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22.02.2008

Qu’ils se taisent

Nicolas Sarkozy peut bien pourfendre avec des accents ouvriéristes un capitalisme « sans foi ni loi » en visitant un site industriel qui ne l’a pas attendu pour entamer sa reconversion, la multiplication des polémiques nationales commence à poser un sérieux problème aux élus locaux en pleine campagne des municipales, comme l’ont souligné le député UMP Claude Goasguen et l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, réputé pour sa pondération. Sans même parler de Simone Veil qui confiait à quelques journalistes, lors d’un déjeuner organisé par L’Express, qu’elle soutenait toujours le président Sarkozy dont l’action était utile au pays mais qu’elle ne comprenait toujours pas quelle mouche l’avait piqué sur cette histoire de la mémoire de la Shoah. Sans doute cette manie de toujours vouloir faire des coups qui a conduit sa directrice de cabinet, Emmanuelle Mignon, à déclarer dans un entretien à VSD que les sectes en France étaient un « non-problème ». Déclaration malheureuse aussitôt retirée par l’interessée qui donne une importance disproportionnée à la réception de Tom Cruise, numéro deux de la Scientologie, lorsque l’actuel président était à Bercy. Mais déclaration pas si innocente malgré les efforts du président, hier, pour en atténuer la portée. Survenant après les coups de canifs successifs à la laïcité lors des discours de Latran et Ryad, Madame Mignon continue à ouvrir la voie à une dérive communautaire et religieuse qui n’est pas dans la tradition française. Et elle pose du même coup le problème de tous ces conseillers qui s’expriment à tort et à travers dans les médias en court-circuitant les élus et les relais institutionnels. Face à cette incontinence verbale et à cette agitation tous azimuts, un mouvement d’opinion enfle sur une présidence qui décidément inquiète et ne produit pas de résultats. Inaugurant aujourd’hui un historial en hommage au fondateur de la V e République, Nicolas Sarkozy pourrait s’en inspirer pour prendre de la hauteur.

21.02.2008

L’Elysée cherche un nouveau souffle

Après François Fillon dénonçant une « chasse au président » et Rama Yade qui s’en prenait aux « charognards », c’est le président du groupe UMP, Jean-François Copé, qui défendait hier Nicolas Sarkozy, et au passage Rachida Dati, dont la réforme de la carte judiciaire continue de faire des remous au sein de la majorité. Promu à la présidence de la Commission sur l’audiovisuel public, l’élu de Seine-et-Marne, pas toujours en cour à l’Élysée mais à l’incontestable brio, estime, au vu de la cote en déclin continu du chef de l’État dans les sondages, que c’est une donnée du paysage politique à laquelle il faudra désormais s’habituer : « Ça ne remonte pas en cinq minutes, c’est un travail de fond. » Parmi les retours aux fondamentaux, il y a ainsi la volonté du Président de refaire du terrain comme durant la campagne présidentielle. Il sera donc aujourd’hui dans le Pas-de-Calais sur l’ancien site de Metaleurop pour évoquer la reconversion des bassins industriels. L’après-municipales devrait par ailleurs permettre, à l’occasion du remaniement ministériel, une ouverture... à droite, au sein des milieux conservateurs qui jugent sévèrement les aspects « bling-bling » de la présidence. Comme il l’avait fait en instituant un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale confié à Brice Hortefeux, alors que Ségolène Royal montait dans les sondages, Nicolas Sarkozy devrait se tourner vers les fidèles qui l’ont toujours soutenu dans son ascension. Certains remaniements sont également prévus à l’Élysée, au-delà du départ jugé inévitable du porte-parole David Martinon, afin de lui donner un nouveau souffle car le secrétaire général ne dispose pas des instruments qui lui permettraient de gouverner à la place du Premier ministre, désormais incontournable.

15.02.2008

Liban. Vers l’apaisement intérieur ?

Fou de rage de l’assassinat à Damas d’Imad Moughnieh, l’un de ses principaux chefs militaires, le patron du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, a déclaré de Beyrouth une « guerre ouverte » à Israël. Non seulement la trêve mais l’existence même d’Israël a été remise en cause par le parti libanais qui s’est ainsi aligné sur les déclarations les plus intransigeantes de l’Iran. Avec le Hezbollah à Beyrouth et maintenant le Hamas à Gaza, Téhéran dispose d’une armée sur les bords de la Méditerranée. L’heure de la confrontation est elle venue avec l’Etat hébreu après la guerre de l’été 2006 dont Moughnieh avait été l’un des organisateurs au Sud-Liban ? « Dans le discours du Hezbollah on peut souvent entendre, ces juifs sont vraiment imprévisibles car ils ne s’attendaient pas à ce qu’on tape aussi durement sur eux. Nasrallah a d’ailleurs confié que s’il l’avait su, il n’aurait pas fait enlever les deux soldats israéliens à l’origine de l’offensive. Et on croit savoir que les Iraniens n’étaient pas très contents que le déploiement de missiles pouvant toucher les villes israéliennes du sud-Liban soit désormais connu », temporise un diplomate. Il reste que ce regain de tension augure mal de l’élection rapide d’un président libanais et risque de prendre pour cibles les forces de l’Onu. Toutefois il pourrait, a contrario, apaiser le dialogue inter-libanais qui se traduit depuis plusieurs mois par un affrontement entre pro et anti-syriens. Lesquels manifestaient hier en masse pour l’anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Paradoxalement une accalmie sur le front intérieur pourrait succéder à la crise extérieure.

14.02.2008

Proche-Orient : la carte française

Nicolas Sarkozy était, hier soir, l’invité du dîner du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), à un mois de la visite officielle en France du président de l’Etat hébreu, Shimon Peres, l’un des meilleurs artisans de la relation franco-israélienne dans les années 50. A Jérusalem, le président français est considéré comme un ami même si personne ne lui demande de tourner le dos à la politique arabe initiée par le général de Gaulle. On considère qu’il a, jusqu’à présent, évité le dossier israélo-palestinien, s’activant surtout sur la question libanaise. Hormis, toutefois, le volet économique illustré par la conférence des donateurs sur la Palestine organisée à Paris avec une efficacité unanimement saluée. Cependant, après ses premières visites au Maghreb et sa tournée dans le Golfe Persique afin d’accroître le poids de la France, un voyage officiel est prévu pour le soixantième anniversaire d’Israël en mai prochain. Le dialogue politique réamorcé sous Villepin malgré les préventions d’Israël à l’égard du régime chiraquien, l’essor de la relation bilatérale, ont renforcé selon un diplomate israélien le potentiel de l’influence française dans la zone. Reste que les Israéliens sont désormais confrontés à la menace du Hamas à Gaza qui semble rechercher, par ses provocations, une intervention de Tsahal (l’armée) pour resserrer les rangs de la population. Le pari israélien de soutenir Mahmoud Abbas en Cisjordanie ou l’activité économique redémarre est de montrer aux Palestiniens la voie de la raison. Surtout dans un contexte régional très tendu avec le débat sur le nucléaire iranien. En marge de l’Assemblée générale de l’Onu en septembre dernier, Nicolas Sarkozy confiait alors que se dessinait la conférence d’Annapolis : « Olmert comme Bush qui est en fin de mandat, chacun a intérêt à prendre des risques pour réussir ». Alors que tout semble désormais suspendu à l’élection américaine, la France dispose de quelques mois pour jouer sa carte.

13.02.2008

La fin de la toute puissance

Comme le disait Chirac avec son langage de corps de garde : « Les merdes volent toujours en escadrilles ». À voir le visage fermé de Nicolas Sarkozy lors de son déplacement en Guyane, on mesurait le degré d'agacement du chef de l'État. Baisse vertigineuse dans les sondages ; pataquès à Neuilly avec son fils Jean dans un rôle incertain à mi-chemin entre le traître et l'héritier, au risque de perdre le fief familial, ce qui était inconcevable il y a quelques semaines ; essorage de Françoise de Panafieu dans la capitale par Bertrand Delanoë... Après avoir décomplexé la droite et mis en oeuvre un train de réformes cosmétiques, à tout le moins sans effet immédiat sur le pouvoir d'achat, le sarkozysme se heurte au mur des réalités. À savoir que le politique, aussi brillant soit-il, n'est rien sans l'économie. Et que le succès d'un président repose d'abord sur l'enrichissement de ses concitoyens. Qu'ils semblent parfois démunis, ces hommes dont nous disséquons l'action, et maintenant la vie privée, dans les moindres détails comme si nous devions toujours nous projeter vers un chef qui entretient l'illusion de la puissance. Ou le sentiment de maîtriser les choses. Contraint d'agiter le symbole de l'État comme sur le site Arcelor-Mittal pour donner l'impression de peser encore sur le cours des choses et de pouvoir enrayer la mondialisation. De Gaulle parlait d'un « théâtre d'ombres ». Voilà qui doit inciter à la modestie, ce qui n'a pas précisément caractérisé les premiers pas du sarkozysme triomphant. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain dans un pays qui a érigé la critique en art pour masquer ses peurs ? Encore président pour quatre ans, Nicolas Sarkozy est doté de fortes qualités d'endurance et d'adaptation. Son appel au calme à l'adresse de sa majorité le démontre.

07.02.2008

Fillon incarne les valeurs traditionnelles

Avec 57% d’opinions positives soit onze points de plus que le président, du jamais vu, François Fillon devient l’incontournable chef de la majorité Le fusible, censé prendre les coups, est désormais crédible. Un homme dont les députés attendent le soutien pour des municipales qui s’annoncent difficiles tandis que la présence de Nicolas Sarkozy ne paraît guère sollicitée. Fillon, que les petits marquis de l’Élysée avaient surnommé « mister Nobody » (« nobody is perfect », personne n’est parfait ironisaient les mignons de la Cour), lequel prenait ombrage d’être qualifié de « collaborateur » par le chef de l’État lors d’un déjeuner avec la presse régionale, s’agaçait de l’empiétement médiatique du secrétaire général Claude Guéant ou du conseiller spécial Henri Guaino, est en passe de devenir le référent de la droite. Bien qu’ayant été maintenu en lisière de certains dossiers comme la réforme des régimes spéciaux, sur lequel Nicolas Sarkozy lui a mis dans les pattes Xavier Bertrand, Fillon, par sa réserve et son classicisme, séduit l’opinion. En particulier celle de droite qui se pose des questions sur le président qu’elle a élu et amorce un véritable décrochage. Plus sur le style du président que sur son action. Car Fillon se protège quand Sarko s’avance en première ligne. Mais il y a aussi un vieux fond catholique qui n’apprécie pas les manières de parvenu, la séduction à tous crins, les promesses non tenues. Bref, une demande de retour aux valeurs traditionnelles qu’incarnait le régime chiraquien avec l’inconvénient d’être immobile.

01.02.2008

La rupture s’enlise

Le président de la République dévisse. C’était prévisible mais l’ampleur est inquiétante pour la majorité à la veille des municipales. Comme si un sentiment de défiance commençait à s’installer, une sorte de divorce qui renforce en creux le Premier ministre dont la sobriété est appréciée et que le chef de l’Etat accuse désormais de ne pas se mettre suffisamment en avant. A l’Elysée, on a déjà une réponse toute prête à cette nouvelle situation. Nicolas Sarkozy a été élu pour faire des réformes et il est normal qu’il en paie le prix, comme Gerhard Schröder en son temps. Sauf que, s’il avait été moins grisé par ses succès politiques et ses conquêtes féminines trop affichées, il aurait pu continuer à avancer avec un socle d’opinions favorables. Lequel s’est sérieusement effrité tout en restant un gage d’efficacité dans une démocratie d’opinion. On peut discuter de certains choix tactiques comme le paquet fiscal. Mais la principale erreur est d’avoir voulu que les Français s’identifient, à travers lui, à un modèle de gagneur dans un contexte économique dégradé ne laissant à l’Etat qu’une faible marge de manœuvre. Or, l’empathie de la population va vers les perdants de la mondialisation. Le chômage a beau reculer, et le pouvoir d’achat augmenter légèrement, selon les chiffres officiels, les Français ont un ressenti différent. Du coup, ceux qui avaient voté pour lui, surtout dans l’électorat de la droite traditionnelle, ont le sentiment d’avoir été trompés. Prompt à recadrer son action, Sarko va désormais se recentrer sur la gestion compassionnelle comme le faisait Chirac. Et son interventionnisme sur le dossier de la Société générale montre que la rupture avec les pratiques du passé n’est parfois qu’un slogan.

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