortir de la toute puissance du politique et de la confusion entre vie publique et vie privée, si l'on en croit une tribune de Lionel Jospin au Monde. Pour un disciple des néoconservateurs américains, l'homme trouve encore beaucoup de charme à la gauche, à en juger par sa politique d'ouverture. Au vrai, Mai-68 n'est évidemment pas réductible à un homme qui incarnerait un tournant définitif. Ce fut une révolution bourgeoise, heureusement pacifique, une période d'intenses cogitations, voire même d'excès intellectuels, de libération face à l'autorité pesante de la période post-gaulliste. Cette volonté subversive ayant permis aux fils de se construire contre les pères était aussi insouciante que l'époque bénie des Trente glorieuses. À l'heure de la mondialisation, le climat s'est durci, l'objectif étant plutôt de fixer des limites et de retrouver des repères. Il n'est plus interdit d'interdire, même si quarante ans après, personne ne pourra effacer une séquence entrée dans notre patrimoine national, qui a marqué une génération dont les représentants les plus brillants détiennent encore aujourd'hui les clés du pouvoir intellectuel. Si leur petite musique marque désormais ses limites, elle n'a pas pour autant, malgré leurs cris d'orfraie, réellement disparu

13.03.2008

Municipales : des repères brouillés

Nicolas Sarkozy a relevé lors du conseil des ministres la faible participation au premier tour des municipales qui semble mettre à bas l’acquis du sursaut démocratique observé lors de la présidentielle.

D’autres signes concourent à la démobilisation ambiante, comme la multiplication des listes divers-droite hostiles à l’UMP. Mais aussi l’absence de désistement républicain, notamment en Seine-Saint-Denis entre PS et PCF, sans parler du maintien des listes de la LCR partout où elles dépassent 10 %. Les accords à géométrie variable du MoDem, même si François Bayrou a critiqué le cas d’Aubagne, où l’accord avec un maire communiste semblait par trop contre-nature pour un parti centriste. Les discours contradictoires tenus notamment par le Premier ministre sur le caractère local du scrutin puis sur l’enjeu national, afin de retrouver un vrai clivage droite-gauche. Le président, lui-même, dit tout et son contraire puisque, dans son discours de Toulon, il considère que la politique de la Nation n’est pas en cause avant d’indiquer qu’il tirera les leçons de cette élection. La responsabilité de Nicolas Sarkozy est d’ailleurs bien réelle dans cet état de fait puisqu’il a souvent brouillé les repères par ses comportements transgressifs. En intégrant au gouvernement des ministres de gauche au nom de l’ouverture, lesquels n’ont eu aucune valeur ajoutée, le chef de l’Etat n’a-t-il pas affaibli son camp plutôt que celui de l’adversaire et globalement l’image de la politique ? Son retour, à Toulon, aux fondamentaux de la campagne risque à tout le moins d’apparaître purement calculé. Au-delà de la poussée à gauche dont on mesurera dimanche la portée, c’est la crédibilité du discours présidentiel trop tactique qui est désormais en cause. Un sérieux recadrage s’imposera après le deuxième tour pour dresser les perspectives des quatre prochaines années du quinquennat.

11.03.2008

Analyse. Un « vote semonce » pour le pouvoir

Si le premier tour des municipales a sonné comme un avertissement pour l’exécutif, certains, comme Alain Juppé, évitent d’évoquer un vote sanction mais prennent acte de la préoccupation des Français. Reclus jusqu’alors dans son palais, Nicolas Sarkozy interviendra ce soir à Toulon. Sans doute pour remobiliser l’électorat conservateur qui l’a porté à la présidence de la République et menace désormais de lui échapper.
Maintenir le cap
En attendant, outre François Fillon, c’est Alain Juppé qui s’est posé, hier, en vieux sage de la politique française pour commenter le résultat des municipales. Actant la préoccupation des Français sans pour autant conclure définitivement à un vote sanction. Du moins jusqu’au second tour. L’ancien Premier ministre a rappelé la nécessité de maintenir le cap, de poursuivre le travail accompli, même si les résultats se font attendre. En un mot, il a souligné l’impérieuse obligation de résister à la pression d’une opinion impatiente. Certes, l’issue de la bataille en cours à Marseille et Toulouse donnera plus de poids à ce raisonnement si la droite en sort victorieuse.
La règle de l’alternance
Découpler les scrutins locaux et nationaux, comme l’a indiqué l’actuel chef du gouvernement, reste l’objectif du Président, qui indiquait, la semaine passée, ne pas vouloir en tenir compte. Même s’il éprouve aujourd’hui le besoin de rappeler les fondamentaux de son action. Quitte à privilégier la bipolarisation qui émerge de ce scrutin laminant les Verts ou le Front National, dans la droite ligne de la présidentielle de mai 2007. Reste François Bayrou, qui a réussi avec le MoDem son pari de créer un parti, charnière sous la IV e République. François Hollande, qui continue à se déchirer avec son ex-compagne sur ce thème des alliances, en a finalement convenu. Le MoDem apparaît donc bien souvent en position d’arbitre. Pour autant, les Français n’ont pas renversé la table et clairement désavoué les choix faits il y a dix mois. Ils se sont contentés, en donnant quitus aux socialistes de leur gestion municipale, de rappeler que l’alternance demeurait la règle en démocratie.

06.03.2008

Se victimiser ou donner du sens ?

A quelques jours du premier tour des municipales, la majorité semble tétanisée par l’épreuve qui l’attend, incapable de définir une stratégie cohérente pour reprendre l’initiative. Faudra-t-il attendre la victoire probable d’Alain Juppé à Bordeaux pour atténuer la raclée annoncée de Françoise de Panafieu à Paris ainsi que la défaite possible de Jean-Claude Gaudin à Marseille et celle probable de Dominique Perben à Lyon ?

Si le PS espère récupérer 30 des 40 villes perdues en 2001, il est des victoires plus symboliques que d’autres, en particulier dans les grandes métropoles. Il reste que le Président, quasiment exclu de cette campagne, ne désarme pas. Il poursuit son tour de France en étant aujourd’hui à Vesoul et donne une grande interview au Figaro afin de réaffirmer sa volonté de réformes et la nécessité de maîtriser les dépenses publiques. Et on le sent bien à l’affût du moindre coup qui lui permettrait de booster sa cote de popularité comme d’aller chercher Ingrid Betancourt dans la jungle colombienne, si l’on en croit son ministre des Affaires étrangères, le docteur Kouchner. Dans le même temps, il houspille ses ouailles pour obtenir des mesures sur l’emploi des séniors, tandis que François Fillon, tout à sa « zénitude », se contente d’indiquer qu’à défaut d’une hausse du pouvoir d’achat, le chômage devrait être inférieur à 7,9 % sur l’année écoulée. Toute cette agitation ne semblant guère productive dans les sondages qui reprochent au Président une trop grande personnalisation du pouvoir, certains, tel Patrick Devedjian, incitent Nicolas Sarkozy à s’exprimer à la télévision au risque de s’exposer encore plus au désaveu d’un scrutin malgré tout local et sans incidence sur la politique nationale. Entre la tentation de la victimisation pour remobiliser son camp et celle de donner du sens pour fédérer les Français vers un objectif commun, il va falloir choisir.

05.03.2008

Fillon superstar

C’est la revanche de Fillon que les petits marquis de l’Élysée avaient surnommé « mister Nobody ». Pourquoi ? Parce que « Nobody is perfect », ricanaient-ils...
Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui alors qu’un grand ménage semble devoir être fait à l’Élysée où trop de conseillers ont été autorisés à dire tout et n’importe quoi. On se croirait à la cour d’Hassan II au début de son règne qui partait dans tous les sens. Or, donc, le grand chambellan Fillon surnage à un niveau de popularité exceptionnelle de 66 % tandis que le chef de l’État stagne piteusement à 41 % (*). L’élu de la Sarthe est devenu une valeur refuge en même temps que grandissait le désamour à l’égard de Nicolas Sarkozy. Seul du tandem exécutif à faire campagne pour les municipales, François Fillon, désormais incontournable, s’autorise même à annoncer qu’il n’y aura ni remaniement ni plan de rigueur. La petite phrase de Raffarin-Raminagrobis qui l’invitait à « investir sa popularité dans le projet présidentiel » a fait autant d’effet qu’un pet sur une toile cirée. Et cela malgré les chaleureux encouragements de Sarko qui ronge son frein et aimerait sans doute se débarrasser de son Premier ministre. Quant à Xavier Bertrand qui se voyait lui succéder à Matignon, il se trouve désormais affublé d’une image de mauvais camarade, calculateur et faux gentil que ses collègues du gouvernement ne supportent plus. Plus Fillon en rajoute dans la modestie et les faux-fuyants, proteste de sa bonne foi et colle au président, plus il grimpe dans les sondages. Le collaborateur est devenu superstar, s’affichant involontairement à la une des magazines. À travers lui, les Français infligent une leçon de savoir-vivre à celui qu’ils ont élu. Comme s’ils voulaient lui indiquer le style de présidence qui leur convient. (*) Selon un sondage Ifop pour Paris-Match, qui paraît demain, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy chute de cinq points en mars avec 41 % d’opinions positives, alors que celle de François Fillon en gagne neuf, à 66 %

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