Le président français, Nicolas Sarkozy, a achevé, hier, sa visite d’Etat au Maroc largement consacrée aux liens économiques entre les deux pays ainsi qu’à son projet d’Union de la Méditerranée.
C’est accompagné du double médaillé olympique, Hicham El Guerrouj, que Nicolas Sarkozy a reçu, hier matin, la presse et la communauté française au nouveau consulat de Marrakech. Présentant son champion comme un « monument du sport mondial », le chef de l’Etat, admiratif et visiblement en forme, a d’abord commenté l’échec du Rafale au Maroc (1). Décidé à revoir de fond en comble la stratégie des grands contrats, le président a annoncé la création d’une « war room » à l’américaine, afin de mieux coordonner les multiples intervenants dans ce qu’il faut bien qualifier de « guerre économique ».
Une nouvelle impulsion
Constatant que l’industrie française d’armement était en passe d’être détrônée par Israël, Nicolas Sarkozy prône un volontarisme politique accru. Mais il n’est pas certain qu’un tel affichage soit réellement productif. Rompant avec la tradition mitterrandienne qui ne se préoccupait guère d’économie, Jacques Chirac avait pris l’habitude de réunir des chefs d’entreprises à l’Elysée avant ses voyages officiels. Toutefois, cette propension à jouer les VRP n’avait pas suffi à enrayer le déficit du commerce extérieur. Le nouveau président, qui n’entend pas se satisfaire de ce déclin, souhaite donner une nouvelle impulsion. Mais il demande qu’on lui laisse un peu de temps. Préférant insister sur les perspectives encourageantes (vente d’une frégate multimission, projet de TGV entre Tanger et Marrakech, le premier dans le monde arabe), le chef de l’Etat, fidèle à son tempérament, veut tout contrôler. Ainsi, à propos d’un réacteur nucléaire qui permettrait de dessaler l’eau de mer, il affirme : « Ce n’est pas seulement Areva qui, dans son coin, peut en discuter ».
Paris au centre du dispositif
Cet interventionnisme étatique décomplexé s’accompagne d’une ambition géopolitique au service des pays riverains de la Méditerranée pour laquelle il fallait d’abord désamorcer les préventions initiales de la Commission européenne. Car l’objectif est quand même de remettre Paris au centre du dispositif. En affirmant : « Le discours de Tanger, c’est une idée de tous les pays de la Méditerranée, pas une idée de la France », le président, dont on connaît le goût pour l’autopromotion, se met volontairement en retrait.
Il ne renonce à rien
Face aux réticences qui risquent de se multiplier, Henri Guaino, l’initiateur du projet, affirme : « Il faut prendre les peuples aux tripes. Si on s’en tient aux grands principes, ça ne marche pas ». Et Guaino d’estimer que les Espagnols y seront favorables, propos confirmés par le chef de l’Etat selon lequel « une grande idée, c’est une idée qui fixe une perspective », tout en établissant un parallèle avec la réconciliation franco-allemande. Il est frappant de constater que Nicolas Sarkozy procède en politique étrangère comme sur la scène intérieure. Etape par étape, en fédérant des partenaires qu’il tente de séduire les uns après les autres. Sur la réforme constitutionnelle qu’il a par ailleurs décidé de mettre en œuvre, même si elle se réduit comme peau de chagrin, ou encore sur la politique arabe de la France que son amitié pour Israël ne remet pas, selon lui, en cause, Nicolas Sarkozy ne renonce à rien. Néanmoins, et malgré son souhait réitéré de rupture, il reprend devant les Français de Marrakech, la « vulgate » chiraquienne sur la misère, terreau du terrorisme. Double message à l’égard du Maroc dont la France doit apprendre en matière de vitalité économique (2), mais aussi des Français qui peuvent comprendre que leur pays doit se moderniser et faire des réformes pour redevenir un exemple dans un monde qui bouge si vite. A propoos des spéculations concernant les répercussions de son divorce sur son moral, Nicolas Sarkozy a concédé un mal de gorge, tout en incitant avec sobriété les journalistes à « considérer les choses avec un peu de recul ». Une distanciation à laquelle il ne nous avait pas habitués.
1. Dassault ayant eu, semble-t-il, le tort de vouloir réaliser une marge trop importante sur ce contrat, qui aurait ulcéré les Marocains.
2. Le président a fortement incité les entrepreneurs français à oublier leurs mauvaises habitudes et les réseaux du passé.
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